le Dernier Tango à Paris [Bernardo Bertolucci]

Par le Bison le 27 août 2015

Croiser une inconnue et l’envie de lui faire l’amour. Une passion fulgurante qui se passe de nom et de prénom. D’ailleurs surtout pas de nom pour rester dans l’anonymat, et garder le mystère d’une telle rencontre. Qu’elle se prénomme Maria ou Paloma, dans cet appartement vidé au vieux parquet grinçant. Tel un fantasme omniprésent, je déambule dans les rues de Paris, post soixante-huitard. Un saxo dans la tête, le brûlant Gato Barbieri à l’alto, où je chaloupe d’une nonchalance feinte. J’ai rendez-vous dans une heure pour visiter un vieil appartement, sixième étage, escalier délabré, avec vue sur la Tour Eiffel ou Montmartre, peu importe je ne regarde jamais par la fenêtre, sauf si une voisine fait son yoga, ou une adepte du naturisme prend son petit déjeuner nue en trempant sa tartine de pain à la farine d’épeautre, beurrée et confiturée « melon des Charentes et badiane ». Tiens, à ce propos, je m’arrête au Monoprix du coin de la rue pour acheter une plaquette de beurre. Cela peut toujours servir, une plaquette de beurre, et pas que pour beurrer des biscottes.

Pas de nom, alors appelle-moi Marlon, si ça te chante et ne fais pas l’offusquée. Baiser, juste par envie, juste pour libérer des pulsions sauvages trop longtemps enfouies, parce qu’une éjaculation est comme une petite mort et que l’âge avançant la mort se rapproche. Baiser libère la vie de sa morosité et le frisson de l’inconnue, de sa chatte aussi touffue que la jungle amazonienne comme un hommage au saxophoniste du coin de la rue, el gato. Des longueurs, certes – je ne parle pas de mon pénis – mais la musique, l’ambiance, le parfum sulfureux de l’époque, en font un film « culte », dérangeant à l’époque de la réalisation, bien moins de nos jours.

Prendre le temps de flâner dans ce vieux quartier au métro aérien, et sentir cette musique si chaude, si sensuelle, si érotique, c’est aussi ça danser un dernier tango à Paris. Cela parait bien sage, mais en cette année 1972, les censeurs avaient le mot final sur la dernière danse, surtout au pays du réalisateur. Habemus Papam, mais est-ce que le pape ne beurre pas ses biscottes ? Et puis, les anecdotes, les rumeurs, les non-dits sur ce tournage sont tels que pendant des années Bernardo Bertolucci, Maria Schneider ou Marlon Brando ont pu battre et débattre les scènes par interviews interposés. Que Maria considère cette scène si violente qu’elle se sentit, les larmes aux yeux, violée, que personne ne se pardonna la crudité de cette scène, toutes ces considérations à posteriori firent un peu plus pour la légende de ce film. Et pour ma légende personnelle, sache que maintenant j’ai toujours plusieurs plaquettes de beurre au frigidaire et au congélateur.

« Le dernier tango à Paris » [1972], 1€79 la plaquette de beurre.

21 commentaires
  1. 27 août 2015 , 22 h 50 min - Ronnie prend la parole ( permalien )

    Monoprix
    Beurre demi-sel, extra-fin, 82% de mat. Gr. La barquette de 250g : 1,69 €
    Une plaquette, probablement plusieurs prises …. :(

    • 27 août 2015 , 22 h 55 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je vois que je ne suis pas le seul à acheter des plaquettes de beurre… :-)

  2. 28 août 2015 , 7 h 15 min - princecranoir prend la parole ( permalien )

    En venant danser « le dernier tango à Paris », le « tramway nommé Désir » de Marlon s’est sacrément perdu en chemin vu la tronche du bonhomme. Heureusement que l’industrie laitière française et le docteur Bertolucci ont entre-temps pris en charge la libido des quadras. ça me fait penser qu’on croise de drôle de gens dans ces petites chambres de bonne avec vue sur la tour Eiffel. J’y ai aperçu récemment Tom Cruise, torse nu, en train de faire ses exercices d’assouplissement entre deux missions impossibles. Le montage ne disait d’ailleurs pas quelle genre de « mission » l’attendait à Paris. Un complot beurrier peut-être ?

    • 28 août 2015 , 9 h 57 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’était l’âge d’or de l’industrie laitière… un temps où il n’était pas nécessaire d’importer le lait de toute l’Europe malgré notre auto-suffisance en production.

  3. 28 août 2015 , 7 h 20 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    Je l’ai vu il y a longtemps à la télé (je devais avoir 17 ans/18 ans) et je n’en garde aucun souvenir hormis cette « fameuse » scène.

    • 28 août 2015 , 9 h 58 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le film souffre peut-être trop et uniquement de cette « fameuse » scène.

  4. 28 août 2015 , 9 h 37 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Le nihilisme du Dernier tango avait quelque chose de fascinant. Et le saxo de Gato Barbieri reste hypnotique. Dommage que je n’arrive plus à écouter sur dee…

    • 28 août 2015 , 10 h 00 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      A regarder surtout pour le sax’ de Gato… et puis j’aime bien la dernière séquence, ce dernier tango. Et la première rencontre, dans cet appartement. Il n’y a pas que le beurre dans cette histoire…

  5. 28 août 2015 , 16 h 46 min - dasola prend la parole ( permalien )

    Bonjour le Bison, rien que la musique, le métro aérien (ligne 6) et Brando et Schneider qui courent, il faut voir le film. Toute une époque révolue. Nostalgie…

    • 28 août 2015 , 19 h 49 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je me passerai volontiers du bruit du métro aérien, même avec son coté nostalgique, préférant celui du saxo argentin. Pendant longtemps, je me suis contenté de la « fameuse » scène, mais voir le film en entier accentue le coté nostalgique de Paris, qui apparait même belle…

  6. 28 août 2015 , 19 h 56 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Ben je suis sur le C– ! Je ne savais pas que c’était Barbieri qui jouait du sax dans ce film rohhhhhhhhhhhh !!! Va falloir que je me cultive en musique dis donc!

    Sinon deux choses m’ont choquer dans le film :

    La beauté de Brando ! Très beau quadra Ggggrrrr
    Et la forêt Amazonienne de Scheider ! La vache !… Les modes changent !
    Et dire que nous somme maintenant à l’époque de l’épilation intégrale pour faire plaisir à ces hommes ! ^^

    Et puis le beurre, franchement, c’est désuet quand même ! Pour quelques euros de plus il y a tous les parfums : jasmin, vanille, qui pétille ou pas, chaud, froid … et que sais encore !

    Bon ! sinon un bon film, avec une scène mythique que Maria effectivement à eu du mal à digérer !

    Ceci dit ! 1€79 pourquoi se priver ! ;-)

    Beau Billet Bibison… Euh … le beurre light ça marche aussi …. :D

    Ok je sors :)

    • 28 août 2015 , 22 h 19 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Faut sortir un peu ! Barbieri, son sax de la pampa pour un tango argentin… Une évidence même.

      La forêt amazonienne de Maria Schneider est impressionnante. Waouh… J’imagine toute la faune dans cette jungle impénétrable. Peut-être pour ça qu’il prend la porte de derrière…

      Jasmin, vanille et qui pétille en plus ! Faut des piles ?

      Et moi je dis pour 1€79, on n’a pas le droit de s’en priver !!

  7. 28 août 2015 , 20 h 32 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Un film audacieux qui est passé à l’histoire, pour certains grâce au génie musical du saxo argentin, un hommage à son talent. D’autres vont y trouver leur compte dans le scénario qui n’fait pas dans la demi-mesure, dépourvu de pudeur, sans tabous, mélange de rage et de sexe, de cœur et de corps blessés dans une danse révoltée. Mon cœur penche vers le doigté musical de Barbieri sur son saxo plutôt que sur celui de Brando avec son carré de beurre ou de margarine, c’est selon. Ce qui n’enlève rien à mes yeux à ce grand film qui revendique aussi, à sa manière et à travers le jeu de Maria Schneider, un certain désir de liberté, placé dans le contexte de l’époque, et de « passion », pour autant qu’elle soit partagée et désirée!

    Habemus Papam, du beurre sur des biscottes, une jungle amazonienne héritée d’un frottement de poudre d’ailes de papillon et un tango argentin. Un mélange tabarnaquement explosif…

    • 28 août 2015 , 22 h 24 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je pense qu’effectivement Maria Schneider a abusé de la poudre d’ailes de papillons…

      Mais, oui, il faut toujours remettre le film dans son époque et son contexte sociétal. De nos jours, il n’émouvra guère mais ramener au début des années soixante-dix, cela change profondément la perception de ce film.

      Donc t’es plus margarine que beurre ?! Pourquoi pas, plus économique. Cela permet d’y aller deux fois plus… Je n’ai rien contre…

    • 29 août 2015 , 5 h 31 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      Margarine : sans gras trans, faible en gras saturé, source d’omégas-3 polyinsaturés, 15% de vitamine A et E, 40% de vitamine D, 2 grammes d’Oméga-6. C’est pas beau ça?
      Ce serait fou de s’en passer….
      L’unique désavantage de taille : impossible de mettre au congélateur…

    • 29 août 2015 , 14 h 54 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Quand y’a plus de margarine, y’a le sirop d’érable…

  8. 3 septembre 2015 , 21 h 49 min - manU prend la parole ( permalien )

    Pourquoi utiliser une plaquette de beurre alors qu’avec un bon filet de salive… :D

    Bon sinon, va savoir pourquoi je ne suis pas étonné d’entendre parler de ce film ici… ;)

    • 3 septembre 2015 , 22 h 27 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pourquoi ? parce que j’aime bien le tango ?…

  9. 4 septembre 2015 , 8 h 55 min - manU prend la parole ( permalien )

    Bongo ! C’est ça, c’est pour le Tango !…
    Enfin quand ça tangue quoi… ;)

    • 4 septembre 2015 , 22 h 55 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      quand ça tangue quoi…

      En hommage à la dernière scène, ce dernier tango à Paris…

      Mais quand je pense que certains se font livrer du sirop d’érable direct du Canada, alors qu’au coin de sa rue on peut acheter du beurre ;-)

  10. 5 septembre 2015 , 12 h 01 min - Ronnie prend la parole ( permalien )

    On peut effectivement acheter du beurre au coin de sa rue …….
    A toute heure, chez l’Erable du coin ….. :-)

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