Factotum [Charles Bukowski]

Par le Bison le 23 août 2015

« J’arrivai à la pension. J’suis monté à ma chambre. J’ai ouvert la porte, allumé la lumière. Mrs Downing avait mis le courrier sous la porte. Il y avait une grande enveloppe de chez Gladmore. J’lai ramassée. Elle était lourde de manuscrits refusés. J’me suis assis et j’ai ouvert l’enveloppe.

Cher M. Chinaski :
Nous vous renvoyons ces quatre nouvelles, mais nous gardons MON AME GORGEE DE BIERE EST PLUS TRISTE QUE TOUS LES SAPINS DE NOËL CREVES DU MONDE. Nous surveillons votre travail depuis longtemps et sommes très heureux d’accepter cette nouvelle.
Sincèrement.
Clay Gladmore. »

Cher M. Chinaski. Ce type a une âme. En plus d’être un sacré poète. Il erre, comme un paumé, dans les rues de L.A. ou de la Nouvelle-Orleans à la recherche d’un putain de job ou d’un bar ouvert. Avec la volonté d’un gars qui veut réussir dans la vie, il trouve forcément, la porte du bar et déjà les néons derrière le comptoir s’illuminent comme une invitation divine à venir s’abreuver de la spiritualité des lieux et de la bibine du coin. Pour peu qu’une putain lui fasse de l’œil ou écarte ses grosses cuisses pour l’éblouir encore plus, et ce paumé littéraire s’enferme dans ce monde de fumée, de lumière artificielle et d’odeur de vomis.

Cher M. Chinaski. Et lorsque que par ô miracle un gars soit con soit magnanime décide de lui donner sa chance, Hank n’hésite pas à s’éreinter à la tâche. Il est comme ça, entier et juste, prêt à faire n’importe quel boulot de merde, parce que de toute façon, dans cette Amérique-là, il n’y a que des boulots de merde pour des gens comme lui qui ne valent guère plus qu’un gros étron de yorkshire. Et ce boulot, si mal payé soit-il, deviendra le fer de lance de sa vie jusqu’au premier bar ouvert que sa route croisera pour peu qu’un hippodrome ne traverse pas son champ de vision avant.

« La bibine coulait toujours. La blondinette était partie avec quelqu’un d’autre. Le juke-box gueulait. Timmy racontait. La nuit tombait. On était en pleine forme, on a continué dans la rue, à la recherche d’un autre bar. Il était 10 heures. On tenait à peine debout. La rue était pleine de voitures. »

Cher M. Chinaski. Si je pouvais te payer un verre de bière ou même une bouteille d’un rye ambrée. Je sais que c’est dans ces moments-là, le ventre rempli de bibine et de whisky, que sortent la rage et les tripes qui fomentent dans ta tête pour me fournir une prose chargée d’amour, de furoncles et de baise. Pardon, l’Amour avec un grand A parce qu’avec le grand outil que tu t’auto-déclares, la majuscule se dresse de rigueur. Alors, laisse tomber ce boulot de merde, range ta fourgonnette, et viens poser ton cul moite sur le cuir du tabouret, t’enfiler quelques bretzels et me parler de ta branlette d’hier ou m’écrire sur cette serviette en papier comment tu as sodomisé esta guapa puta, cette pute aux accents hispaniques, encore une mexicaine qui a passé en fraude la frontière et qui s’est faite virée de son job encore plus merdique que le tien, femme de ménage dans un loft avec jacuzzi donnant sur la terrasse, simplement parce qu’elle a sucé Monsieur et que Madame l’a vu. Tu vois, Hank – tu permets que je t’appelle Hank on a presque fini la bouteille – il n’y a que des boulots de merde dans ce bas-monde et toi tu n’es que poésie dans ton âme et ton cœur.

« Factotum », ces boulots c’est pas ta vie.

Cher M. Chinaski. Je donnerai cher pour lire une nouvelle intitulée « MON AME GORGEE DE BIERE EST PLUS TRISTE QUE TOUS LES SAPINS DE NOËL CREVES DU MONDE ». Ce titre en dit déjà long sur ce type et son mal-être. Elle pue la déprime, la pisse et la bière fadasse. Je t’imagine déjà dans ce caniveau, rejeté par tout le monde, même la putain de son tabouret, celle avec un gros cul et des miches tombantes, te crache dessus parce que t’as même plus de fric pour la prendre en levrette. Et sans fric, même ta queue ne se lève plus dans son pantalon maculé de boue crottée. Et je donnerai encore plus cher pour écrire une suite que je titrerais avec humilité : « TON AME GORGEE DE SPERME EST PLUS LUMINEUSE QUE TOUTES LES GUIRLANDES ELECTRIQUES DES SAPINS DE NOËL ». Je suis certain qu’avec celle-là les cœurs tomberaient tous sur le comptoir poisseux de tes bars, chavirés par l’émotion qu’une giclée de sperme peut transmettre.

« La sueur faisait couler son mascara. D’un seul coup ses yeux se sont rétrécis. J’étais assis au bord du lit. Elle fut sur moi avant que j’ai pu faire un geste. Sa bouche grande ouverte couvrait la mienne. Ca sentait la salive et les oignons et la vinasse et (j’imaginais) le sperme de quatre cents types. Elle a fourré sa langue dans ma bouche. Ca dégoulinait de salive, j’ai hoqueté et j’l’ai repoussée. Elle est tombée à genoux, a fait glisser ma fermeture éclair et à l’instant ma douce pine fut dans sa bouche. Elle me suçait et me mordillait. Elle portait un petit ruban jaune dans ses cheveux gris coupés court. Elle avait des verrues et d’énormes grains de beauté marron dans le cou et sur les joues.
Mon pénis gonflait ; elle grognait, me mordait. J’ai gueulé, j’l’ai attrapée par les cheveux, et j’l’ai virée. J’étais au centre de la pièce, blessé et terrifié. Y’avait du Mahler à la radio. Avant que j’ai pu bouger, elle fut sur moi. Elle m’a chopé les couilles sans pitié, à deux mains. Bouche grande ouvertes, elle me goba ; sa tête d’un coup sec sur mes couilles, tout en mordant à moitié ma queue, elle m’a foutu à terre. Des bruits de succion remplissaient la pièce, tandis que la radio passait Mahler. J’me sentais comme dévoré par un animal cruel. Ma bite apparut, couverte de bave et de sang. Sa vue mit Martha en transe. Elle me bouffait tout cru.
Si je jouis, j’ai pensé avec désespoir, je me le pardonnerai jamais.
Comme j’me baissais pour essayer de la tirer par les cheveux, elle m’a rechopé les couilles et les a écrasées sans pitié. Ses dents cisaillaient mon pénis comme pour le couper en deux. J’ai gueulé, lâché ses cheveux et suis tombé en arrière. Sa tête tressautait de plus belle. J’étais sûr qu’on l’entendait sucer dans toute la pension.
« NON ! » j’ai hurlé.
Elle continuait avec une fureur bestiale. J’commençais à jouir. C’était comme sucer les entrailles d’un serpent captif. De la folie furieuse ; elle a aspiré le sperme avec un gargouillement.
Elle continuait à sucer et à mordiller.
« Martha ! Arrête ! C’est fini ! »
Rien à faire. Ce n’était plus qu’une énorme bouche avide. Elle continuait à sucer et à mordre. Elle y allait, elle y allait.
« NON ! » j’ai hurlé de nouveau…
Cette fois elle l’a eue comme de la crème à la vanille dans une paille.
J’défaillais. Elle s’est relevée et a commencé à s’habiller. Elle chantonnait.

Quand un gamin de New York dit bonne nuit
La matinée commence
Bonne nuit, mon cœur
La matinée commence
Bonne nuit, mon cœur
Le laitier rentre chez lui…

J’me suis remis debout en me tenant le bas-ventre et j’ai trouvé mon portefeuille. J’ai sorti cinq dollars. Elle a pris les cinq dollars, les a glissés entre ses seins, m’a chopé les couilles, histoire de se marrer, les a tordues, lâchées, puis est sortie de la pièce en valsant. »

« Factotum », des boulots de merde pour une prose de foutre.

14 commentaires
  1. 24 août 2015 , 3 h 18 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Quand tu parles du grand Hank qui t’es cher, tu le fais toujours avec des tabarnak d’émotions sorties directement de tes tripes. Et les mots que tu adresses ici directement au poète, à travers ta prose, sont tellement émouvants! La chance d’être choyé par la vie ne lui a pas été donnée, et c’est heureux qu’un Bison ait pu reconnaître en lui la beauté de son âme. Tu en parles avec le respect qui lui était dû. Qu’on soit paumé, rejeté, alcoolo et dans le dernier des caniveaux, un homme reste un homme, et à mes yeux les épreuves ont eu le mérite de l’avoir rendu encore plus humain dans ce maudit monde de brutes.

    Voilà, je lève mon verre à toutes ces âmes aussi lumineuses que toutes les guirlandes électriques des sapins de Noël! ;-)

    • 24 août 2015 , 9 h 41 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un homme reste un homme. Un poète aussi. Et un obsédé soulard encore plus. Je lève ma bouteille à ces âmes lumineuses et gorgées de…

  2. 24 août 2015 , 8 h 50 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Et dire que je ne regarderai plus mon Sapin de Noël de la même façon !
    Ce livre t’a mis une sacré claque et ton billet nous met une sacré branlé…

    Factotum, rectum & magnum que demande le peuple !

    ;-)

    • 24 août 2015 , 9 h 42 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Joyeux noël quand même. Et n’abuse pas trop des magnums à sucer…

  3. 24 août 2015 , 13 h 01 min - Belette2911 prend la parole ( permalien )

    ben mon côlon… ça m’a l’air d’être de la prose qui n’est point rose… je dois avoir un ou deux titres de ce sieur dans ma biblio numérique…

    Je pourrai sucer un magnum si je les lis ?? :D

    • 24 août 2015 , 13 h 39 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      justement, je garde toujours mon magnum pour les grandes occasions…

  4. 24 août 2015 , 16 h 40 min - Léa Touch Book prend la parole ( permalien )

    Ma première expérience avec l’auteur n’avait pas été un coup de foudre mais je pense persévérer ^^

    • 25 août 2015 , 8 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      La première expérience fait toujours un peu mal. Après on s’y habitue et on en redemande.

  5. 24 août 2015 , 21 h 47 min - manU prend la parole ( permalien )

    Ben mon cochon, quelle expérience !! A te passer l’envie de se faire sucer ton truc là !!!
    Ce serait dommage… ;)

    • 25 août 2015 , 8 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      D’où l’art de ne pas croquer un magnum…

  6. 10 septembre 2015 , 15 h 09 min - phil prend la parole ( permalien )

    En quete d’une certaine ivresse, on n’en ressort pas toujours indemne d’un écrit de ce bon vieux Charles !
    Jouissance, humour, misère, solitude, la vie !

    • 11 septembre 2015 , 9 h 16 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Jouissance, un verre à la main. La vie !

  7. 23 septembre 2015 , 22 h 24 min - chinouk prend la parole ( permalien )

    J’ai découvert l’écriture de Bukowski avec Factotum, hâte d’en lire plus !

    • 23 septembre 2015 , 22 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est l’un des plus doux, alors il te reste encore plein de plaisir à prendre avec lui :D

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