Le Labyrinthe du Silence [Giulio Ricciarelli]

Par le Bison le 2 mai 2015

Ne cherche pas à reconnaître un acteur sur le générique, ou même le réalisateur. Pour ma part, tous inconnus aux bataillons, même à la Waffen-SS. D’ailleurs, ne serait-ce pas un premier film, d’une justesse rare qui apporte autant d’émotions que de d’interrogations, mené à un rythme qui ne ménage pas le suspens. Et un film allemand, d’autant plus, loin d’avoir l’austérité d’un Derrick. Et là est toute la référence. 1958, l’Allemagne et son passé. Une question qui va s’insinuer dans la tête de ce jeune procureur allemand, ambitieux qui vient de clôturer brillamment une affaire d’excès de vitesse : est-ce que nos parents sont tous des SS ?

Quelques années après le procès de Nuremberg mené par les Alliés, les allemands oublient le passé et tentent de se réconcilier avec leur histoire et que l’administration allemande ne bougera pas pour aller chercher le docteur Mengele, exilé argentin, ou ses autres disciples. Auschwitz ? Tu connais… ou pas. Vers cette fin des années cinquante, et pour cette jeunesse allemande, ce lointain lieu n’a pas plus de signification qu’une villégiature où certains prisonniers ont fait un « séjour ». Jeunesse qui préfère boire, fumer et écouter de la musique subversive ou libératrice – pire du jazz ! – et anciens qui préfèrent ne pas remuer la boue des méandres de la mémoire.

Les vieux cinéphiles penseront aussitôt – et moi aussi, pour la catégorie vieux, pas cinéphile – aux « Hommes du Président » d’Allan J. Pakula, pour un film mi dossier à charge, mi fiction qui retranscrit ce premier procès de l’Histoire d’un pays contre ses propres soldats. Une longue enquête. Mais la peine en vaut le risque, celui de se faire insulter, tabasser, caillasser même ; et si une grande majorité d’hommes semblent contre les démarches de ce jeune et beau procureur, l’ennemi n’étant plus les nazis mais les communistes, il faudra beaucoup de courage et d’abnégation pour mener à bien une telle « mission ». D’une liste de 15 SS, notre beau procureur se retrouvera avec plus de 8000 noms à pourchasser, s’il doit tous les pourchasser, en évitant de se perdre dans ce labyrinthe de dossiers – les SS ayant eu la bonne idée de tout consigner par écrit – et de silence.

Francfort 1963. Pour la première fois, des Allemands jugent des Allemands.

Magnifique film sur la mémoire, sur l’Histoire, qui pose de façon intelligente beaucoup de questions sur nos responsabilités en tant qu’être humain, sur l’après-guerre et sur l’oubli. Proposé presque de façon thriller, cette enquête mérite que l’on s’enferme deux heures dans une salle obscure sans pop-corn – je milite toujours contre le pop-corn que les américains nous ont ramené de cette guerre – ne serait-ce que pour écouter l’insouciance du jazz… et se souvenir.

« le Labyrinthe du Silence » [2015], pour ne pas oublier Auschwitz.

13 commentaires
  1. 3 mai 2015 , 3 h 04 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    « Oublier » est une lâcheté incroyable! Comment cette jeunesse d’après-guerre a-t-elle pu à ce point plonger dans l’obscurantisme face à ces années d’holocauste et de guerre sans pitié. Si la mémoire fait mal au point de se crever les yeux et de se les faire mariner dans le silence, où s’en va notre part de responsabilité, comme tu dis? Sebastiao Salgado dans Le Sel de la terre en était arrivé à cette même conclusion que les gens sont irresponsables et incapables de vivre en communauté.

    Heureusement il existe des hommes comme Salgado et des films comme celui que tu nous présentes, ou encore un jeune procureur allemand ambitieux dans les années d’après-guerre, pour ne jamais oublier à quel point l’homme est un loup! Nuremberg et Francfort, deux procès qui ont marqué l’histoire et qui rappellent à nos mémoires ce temps-là. Tout l’aveuglement dont l’humain est doté me fait vraiment mal! Plus que mal, ça me révolte! Je vais tenter de mettre la main sur ce Labyrinthe du silence.

    • 3 mai 2015 , 15 h 10 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      La jeunesse, à sa décharge, n’apprends que ce qu’on veut bien lui apprendre. Mais il n’est pas étonnant que dans les années 50, après ces années terribles du nazisme, certains ont pensé préférable de tourner la page en oubliant la réalité.
      Mais ce procès de Francfort fut une avancée, les allemands qui jugent les allemands. Une prise de conscience sur leur passé, mais si tous leurs parents n’étaient pas des nazis.

      Tabarnak, je n’ai pas réussi à voir si le film sortait au pays blanc de la Chambly…

  2. 3 mai 2015 , 8 h 10 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Et oui, l’être humain est capable d’oublier les erreurs du passé, les horreurs du passé, bref, de ne plus penser du tout pour avoir plus facile à vivre.

    Je note ce film ! Merci ;)

    • 3 mai 2015 , 14 h 50 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Heureusement que les nazis n’ont pas vidés les réserves de Rochefort, de Chimay et de Westvleteren. Une horreur de plus dans mon petit monde que je n’aurai pu oublier…

  3. 3 mai 2015 , 9 h 56 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Super ! Trop envie d’aller le voir après ton billet et que vois je ??!!!

    Il n’est pas diffusé chez moi !!!! Il faut que j’aille à Grenoble ! Non mais attend ! je suis déçue tu n’imagines même pas ! Pfffttttt

    J’suis dèèèèèèèèg…

    Bravo tu me mets l’eau à la bouche et pas de film ! la prohjaine fois que tu fais un billet tu vérifies avant qu’il soit bien projeté dans mon cinéma sieuplait !

    Et tu peux me dire pourquoi il est pas diffusé dans toutes les salles ?!

    C’est pas juste ! ^^ :( en plus il pleut …

    Rahhhhhhhhhh

    • 3 mai 2015 , 15 h 14 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Il ne passe pas chez toi ? Mais sur quelle planète vis-tu ? Grenoble ? de l’autre coté du Vercors… ouch, c’est trop d’aventures. Imagine, tu pourrais même manger des kebabs.

      Bon, à défaut tu peux aller voir le Géant Vert et ses copains surper-héros de la bande de Marvel. Ils font la loi sur les écrans des salles de cinéma…

  4. 3 mai 2015 , 14 h 02 min - manU prend la parole ( permalien )

    Un sujet qui croise souvent ma route ces jours-ci… Ce film me tente beaucoup !

    • 3 mai 2015 , 14 h 51 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Qu’est-ce tu fais ici, alors. Au lieu d’aller croasser dans l’intimité d’une salle obscure…

    • 3 mai 2015 , 18 h 33 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Et il passe dans ton bled au fin fond de ta Charente ? ^^

      Toujours les mêmes qui sont privilégiés moi je dis !!!!

  5. 3 mai 2015 , 19 h 46 min - Léa Touch Book prend la parole ( permalien )

    C’est un film que je dois absolument voir :) !

    • 3 mai 2015 , 20 h 02 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      tout à fait, mais dépêche toi. Pas sur qu’il reste longtemps à l’affiche…

  6. 5 mai 2015 , 21 h 22 min - dasola prend la parole ( permalien )

    Bonsoir le Bison, je constate que tu as autant aimé que moi, tant mieux. J’ai apprécié le fait que le film ne tombe jamais dans le pathos. Et les acteurs sont tous excellents. Bonne soirée.

    • 5 mai 2015 , 22 h 04 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      oui, malgré le film façon procès, il est captivant et un bon suspens comme dans un polar même si la question n’est pas qui a tué qui, mais plutôt combien.

Ajouter un commentaire aux manU

PS: XHTML est autorisé. Votre adresse mail ne sera jamais publié.

S’abonner aux commentaires par le flux RSS