Factotum [Bent Hamer]

Par le Bison le 17 mai 2015

Le beau Matt Dillon dans le rôle de Hank Chinaski, ce n’est pas gagné d’avance. Où est donc ce visage grêlé et pustulé, ces plaques rougeaudes qui le font ressembler à un ivrogne. Et pourtant, j’y crois. Il a su s’imprégner des mimiques de Bukowski, si bien qu’au bout du compte, il a un air de ressemblance avec l’écrivain chéri des dames et des bisons. Peut-être son menton qu’il projette en avant, et sa gueule constamment de travers. Bref, finalement, Matt Dillon, c’est un bon choix pour incarner ce nouvelliste à la recherche du succès, du vin et des femmes.

« La bibine coulait toujours. La blondinette était partie avec quelqu’un d’autre. Le juke-box gueulait. Timmy racontait. La nuit tombait. On était en pleine forme, on a continué dans la rue, à la recherche d’un autre bar. Il était 10 heures. On tenait à peine debout. La rue était pleine de voitures. »

Des femmes, ou plutôt une seule, Jan. Une Jan amoureuse de Hank et aussi bonne à la descente de bouteille que lui. Deux êtres paumés qui boivent du vin rouge, baisent un peu, et fument des cigarettes au lit.

« Factotum », c’est cet homme bon à rien, ou bon à tout faire, qui erre de petits boulots en galères, incapables de garder un travail plus de deux jours d’affilée. Je le suis, le vague à l’âme, le verre à la main. Je souris mais déchante rapidement. Parce que cet homme, qui prose la nuit, bois le jour, est touchant, humain. Il n’est pas ce déchet que l’on décrit si facilement. Il m’émeut dans sa galère, dans son envie d’écrire toujours, malgré l’absence totale de reconnaissance.

« A faire de tels boulots on se fatigue. On découvre une lassitude au-delà de la fatigue. On dit des choses dingues, lumineuses. Perdant la tête, je jurais, je délirais, je sortais des vannes, je chantais. L’enfer hurle de rire. Même le nain se foutait de moi.

J’ai travaillé plusieurs semaines. J’rentrais bourré tous les soirs. Pas grave ; j’avais le boulot dont personne ne voulait. »

Alors, oui, le film est bien, Matt Dillon est bien, l’alcool coule à flot, les citations récitées de Bukoswki en voix-off émerveillent… mais le film de Bent Hamer est aussi un peu trop sage, pas assez mordant. Maintenant, il va falloir que je sorte le livre de sa pal, et découvrir une nouvelle facette de Hank, celle du chercheur de boulot incompris qui erre entre champs de course et bars miteux. Et certainement retrouver la mélancolie de l’auteur à travers sa prose sentimentale.

« Factotum » [2005], juste pour donner envie de dépoussiérer le bouquin.

15 commentaires
  1. 18 mai 2015 , 7 h 40 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Moi je serai plutôt du style à lire le livre et regarder le film après. Ceci dit tu connais Bukowski sur le bout des doigts donc aucune surprise pour toi.

    Moi je n’aurai pas vu Dillon dans se rôle mais plutôt Kevin Spacey (mais là je ne parle que de physique, sensibilité et mélancolie)

    • 18 mai 2015 , 11 h 03 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      en général, j’aurai tendance à lire le roman avant. Mais là comme il s’agit de petites histoires piochées au fil des bistrots et des agences d’intérim.
      Kevin Spacey, un peu trop classe, surtout depuis qu’il est président…

      En y réfléchissant bien, je verrais bien maintenant un Matthew McConaughey dans ce rôle d’ivrogne-poète, baiseur à ses heures perdues…

  2. 18 mai 2015 , 8 h 38 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    Je n’ai jamais lu Bukowski mais alors pour Matt Dillon, je signe les yeux fermés. Bon maintenant, s’il y a un décalage entre ce qu’il est censé représenter et ce qu’il joue vraiment, ça laisse un goût d’inachevé et ça fait un peu « touriste ». Le réalisateur n’a peut-être pas osé « y aller ». Un réalisateur français s’encombre peut-être moins de convention.

    • 18 mai 2015 , 11 h 05 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le plus étonnant, c’est qu’il s’agit d’un film norvégien avec des fonds américains. Mais, oui, certainement, que le réalisateur y a du aller soft pour ne pas effrayer les investisseurs.

      Sinon, jamais lu de Bukowski ? Et tu t’en sors quand même dans la vie…

  3. 18 mai 2015 , 23 h 22 min - manU prend la parole ( permalien )

    Comme Santa Cristina, je serai plutôt du genre à lire le bouquin avant et voir le film après…
    Mais je serai curieux de voir Matt Dillon là-dedans, un choix inattendu quand même et pas le type auquel on pense spontanément pour interpréter Bukoswki !

  4. 19 mai 2015 , 1 h 55 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Même si Dillon arrive à s’imprégner de son personnage, comme tu dis, si ça se trouve peut-être que le livre arrivera à t’émouvoir encore plus avec sa prose? Plus de « mordant »? Comme s’il y avait quelque chose dans les mots qu’un film n’arrivera jamais à transmettre. T’as dû te réjouir de le voir en tout cas… Le plus admirable à mon sens est d’avoir pu garder la face malgré les injures et le manque de reconnaissance. Parce qu’on a infiniment à apprendre de ces marginaux.
    Après la binouze v’là la « bibine »! Tabarnak, c’quoi ça??? :D

    • 19 mai 2015 , 8 h 31 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      un livre de Bukowski m’émeut toujours :) Mais attention quand même au mordant, ça peut faire mal…

  5. 19 mai 2015 , 19 h 23 min - phil prend la parole ( permalien )

    Charles un incompris, plein de sensibilité et de délicatesse si si !
    Et quand tu vois toutes les Women qu’il a levé lui alcoolo, dégueu sans le sou et ca vieille gueule cassée !!! C’est plus qu’un conte d’une folie ordinaire j’te l’dis moi !

    • 19 mai 2015 , 19 h 59 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      et moi j’pense que je bois pas assez. J’devrais être plus souvent bourré, gerbé, bourré. Il n’y a que comme ça qu’on peut devenir un Grand… incompris, certes, mais immensément grand avec le gland qui frétille.

    • 19 mai 2015 , 20 h 29 min - phil prend la parole ( permalien )

      A se demander comment il faisait car même plein toute la journée il baisait !!!

    • 19 mai 2015 , 22 h 08 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Il avait découvert le paradis avant de mourir.

    • 19 mai 2015 , 22 h 41 min - phil prend la parole ( permalien )

      comme ca point de discussion, lui au moins il sait que ca existe !

  6. 23 mai 2015 , 22 h 52 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Bof, il ne m’inspire pas vraiment…

    • 24 mai 2015 , 17 h 02 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est pas une obligation, on baise pas beaucoup dans ce film et en plus il donne soif…

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