Les ennemis de la vie ordinaire [Héléna Marienské]

Par le Bison le 5 octobre 2015

Catégorie : 4 étoiles, Europe

Le premier type passe son temps à courir. Des kilomètres à avaler les champs de sa campagne. Il ne sent plus la douleur. Il la recherche juste comme sa dose d’adrénaline. Il court, il court, et ne baise même plus sa femme. Ne pas mélanger plaisir et performance. Il doit garder son influx pour la course. Uniquement. Comme un drogué du sport qui écoute les variations Goldberg de Gould.

Elle boit plus que de raison. Du matin au soir. Une gueule de quinquagénaire, pourtant elle n’en a que trente, délaissée par son mari. Le visage bouffé et bouffi par l’alcool. Elle ne le supporte plus, elle ne se supporte plus, elle ne supporte plus la société bourgeoise dans laquelle son mari la traine au milieu de ses jeunes putes ou pouffiasses – ou est la différence dans ce milieu. Alcoolique.

« J’ai foutu trois fois aujourd’hui. Matin, midi et soir. Ces putes me ruinent. Je ne sais même plus si la gueuse de ce matin était blonde ou brune, grande ou petite. Son cul était charmant, peau douce, satinée… chatte rasée. Celle que j’ai prise cet après-midi était d’une vulgarité réjouissante. Fessue, puissamment jarretée. J’ai exigé qu’elle parle pendant que je la mettais, mais de quoi ? a-t-elle réparti ahurie, de quoi que je vous causerais ? Raconte-moi ton souvenir de pute le plus drôle. Elle a laborieusement fouillé sa mémoire, le front plissé sur ses sourcils redessinés au khôl, attendez voir, peut-être bien que les roubignoles coincées dans mon cul par le gros Marcellin, c’était fendard. Mais que oui, ma grande, très prometteur, raconte, raconte donc, dandine-toi et parle sans t’arrêter. Marcellin coincé raconté avec un accent parigot à la Arletty, c’était à mourir. J’ai giclé sur sa gueule tandis que ses lèvres me livraient cette narration mémorable. J’ai tellement déchargé que j’ai failli souiller mon costume d’écuyer cavalcadour.

Je tairai mes prouesses avec le troisième spécimen, coïtus horribilis. J’ai tellement peiné à juter que depuis j’ai mal au dos. Ça m’arrive de plus en plus souvent (le mal de dos, pas la panne, Dieu soit loué). Même l’autofellation, qui m’amusait, pour la forme, surtout, devient problématique. »

Une gamine, à peine 17 ans, et pourtant des fréquentations peu fréquentables. Une dose. Deux doses. Aller au fourgue et réclamer son matériel. De l’argent, petits vols, je me déshabille, touche-moi, je descends ton pantalon, je te suce. File le fric. J’en ai besoin. Une accroc, une droguée.

Rouge, impaire et manque. Faites vos jeux. La bille d’ivoire tourne, tourne, comme un manège désenchantée. Elle cogne contre le 0, le dix, le 69, cogne tous les numéros comme une boule de flipper, rien ne va plus, elle s’arrête sur le mauvais numéro. Il a tout perdu, l’argent du loyer, la prime mensuelle, même les extras pour les putes. Pourtant, il a eu la main chaude toute la soirée, au poker. Mais il ne peut s’empêcher de finir sa soirée à la roulette et sortir du casino comme un clodo les yeux rougis par la honte et la rage. Encore un de ces accrocs aux jeux qui devraient se contenter de parties entre amis ou de tirer quelques gains sur Winamax. Au lieu de flamber sa vie sur une bille blanche.

Je ne t’ai pas encore parlé de cet accroc au sexe. Certes, il a besoin de s’habiller en costumes pour assouvir ses besoins, tantôt en Napoléon, tantôt en poilu – et je ne te parle pas du sosie de Demis Roussos – ou en chevalier écuyer avec bottes et cravaches, et pour gicler à la face de ces conquêtes sa puissance, son venin, son fluide. Sans parler de sa collection privée de films pornographiques aux titres aussi poétiques qu’enchanteurs, Autant en emporte le gland, Enculons-nous dans les bois, Bite et Châtiment… Que du lourd et des gros nénés.

« En caressant doucement la hampe de sa verge roide, il déclame quelques vers : « Je n’ai pas la force de gouverner, je suis comme le navire qu’emportent les flots rapides. » Le va-et-vient est plus rapide, il va gicler, il enserre de plus en plus fermement dans son poing son gland turgescent, ferme les yeux sous l’effet du plaisir qui monte, en concluant ovidiennement tandis que sur ses cuisses s’écoule en long flux sa semence : « Mon cœur ne s’astreint pas à préférer certaines beautés, il trouve cents raisons de les aimer toutes. »

J’allais oublier ce curé pas comme les autres. Et non parce que c’est le sosie parfait du pape, réplique du pape  François en banlieue parisienne. Son problème, une différence notable avec les habituels curés que l’on peut croiser pour peu qu’on aille s’agenouiller dans une paroisse le dimanche matin. Il aurait pu être pédophile, comme cela se fait si bien dans le milieu, mais non, il est cocaïnomane. Cela n’aurait pas dérangé le clergé s’il ne s’était pas mis à détourner les fonds et à piocher dans la quête pour aller se payer sa dose vers le paradis artificiel.

Au milieu de ces étranges personnages aux caractères bien extrêmes, il y a Clarisse que j’imagine en petit tailleur crème, string noir dessous, crinière noire et des cuisses à écarter. Profession : addictologue. Et elle a la folle idée de réunir toutes les personnes souffrant de ces addictions pour une thérapie de groupe d’un nouveau genre. Fini le cloisonnement entre alcooliques anonymes, la séparation des anorexiques ou des drogués de la drogue ou du sexe. Elle mélange tout le monde, pour une partouze cérébrale où chacun plonge son âme dans l’addiction des autres. Et lorsque tu remplaces ton addiction par celle des autres, cela donne un roman de Héléna Marienské avec folle frénésie et burlesque rebondissement. Une comédie de rentrée littéraire et une belle écriture même si l’histoire ne tient pas tout à fait la longueur du roman.

« Insouciante Hélène, naïve Hélène. A deux bras, Pablo l’empoigne et la fait sauter, crêpe surprise à ses côtés. Elle se retrouve sur le dos, les bras en croix, les jambes écartées, le tailleur chic remonté sur sa culotte gainante.

- Non mais tu es fou, s’interroge en beuglant la crêpe indignée, tu aurais pu me faire mal, qu’est-ce qui te prend ?

Il prend à Pablito qu’il a envie, très envie, de se faire sucer puis, après l’éjaculation faciale qui le tenterait bien, de la sodomiser à sec. Ce qu’il lui explique en des termes qui choqueraient le lecteur, taisons-les donc. Du reste, choquée, Hélène l’est aussi, et tente par divers mouvements ondulatoires d’échapper au fou, qui pue l’alcool, la sueur et le foutre, non mais que se passe-t-il, qu’est-il arrivé à son mari, on le lui a changé, elle se perd en conjonctures, cependant qu’il la coince, bouge pas cocotte, sois sage, elle se débat, il l’empoigne à nouveau, par les cheveux cette fois et avec un rire inquiétant, un ricanement méphistophélique, dans le même élan lui enfile coquette dans le bec, Hélène tremblante de rage va et vient sur le vit turgescent au rythme que lui impriment les mains très autoritaires de Pablo, et quasi asphyxiée, tape les avant-bras sur le lit comme une marionnette folle. Le monstre libère sa bouche et interroge : ça va pas, minou ? Tu es toute pâlotte… »

Par discrétion, peut-être, je n’ai pas évoqué ce gars, grand timide aux premiers abords, qui cumule tant de tares ou d’addictions, les achats compulsifs de bouquins, l’alcool, la drogue et le sexe… Surtout le sexe. Un type comme ça, mieux vaut ne pas le croiser dans une ruelle étroite et sombre tant il a une gueule à faire peur, du genre à ressembler à un bison fuyant la vie ordinaire.

« Les Ennemis de la Vie Ordinaire », l’addiction aux plaisirs.

Une opération Masse Critique du site Babelio

en collaboration avec les éditions Flammarion.

16 commentaires
  1. 6 octobre 2015 , 9 h 02 min - Sido de errances immobiles prend la parole ( permalien )

    Mais que fait un bison fuyant la vie ordinaire ? Ma curiosité est titillée… ;)

    • 6 octobre 2015 , 9 h 08 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Il n’y a pas de mots assez forts pour le décrire…

  2. 6 octobre 2015 , 10 h 32 min - phil prend la parole ( permalien )

    Héléna c’est pris du Charles Bukowski ???

    Pour cela cher Bibi, il te reste les vastes plaines … ou crapahuter entre vallée et montagne, là tu seras sur de ne point croiser ce genre d’addict !
    Et si tu le croises …. ben tant pis !

    • 6 octobre 2015 , 21 h 55 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Héléna c’est pris du Charles Bukowski ??

      Bien entendu, je n’ai choisi que les meilleurs morceaux :)
      Héléna distille du Bukowski dans certains paragraphes mais ne tient pas cette verve plume sur toute la longueur.

  3. 7 octobre 2015 , 1 h 35 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Comme quoi il y en a pour tous les goûts!

    Tiens tu me donnes des idées pour recycler ma carrière, j’me vois bien me titiller l’âme à longueur de journée dans une partouze cérébrale d’excessifs! Celui qui m’intéresse le plus c’est le poilu avec Autant en emporte son gland… Ptdrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr :D

    Sérieux il a l’air vraiment bien ce roman de Héléna Marienské avec ses personnages juste assez bien fêlés à mon goût. Celui-là j’ai très envie de le lire!

    • 7 octobre 2015 , 9 h 52 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Autant en emporte le gland… Grand film. Culte même pour certaines. Mais je vois qu’il y a des amatrices ou des connaisseuses !

  4. 9 octobre 2015 , 23 h 30 min - manU prend la parole ( permalien )

    Tu ne vas pas le croire, j’ai rêvé d’elle cette nuit ! :D
    Je ne sais pas pourquoi mais Héléna Marienské me fait chaque fois penser aux Coco girls de Collaro quand j’étais gamin !!!
    Sacré virage dans sa carrière ! ;)

    • 10 octobre 2015 , 12 h 30 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ah, les coco-girls. Mes premiers émois, mes premiers fantasmes.
      C’était une coco-girl ? Je n’en ai pas trouvé trace….

  5. 10 octobre 2015 , 19 h 41 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Rrooohhh je suis à la bourre sur ton blog …

    Dis moi que de sexe sans dessus-dessous, recto-Verso à en avoir une overdose non ? ^^

    Euh … je veux bien que tu m’expliques (en toute sincérité ni arrière pensée , ce qu’est une « AUTOFELLATION » j’ai du mal à suivre, ou alors il faut que je sorte de mon trou perdu !

    • 10 octobre 2015 , 19 h 46 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      un trou perdu ? Aucun trou n’est perdu ici…

    • 3 novembre 2015 , 17 h 11 min - phil prend la parole ( permalien )

      Et quelle souplesse il faut pour cet auto-prodige !!!!

  6. 10 octobre 2015 , 22 h 56 min - manU prend la parole ( permalien )

    @Chrisdu26 : Il faut surtout être très souple ou alors en avoir une très longue !! :D

    • 10 octobre 2015 , 23 h 41 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’avoue : je ne suis pas du tout souple

  7. 31 octobre 2015 , 16 h 33 min - manU prend la parole ( permalien )

    Ahhhh, je le savais bien qu’elle avait été Coco Girl !!! :D
    J’ai de la mémoire pour certaines choses on dirait… ;)

    François Busnel a évoqué le sujet à La Grande Librairie. Il faut absolument que je lise ce livre !!

    • 2 novembre 2015 , 10 h 50 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Une sacrée mémoire pour les Coco Girl. Il devait se passer de sacrées choses dans les coulisses du Collaro Show pour nourrir sa prose d’alcool, de cocaïne et de foutre…

  8. 2 novembre 2015 , 14 h 08 min - manU prend la parole ( permalien )

    C’est bien possible…
    En plus, une jolie femme comme ça, les sollicitations ne devaient pas manquer !

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