The Hermetic Organ [John Zorn]

Par le Bison le 14 juin 2015

Revoilà l’ami John Zorn, celui qui signe son nom d’un Z à la pointe de son saxo. Sauf que ce soir, l’ami John a perdu son sax’. Volé au détour d’une station du métro New-yorkais, violence urbaine. Il erre dans la ville, l’air penaud et tristounet, sans son instrument, quand une voix venue du ciel semble lui ordonner de prendre la première à gauche et de pénétrer dans le grand édifice.

Après tout, il est presque 23h… Qu’a-t-il d’autre à faire en ce 9 décembre 2011 ? Il tourne donc à gauche, pisse contre les briques du bâtiment, avant de regarder l’ampleur de celui-ci. La chapelle Saint Paul. John pousse les portes, personne à l’intérieur, le silence est lourd, pesant, froid même. Il s’avance juste devant l’autel, s’agenouille même, priant le gars qui sourit sur sa croix de lui retrouver son sax’ ou si la tâche est trop ardue – ce qu’il comprend très bien vu le nombre de fourgues qui crèchent dans le coin – de lui susurrer les prochains numéros gagnants de la super loterie.

Le silence reste, la lueur de quelques bougies vacillent, un courant d’air s’infiltre entre les travées des bancs de bois pourris. Frissons. Il se retourne, et découvre cet orgue du XIXe,  si grand, si majestueux. Il s’approche à petits pas, contemple cet enchevêtrement de tubes en cuivres, de touches et de pédales. Il se prosternerait devant tant l’envie le démange furieusement. Et puis…

Il s’assoit, sourire mi-angélique, mi-diabolique, devant ce mastodonte. Les premières notes s’imposent de lui-même. Je pénètre moi-même dans cette chapelle, délaissant le bar du coin pour recueillir en cette nuit étoilée mon âme – à moins que cela ne soit pour reposer mon foie mais comme les voies du Seigneur sont impénétrables, je n’aurais jamais cette certitude. Et là, j’entends ces premières mesures qui me prennent à la gorge, puis aux tripes. Une musique pour éprouver ma foi, pour trouver ma voie ou entendre la voix du gars tout nu qui m’observe du haut de sa croix.

36 minutes et vingt-cinq secondes d’improvisation totale d’un homme seul face à un orgue. Contemplation de son instrument, respect devant sa grandeur. Le temps d’un Office N°4, Introït, Bénédiction, Offertoire, Élévation, Communion, Descente. John Zorn semble habité par le Diable en personne et par Dieu également tel un dangereux schizophrène entièrement nu sous sa camisole blanche, et une érection à faire pâlir d’envie les infirmières en blouse blanche. La musique ne fait plus qu’une avec mon âme, ma foi n’est plus hermétique à entrer dans une chapelle, même à New-York, même après un verre de bourbon jeté dans une pinte de bière. Comment se remettre d’une telle musique ? Comment revenir dans le monde des vivants et des âmes en peine après cet instant de recueillement ? Un verre, une putain, dans le quartier cela doit bien se trouver. A moins que je reste assis, seul là sur mon banc froid en bois, les yeux en larmes, me demandant si l’autre type ne souffre pas trop avec ses clous plantés dans la paume de ses mains, si cela ne le démange pas un peu ou si ça lui arrive de jouir sur sa croix lorsqu’un gars comme J-Z vient lui jouer de son orgue…

« The Hermetic Organ » [2012], la spiritualité de mon organe.

10 commentaires
  1. 15 juin 2015 , 4 h 30 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Tabarnak, toi quand tu te signes d’une main et que de l’autre tu titilles la spiritualité de ton organe, c’est dangereusement bon!

    Après avoir écouté ce 36 minutes endiablé, il n’y a qu’une manière de revenir dans le monde des vivants, s’agenouiller devant l’autel de Chambly et implorer la nuit étoilée de déverser des litres d’EB avant que ne sonne le glas de la FDM. Les voies de l’Unibroue sont impénétrables… :D

    • 15 juin 2015 , 9 h 15 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est que j’ai l’organe très spirituel !

      PS : j’aime quand une femme s’agenouille… mais saches qu’aucune voie n’est impénétrable…

  2. 15 juin 2015 , 18 h 10 min - phil prend la parole ( permalien )

    Satané Bibison, tu nous en sors encore une là ! Vin diou !
    Entre ton écrit et ce qu’on écoute, y’a de quoi nous snailler les orelyes el l cervi !

    • 15 juin 2015 , 22 h 09 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      tu nous en sors encore une là !

      Promis, la prochaine fois, je ne la sors que devant les filles !

  3. 15 juin 2015 , 20 h 49 min - manU prend la parole ( permalien )

    Ah wé, quand même… C’est vraiment très, très, très spécial… :D

    • 15 juin 2015 , 22 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tu n’aurais pas mis un très en trop, ou deux…

  4. 15 juin 2015 , 22 h 02 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Euhhhh pendant quelques secondes je me suis demandée si mon ordi beuguait… mais non…

    Tu veux qu’on en parles Le Bison ?
    Tu veux t’allonger sur le divan ?

    Parce que tu sais je peux tout entendre … enfin presque tout ! ^^

    ;-)

    Je crois que je préfère le larsen de Reed :D

    • 15 juin 2015 , 22 h 14 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pour une fois que l’ordi ne beuglait pas…

      Je veux bien m’allonger, que si tu en fais de même, mais je crois que je n’aurais pas grand chose à dire…

      Allez, au fond de toi, au plus profond de ton pourpre et de ton âme, tu l’aimes ce Lou Reed et son larsen. Déshabille-toi et allonge-toi sur le divan pour qu’on en parle.

  5. 16 juin 2015 , 7 h 16 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Mon cher Bibison, sais tu qu’en psychanalyse se sont les silences qui en disent le plus long et qui ont toutes leurs importances.

    Silence ………………………………………………………….

    :D

    Pour toi je veux bien déshabiller mon âme ;-)

    Mais dis moi :
    « Organe Hermétique » Tout un Lapsus… très parlant en psychanalyse ! :D

    • 16 juin 2015 , 8 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pour toi je veux bien déshabiller mon âme

      Si le corps est aussi beau que l’âme, tu peux faire les deux en même temps, non ? :)

      Lapsus, un mot très parlant dans ma psychanalyse libidineuse.

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