Long Week-end [Joyce Maynard]

Par le Bison le 12 juin 2015

« M’être évadé. Vous avoir rencontrés. »

Henry, 13 ans, vit avec sa mère, seule. Adèle. Un comportement un rien obsessionnel qui ne sort pratiquement plus de chez elle, se contentant de boites de soupe en guise de repas. Une vie de recluse depuis sa séparation. Plus d’amies, plus de rapports avec les autres, même les courses sont faites par son fils. D’ailleurs, fait exceptionnel en cette veille de grand week-end avant la rentrée scolaire, les voilà mère et fils au centre commercial pour faire le plein de fourniture scolaire.

Henry, devant le présentoir des magazines. Il aimerait bien feuilleter ce dernier numéro de Play-Boy. Parce qu’honnêtement, à quoi pense un garçon de 13 ans. Aux filles et au cul, uniquement. Et à leurs nichons. Henry qui croise le regard de Frank et qui s’impose dans leur voiture avec une casquette de Red Sox vissé sur la tête, une égratignure de sang séché sur le visage.

Ainsi commence ce long week-end du Labor Day. Une femme perturbée, un gamin obsédé, un homme évadé d’une prison fédérale où il purgeait une longue peine. Entre ces trois-là, une étrange alchimie va naître dans la chaleur étouffante de ce premier week-end de Septembre. Il fait chaud dans le Massachusetts, aussi brûlant que Frank et Adèle dans un lit. Une passion fulgurante, comme si Frank ne s’était évadé – pourtant en fin de peine – que pour croiser même fortuitement la voie d’Adèle. Et pendant ce temps, Henry n’a d’yeux que pour les nichons de ses camarades de classe.

« Ce n’est plus un gosse insistait-il. La seule chose à laquelle il pense, je le sais, c’est de mettre la main dans la culotte d’une fille. Si tu en doutes, jette un œil à ses draps. Un  garçon de cet âge, il n’y a que ça qui l’intéresse.

Les cuisses de Rachel McCann. La culotte de Sharon Sunderland. Les tétons d’une girl de Las Vegas ; »

Commence alors, à travers le regard d’un gamin de 13 ans, cet étrange week-end, où la passion de sa mère avec Frank va bouleverser à tout jamais sa vie. Comme celle de Frank qui en l’espace de quelques heures prendra la place d’un père absent, apprenant à Henry à tenir une batte de base-ball, cuisinant une succulente tarte aux pêches – un exploit même de faire la pâte compte-tenu de la chaleur de ce week-end, bricolant tous les travers d’une maison laissée un peu trop longtemps à l’abandon. Comme celle d’Adèle qui, depuis des années, trouvera enfin l’envie de sourire, de danser, de manger et de baiser. Comme celle de Henry qui découvrira une figure plus paternel que son vrai père qu’il ne voit qu’un samedi avec sa « nouvelle » famille mais qui découvrira aussi cet étrange sentiment qu’est la jalousie, ce sentiment de perdre l’amour de sa mère trop accaparé par l’amour de Frank.

Un roman qui se lit en un week-end de canicule, étrange et passionnant, comme passionné sous cette chaleur de fin d’été. Quelques jours où il ne se passe rien, mais quelques jours qui permettent d’entrevoir la beauté d’une âme, celle de Frank qui malgré ce si lourd passé, malgré son évasion et son avis de recherche, vit quelques instants d’une famille ordinaire, simplement par amour d’Adèle. Oui, en un instant, on peut tomber amoureux, un regard, un sourire, une évidence. L’amour ne prévient pas, et sans considération des actes passés.

« Long Week-End », aussi sucrée qu’une tarte aux pêches encore tiède.

Hey, t’as bien encore cinq minutes.

Je te ressers un verre de Goudale ?

Le temps de te parler d’un film de Jason Reitman, avec Josh Brolin et Kate Winslet. C’est l’histoire d’un homme qui s’est évadé de la prison fédérale du comté, une casquette de Red Sox sur la tête. Il croise le regard d’un gamin voulant feuilleter le dernier magasine « Glamour »… Sa mère pas à son aise dans les rayons d’un supermarché bas de gamme. Oh, tu connais déjà le scénario ? Alors, je ne te raconte pas la suite. « Last Days of Summer » est fidèle au roman. Peut-être trop, même. Mais aussi un peu moins intense. Pourquoi, parce que la gamin parait moins obsédé par les nichons de ses camarades de classe. Parce que Kate parait moins névrosé que dans le roman et que le film insiste moins sur le passé de cette femme qui au bout du compte en est arrivé à se retirer presque de la société pour se cloitrer au bout de l’impasse de sa maison. Parce que la relation entre Josh et Kate est toujours saupoudrée d’un peu de crainte alors que dans le roman, seules ne transpirent que la passion et l’envie de reconstruire une nouvelle vie. Résumer en une phrase mon sentiment, moi qui ai enchaîné les deux, le film reste passionnant, mais le roman est plus passionné.

« Sur quoi tu aimerais que je pose mes lèvres ? me demandait-elle ? »

Moi, je sais mais je ne te le dirais pas. En tout cas pas sur mon verre de Goudale !

21 commentaires
  1. 12 juin 2015 , 20 h 20 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    J’avais déjà bien aimé le seul roman lu de Joyce Maynard et celui-ci me tente tout autant. Merci de me rappeler qu’il faut que je lise celui-ci.

    • 12 juin 2015 , 21 h 57 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      L’homme de la montagne. Un titre prometteur.

    • 14 juin 2015 , 14 h 13 min - phil prend la parole ( permalien )

      pour aller à la recherche du Tueur du Crépuscule ou tout simplement lire la vie de 2 jeunes filles ….

  2. 12 juin 2015 , 21 h 20 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Très sympa ton billet et ton parallèle avec le film.

    J’aime beaucoup les histoires où des personnages totalement opposés se rencontrent et que des liens se créent alors que tous les séparent.
    Je trouve cette idée très belle, très forte et puis c’est tellement vrai.

    Moi je tremperai bien mes lèvres dans Ta Goudale ^^

  3. 12 juin 2015 , 21 h 40 min - manU prend la parole ( permalien )

    Quel talent ce Bison !
    On le lit, on a l’impression d’y être et on a autant envie de découvrir le bouquin que de voir le film même s’il est un cran en dessous…

    Quant à la fin de ton billet, tu veux parler de ton front je suppose ? ;)

  4. 12 juin 2015 , 21 h 42 min - manU prend la parole ( permalien )

    Tu veux porter tes lèvres à sa binouse ou à sa bizoune Chris ? :D

    • 12 juin 2015 , 21 h 57 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Attend je réfléchis ……

    • 12 juin 2015 , 22 h 00 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      CA y est j’ai réfléchis …

      Ma réponse par mail … ptdrrrrrr ;-)

    • 12 juin 2015 , 22 h 04 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Si je peux me permettre, j’ai une nette préférence… Je te donne ma réponse par mail aussi ? ;-)

    • 12 juin 2015 , 22 h 22 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      Beau billet, passionné, passionnant, comme dans « long weekend de canicule à s’faire aller la bizoune »!!!

      Ouhhhhhhhhh ma Rousse, yaouhhhhhhhh Faut rajouter du sirop d’érable hein!!! :D SLURPPPPPP!

    • 13 juin 2015 , 11 h 45 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      l’appel de la bizoune et la canadienne débarque :) N’oublie pas le sirop d’érable !

  5. 12 juin 2015 , 21 h 59 min - manU prend la parole ( permalien )

    Grave erreur ! Ne jamais réfléchir avant d’agir ! :D

    • 12 juin 2015 , 22 h 04 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Agir d’abord…

    • 12 juin 2015 , 22 h 05 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      C’est mon problème! Je suis trop cérébrale ;-)

  6. 12 juin 2015 , 22 h 08 min - manU prend la parole ( permalien )

    C’est ça les intellos… ;)

  7. 14 juin 2015 , 18 h 37 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Une tarte à la pêche… et pourtant, c’était dans une tarte aux pommes qu’il fallait introduire….

    Bon, je zappe ce livre, j’en ai déjà beaucoup à lire ;)

    • 14 juin 2015 , 22 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je peux appeler un ami ? Le docteur Sherlock par exemple… j’ai pas compris le coup de la tarte aux pommes…

  8. 12 août 2015 , 21 h 48 min - Léa Touch Book prend la parole ( permalien )

    J’adore cette auteure et je vais regarder ce film car j’aime énormément Kate Winslet :)

    • 12 août 2015 , 21 h 54 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tiens, moi aussi, j’adore beaucoup Kate Winslet ! Pour l’auteure, je ne connais que celui-là, donc je ne demande qu’à poursuivre…

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