La Poursuite Impitoyable [Arthur Penn]

Par le Bison le 27 juin 2015

L’ambiance est lourde, étouffante même. Une chaleur moite à mouiller les chemises même celle du shérif Calder. Quel mec, alors, du genre beau et viril, le genre de gars à acheter une plaquette de beurre sans sourciller à la vendeuse. Putain, je voudrais être ce gars, ce type respectable mais pas vraiment respecté dans cette petite ville de ploucs et de texans.

La rumeur enfle, comme la bosse dans mon pantalon, lorsque je t’imagine, belle poupée blonde des années soixante, dans le genre blonde amatrice tournant des vidéos amateurs pour l’assouplissement du périnée et libérer les chakras. Cette onde qui se distille de bars en bars, de la rue au foyer confortable de la bourgeoisie, du trottoir au bureau du shérif même. L’évasion de Bubber Reeves est sur toutes les lèvres, y compris et surtout celles de la gente féminine…

Parce que, Bubber est du genre blondinet, mais d’un beau blond qui sent le sable chaud et la sueur, avec une coiffure irréprochable même après avoir sauté sur un train, roulé dans les champs, fureté dans les casses automobiles. Le genre de type que même le cambouis fuit sa chevelure aérienne. Putain, je voudrais être ce gars, un type pas vraiment respecté dans cette ville de bouseux.

Les bouteilles coulent à flot, les verres trinquent, le rock’n roll fait tourner les têtes. On tire en l’air, on tire la voisine, la fête du samedi soir bat son plein. Une fièvre intense s’empare de ces autochtones quadragénaires en mal de distraction, la fièvre du samedi soir, celle qui transformera une boum en chasse impitoyable pour tuer Bubber… Une rapide analyse des images proposées de cette Amérique-là, celles des blancs et des années soixante, n’est guère flatteuse : racisme contre les Noirs, dissensions entre classes sociales, corruption et appât de l’argent, rivalités individuelles ou jalousies haineuses… Que de bons sentiments pour alourdir encore plus l’atmosphère qui règne dans ce petit patelin…

Un samedi soir sur la planète ou dans le Texas, où est la différence, avec Marlon Brando, Jane Fonda et Robert Redford… Est-ce qu’on fait mieux en casting depuis ? Et, c’est avec ce film que j’ai découvert le grand Marlon, magistral, putain quel acteur, quel charisme, quelle façon de se faire tabasser, une baston dans les règles de l’art qui lui défigure sa belle gueule de shérif un peu rebelle.  Ça c’est du film, grandiose de la grande époque de l’âge d’or du cinéma. Je n’ai pas pour habitude de m’enflammer pour les vieilles toiles, mais quand je prends mon pied, j’ai envie de reboire un whisky après, et même un bourbon aussi. Ne serait-ce que pour gueuler tout mon mépris à cette foule fanatique venu lyncher un innocent aussi beau qu’un surfeur blond écoutant les Beach Boys… Sauf qu’au Texas, on n’écoute pas les Beach Boys et pas encore les frère Allman. Merde, qu’est-ce qu’on écoutait en 1966 au Texas ? Jerry Lee Lewis… ou Sharon Jones & the Dap Kings…

« La Poursuite Impitoyable » [1966], appelle moi Marlon ou Robert…

14 commentaires
  1. 28 juin 2015 , 7 h 01 min - Princécranoir prend la parole ( permalien )

    Une soirée mondaine avant de se laisser aller à la « Fury », un petit passage à tabac aux abords du bureau du shérif : »La poursuite impitoyable », voilà un film qui fait toujours galoper !

    • 28 juin 2015 , 20 h 04 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      au passage, magnifique passage à tabac du shérif. C’est rare de voir un shérif se faire dérouiller de cette manière :)

  2. 28 juin 2015 , 7 h 08 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    The chase, toute la poisse du Sud, la sueur, la jalousie, les petitesses. un film génial analysé au mieux par le Bison. Un cinéma qui savait conjuguer intelligence et action. Formidable.

  3. 28 juin 2015 , 8 h 28 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    Ah là là là là, Marlon Brando. Mon dimanche matin démarre bien en m’imaginant avec lui, au Texas, suant et transpirant, attendant le réconfort d’un bon bain frais dans un baquet en bois.
    Sur ce, je retourne à mon livre qui se passe dans la bonne société anglaise ; pas la même ambiance et en allant récupérer Sade (de Benoît Jacquot) à la médiathèque j’irai voir s’ils ont celui-ci à ma disposition.

    • 28 juin 2015 , 20 h 01 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Suant et transpirant, la gueule en compote, le Marlon. Son dimanche ne démarre pas aussi bien…

  4. 28 juin 2015 , 17 h 13 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Cool, mec, toi aussi tu peux sauter des trains en marche et pas être décoiffé !

    « Une chaleur moite à mouiller… » moi j’aurais mis un truc qui se serait imbriqué dans le « La rumeur enfle, comme la bosse dans mon pantalon »… mais j’dis ça et j’dis rien.

    Allez, m’en vais écluser un verre de bière froide dans un saloon quelconque.

    • 28 juin 2015 , 20 h 00 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’me suis dit que ce n’étais pas la peine d’en rajouter et que évoquer simplement la gueule de Marlon Brando suffisait à faire mouiller une belette, chaleur moite ou pas, dans le Texas ou le plat pays.

  5. 28 juin 2015 , 20 h 34 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Sans hésiter je suis plus Robert que Marlon ! Je ne connais pas trop la filmographie de Brando mise à part Apocalypse Now, et Dernier Tango à Paris.

    Robert Redfort Dans « propriété privée » il a une gueule d’ange et dans « Les trois jours du condor » avec Faye Dunaway il est trop beau et j’adore ce film.

    Alors je t’appellerai Robert ^^

    ;-)

    • 28 juin 2015 , 22 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Et là, Robert a une gueule d’ange sortant de l’école… 30 ans, un gamin…
      Je suis plus Robert, effectivement…

      (pour sa filmographie et pas sa gueule d’ange)
      :)

  6. 28 juin 2015 , 20 h 41 min - manU prend la parole ( permalien )

    Je ne crois pas l’avoir déjà vu celui-ci… Brando, Redford, Fonda, quel casting !

    • 28 juin 2015 , 22 h 10 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      et pourtant… Avec ce casting-là, je comprends pas pourquoi tu ne l’as pas encore vu. Faut sortir de ta mare, de temps en temps ! Croa Croa !!

  7. 28 juin 2015 , 21 h 38 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Quelle brochette d’acteurs là-dedans!

    « le genre blonde amatrice tournant des vidéos amateurs pour l’assouplissement du périnée »
    Tabarnak…. du grand vidéo…. ptdrrrr

    Super billet à la Bison Brando (j’ai pas dit « Bizoune » hein!!!)

    • 28 juin 2015 , 22 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Faut dire que j’ai la gueule à Brando…

      (après son passage à tabac !)
      :)

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