L’Odyssée Blanche [Nicolas Vanier]

Par le Bison le 15 février 2016

Catégorie : 3 étoiles, Europe

« Il fait -55 °C et même les loups se taisent. »

C’est l’histoire d’un gars, barbe et cheveux hirsutes, qui part à l’aventure dans le grand Nord. Une meute de chiens, un traineau, une chapka et quelques milliers de kilomètres à faire. Dans le froid. -55°C, de quoi supporter ses moufles. Mais le con, il a oublié les bouteilles de vodka. Quand je pense que c’est le premier geste de survie pour se dérider un peu la vie. Parce que le gars, il n’a pas l’air très souriant et se réchauffer à la vodka lui aurait certainement donné un plus ample sourire à son exploit sportif. En plus, les chiens connaissent la route, c’est tout droit, sauf si un élan passe dans les parages…

Le départ est donné dans le territoire du Yukon. Destination finale, la province du Québec et sa brasserie Unibroue. Tabarnak, j’ai hâte d’y arriver. Une course contre le temps, les secondes qui s’égrènent et les nuages qui défilent. Et puis des noms qui laissent rêveur l’aventurier du canapé que je suis : Saskatchewan, Manitoba… Il y a de quoi boire quelques pintes de whisky frelaté avec les indiens, les vrais ceux avec les plumes, le tomahawk et la blanche attachée au poteau central en guise d’offrandes aux dieux de la neige.

« Cette nuit, mon optimisme est sans limites, ma motivation à l’égal de mon bonheur. Je ne vois qu’une seule raison d’être heureux qui occulte tout, cette piste blanche sur laquelle je vais bientôt m’élancer avec ma meute pour le plus grand et le plus merveilleux des voyages : les Rocheuses, les grands lacs, la taïga et la banquise, toutes ces provinces au nom qui chante : Yukon, Saskatchewan, Ontario, Manitoba, ces peuples indiens et inuit vers lesquels nous glisserons, toutes ces nuits et ces jours à conduire l’attelage dans le froid et les tempêtes comme une aventure sans fin, car elle est si loin, si inaccessible qu’elle en devient intemporelle, irréelle… Comme un rêve. »

Mais voilà, ce gars que j’appellerai Nicolas V., préservant son patronyme pour ne pas le dénoncer trop fort, n’est jamais content. Il passe son temps à râler, à houspiller, à grognasser. Ce n’est pas un loup, mais un vieux ours ronchon que l’on aurait pu croiser sur la banquise de Churchill. Il râle quand il fait trop froid, il râle quand il fait trop chaud, il râle quand ses coéquipiers sont en retard, il râle parce que les indiens sont toujours en retard et n’ont pas la même notion du temps occidentaliste que lui. Bref il a passé les trois cents pages de son bouquin à être mécontent, de lui, des autres, du temps. Seuls ses chiens méritent le respect – et en cela il a raison. Mais bordel de merde, hostie de câlisse, prends-ton temps mec. Regarde autour de toi, la vie n’est pas belle là-bas. Regarde le soleil, regarde la banquise, regarde tes chiens, les loups, le soleil. Bois une vodka et fais-moi pas chier avec tes emmerdes et ta galère. Après tout, c’est toi qui a voulu y aller, tabarnak !

Non mais c’est vrai ! Tabarnak, il m’a foutu en rogne. C’est le genre de type qui voit une belle blonde en train de pelleter en mini-jupe sa terrasse enneigée et à ne pas prendre le temps de lui proposer son aide. Au moins, moi je me serais arrêté pour la reluquer quelques minutes. Les beaux paysages, ça se mérite et faut prendre le temps de les observer.

« Quiet Lake. Il porte bien son nom. Niché entre quinze montagnes au beau milieu de no man’s land situé entre Ross River et Johnson Crossing, le lac dort tranquille sous sa carapace de glace et sa couverture de neige, et je l’envie. »

En plus, il a l’air de ne pas se rendre compte de la chance qu’il a à voyager aussi loin, dans cette blancheur si immaculée, loin de toute civilisation néfaste, juste quelques igloos désaffectés qui attendent le retour des trappeurs à la bonne saison. Imagine de boire un verre là-bas. S’assoir nu sur cette neige blanche, regarder le soleil rougeoyer au fin fond de l’horizon et profiter de ce calme de ce silence, de ces lacs si tranquilles et si gelés. Quiet Lake. Rien que son nom me donne envie de poser mon cul dans un igloo et apprécier sa tranquillité, ce moment  un peu zen complètement silencieux où je me retrouve avec soi-même et avec ses chiens.

« La nuit, un seul aboiement me suffit pour identifier celui qui l’a lancé. Toutes ces heures que nous passons ensemble à courir et glisser en silence dans des solitudes blanches sont comme un dialogue silencieux qui renforce notre complicité. »

Et pour dire qu’il m’a encore plus énervé, c’est que quand il s’énerve, même pas un putain de Tabarnak qui sort de sa bouche ou de sa plume. Il râle simplement, en restant à demi-poli. Alors que cela semble si jubilatoire de hurler aux loups et au vent un gros TABARNAK en pissant sur la neige fraîche juste pour marquer son territoire et se sentir plus fort que les loups ou les ours. L’aventure est belle, traverser d’Ouest en Est le Canada en flirtant avec le grand Nord, les étendues de glace, passer sur les premières traces de Jack London du temps de la ruée vers l’or du Klondike et s’imaginer boire un verre en sa compagnie dans un bar délabré, l’âge d’or de la ruée vers l’or ayant vu son cours chuté depuis, faire un feu de camp seul au milieu du blanc juste pour tenir en respect la meute de loups qui guette. Alors pourquoi en avoir voulu faire juste un exploit sportif et de fait ne pas prendre son temps de vivre à minima cette expérience, cet exploit qui réchauffe les cœurs même à -55°C ?

« L’Odyssée Blanche », tabarnak il ne ferait pas un peu froid aux couilles…

Et parce qu’en 2016, c’est l’année du tabernacle chez manU

avec son passeport québécois

22 commentaires
  1. 15 février 2016 , 23 h 06 min - chinouk prend la parole ( permalien )

    C’est vrai qu’il aurait dû prendre plus son temps, mais cela l’aurai obligé à effectuer ce périple en 2 hivers du coup.Cela aurait été plus en adéquation avec le Nicolas V. d’avant. La médiatisation n’a pas que du bon…

    • 16 février 2016 , 9 h 15 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ou alors faire un périple plus court. J’avais l’impression qu’il ne prenait même pas du plaisir à faire cette traversée, encore moins son pied…

  2. 16 février 2016 , 4 h 29 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Hostie d’câlisse de ciboire de St-Sacrament, j’ai surtout connu Vanier avec « Loup », « Le chant du grand Nord » ou d’autres, plus romancés mais franchement un gars qui se dit aventurier et qui passe son temps à s’plaindre en plein milieu du paradis j’lui marinerais bien les deux couilles dans la banquise de Churchill à c’te vieil ours plein d’poils! :D Après, comme tu dis, c’est lui qui a voulu y aller non? Il me déçoit quand même beaucoup…

    Dommage qu’il n’ait pas su apprécier le froid sibérien du grand Nord, le plaisir d’avoir les couilles au chaud sur une peau de grizzly dans un igloo hivernisé converti en bar à binouze de Chambly. Même pas foutu de se sortir les fesses pour pelleter la neige, il mériterait de se geler les majeurs, TABARNAK! C’est jubilatoire, ouf…….

    Les loups me fascinent par contre…

    Non Bison, faut pas s’asseoir nu dans la neige, ça fait exotique mais tu risquerais d’en perdre ta bizoune, une engelure et hop, c’est l’amputation… Mautadine, ça doit faire mal en TABARNAK une fois que ça dégèle ça! :D

    • 16 février 2016 , 9 h 19 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Jamais lu un roman d’aventures où l’aventurier passe son temps à râler et à marmonner dans sa barbes gelée sa litanie de plaintes à longueur de journée.

      Merci du conseil, j’éviterai donc de laisser traîner ma bizoune dans la neige trop longtemps…

  3. 16 février 2016 , 7 h 55 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Une traversée à -55°C !!!!! Joder de gilipollas La Puta Su Madre !!! ;-)
    Voilà comment retrouver un glaçon andalou ! Bbbbrrrr j’ose même pas imaginer !

    Une sacré paire de Coucougnettes quand même pour faire ce voyage de ouf ! Les paysages doivent être d’une splendeur mais franchement je ne sais pas si je pourrais les apprécier sous ce froid ! Je suis une femme de La Pampa moi :)

    Bon il est bienôt 8 heure il fait -1°C dans la Drôme ! Qui se dévoue pour aller gratter ma voiture ? ;-)

    Ok j’ai compris :(

    Bonne journée Bibison et n’oublies pas ton slip de laine, ça gratte mais ça réchauffe ;-)

    • 16 février 2016 , 9 h 23 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Joder de gilipollas La Puta Su Madre !!!

      Hé bien dis-donc, toi tu n’aimes pas le froid ; pourtant les nuits dans la pampa sont plus que fraîches. C’est bien pour cette raison que les aventuriers en poncho s’abritent dans des bouges mal-famés pour boire une Quilmès et se trouver une chaudasse argentine…

      Qui se dévoue pour aller gratter ma voiture ?

      Ça dépend… Tu es en mini-jupe ? Dans ce cas, je veux bien sortir sur le balcon…

  4. 16 février 2016 , 13 h 57 min - Marie-Claude prend la parole ( permalien )

    Rien que la lecture de ton billet vaut le détour! Mais je mettrai pas la main sur ce bouquin. Ça, non! Pas mon genre de bonhomme!

    • 16 février 2016 , 16 h 40 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Rien que la lecture de ton billet vaut le détour !

      Et flâner sur la banquise est souvent propice aux détours.

      Pas mon genre de bonhomme !

      C’est à cause de la barbe ? :D

    • 16 février 2016 , 23 h 07 min - Marie-Claude prend la parole ( permalien )

      Pas du tout! J’adore les poils!
      Trop chialeux à mon goût (râleur).
      Et puis, qui a l’idée de partir sans vodka?!

    • 17 février 2016 , 10 h 24 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Une passion pour les ours :)

  5. 16 février 2016 , 17 h 57 min - Léa Touch Book prend la parole ( permalien )

    Je veux partir dans le Grand Nord avec ce livre :D (pas physiquement parlant : j’aurais trop froid ^^)

    • 16 février 2016 , 22 h 18 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Attention, je tiens à te prévenir : tourner les pages avec les moufles n’est pas si évident… Je me demande comment font les ours ?

  6. 16 février 2016 , 21 h 19 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    S’il avait pissé contre le vent, il aurait juré tabernacle de câlisse de christ !

    • 16 février 2016 , 22 h 18 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tu vois, je n’en suis même pas sûr. Cela dit, à -55°C, cela gèle peut-être immédiatement ?

  7. 16 février 2016 , 22 h 04 min - manU prend la parole ( permalien )

    Je me demande pourquoi on parle toujours de « se geler les couilles » alors que c’est bien un endroit où il ne nous arrive jamais d’avoir froid…
    Bon après à -55°, je ne sais pas ! :D

    • 16 février 2016 , 22 h 19 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tout dépend, je pense, si tu as les couilles à l’air – ou pas…

  8. 17 février 2016 , 7 h 39 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    J’ai bien ri. Et puis si c’est pour râler, c’est même pas la peine d’aller si loin et se peler par -55°. Ici aussi on a de quoi râler. Et puis quand on part si loin dans un cadre si dépaysant, il faut au moins apprécier la culture locale et l’environnement.
    On pourrait suggérer une petite marche en forêt de Fontainebleau ; si ça ne lui plait pas, ça coûtera moins cher.

    • 17 février 2016 , 10 h 26 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est sûr qu’ici, il y aurait encore plus de quoi râler. Faire glisser le traîneau sur la boue, ça a de quoi salir le pelage de ses chiens avant de rentrer dans l’igloo fondu.

  9. 17 février 2016 , 9 h 15 min - Goran prend la parole ( permalien )

    N’est pas bison qui veut, moi à cette température, je perds mes couilles…

    • 17 février 2016 , 10 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      T’inquiète, le froid les conserve. Il faut juste que tu les ramasses et les stockes dans la glacière au cas où la température aurait la fâcheuse idée de remonter.

  10. 17 février 2016 , 13 h 35 min - Jerome prend la parole ( permalien )

    Pas besoin de lire son bouquin pour savoir que ce gars-là ne donne pas dans le contemplatif et le carpe diem mais dans la recherche de lumière et d’exploits à vanter dans les médias.

    • 17 février 2016 , 22 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je n’irai pas jusqu’à cette extrémisme, mais il doit y avoir un peu de ça. Il mets en avant ses chiens, sa performance, mais il râle constamment sur les autres si son projet n’avance pas comme il le voudrait…

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