Hamaguri [Aki Shimazaki]

Par le Bison le 8 avril 2015

Catégorie : 4 étoiles, Asie

Le poids des secrets 2/5

« Dans le bois, Yukiko me parle du discours du commandant de son usine. Elle dit :

- Pourquoi doit-on perdre la vie si facilement ? Il nous dit : « Il faut se battre jusqu’à la mort. Ne pas revenir vivant. C’est honteux d’être fait prisonnier. Cela déshonore non seulement le soldat mais aussi sa famille et toute la parenté. » On considère la famille d’un soldat comme otage. Pauvres soldats ! Le pire, c’est qu’ils croient en une telle idéologie stupide créée par le gouvernement pour gagner la guerre.

Je réponds :

- Oui, vraiment. On est paralysé par le lavage de cerveau de la nation, comme dit ton père. »

Je retrouve ainsi Yukio et Yukiko dans ce second volet d’Aki Shimazaki. Deux enfants de Tokyo qui se promettent fidélité et amour à l’âge de six ans et qui scellent leur histoire au sein d’une coquille vide de palourde (hamaguri).

J’en découvre un peu plus sur ce jeune garçon tokyoïte et sa mère célibataire qui est venu s’exiler à Nagasaki. Sous un nouveau regard, je croise les chemins de ces deux enfants, grandissant, séparés avant de se retrouver sans savoir qui ils sont l’un pour l’autre, et de se retrouver à nouveau séparer sans comprendre les profondes raisons.

Peut-être est-ce la bombe qui a éloigné Yukiko de cet amour naissant ? Ou une autre raison – que l’on discerne si l’on se souvient du premier tome de la pentalogie. D’ailleurs, cette bombe atomique est nettement moins présente ici comme si son souffle n’était qu’une anecdote dans la vie de Yukio, plus obnubilé par la passion d’un amour de jeunesse. Et là est tout l’intérêt d’entreprendre l’écriture d’une même histoire en 5 romans, celui de raconter sensiblement la même histoire avec d’autres perceptions, d’autres sentiments, de découvrir d’autres personnages, de sentir le pouls d’un pays avec un regard différent. « Autres » pour ne pas dire « nouveaux ». Parce qu’en matière de secrets, la vérité se dévoile petit à petit, et c’est cet infime point de vérité qui insuffle une nouvelle histoire au roman.

Maintenant que ce second roman, tout aussi intense et court que le premier, s’achève sous mes yeux, je n’ose les rouvrir pour lire le quatrième de couverture du troisième volet de l’histoire. Non, je ne veux pas savoir de suite sur quels personnages sera centrée la suite – le renouvellement – de l’histoire. Je veux être surpris et découvrir l’histoire sous un nouveau jour, comme après le souffle d’une explosion. En silence.

« Nous entrons dans le bureau du médecin. Au moment où nous l’apercevons debout devant une fenêtre, un éclair éblouissant brille derrière lui. Une détonation suit. C’est la bombe ! On entend les cris des infirmières. Nous nous couchons immédiatement. Monsieur M. me hurle : « Ne bouge pas, Yukio ! » Les fenêtres sont déjà arrachées par le souffle d l’explosion. Le médecin a disparu. Les fragments de verre volent. Les livres tombent sur nous. Les chaises roulent violemment. Je regarde la scène en retenant mon souffle. Je crois que je vais mourir. L’extérieur devient sombre. Puis, un silence sinistre… »

« Hamaguri », un coquillage à Nagasaki.

Participation 5. Adalana et son challenge

Écrivains japonais d’hier et d’aujourd’hui.

12 commentaires
  1. 9 avril 2015 , 0 h 38 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Je te lis et je me sens attendrie par cette histoire qui pourtant se joue dans l’horreur. Peut-être parce que le choix de tes mots est empreint de douceur et suggère à quel point il t’a ému…

    Peut-être sinon parce que l’auteure véhicule ses émotions à travers le regard d’un enfant? Et que l’on sent toute la fragilité de ses questionnements.

    Ou peut-être aussi parce que là où la guerre divise, il y a une promesse d’amour d’enfance scellée dans un coquillage. Comme un précieux secret…

    C’est ainsi que j’aime être touchée. Par ce genre de billet plein d’émotions ;-)

    • 9 avril 2015 , 8 h 21 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      est empreint de douceur

      le livre est une douceur même

      toute la fragilité de ses questionnements

      le livre est une fragilité même

      C’est ainsi que j’aime être touchée. Par ce genre de billet plein d’émotions

      Mince, et moi qui pensais que tu t’intéressais davantage à mon majeur ;)

  2. 9 avril 2015 , 8 h 40 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    Il faut vraiment que je me mette à les lire.
    J’ai lu il y a peu deux nouvelles japonaises décevantes.

    • 9 avril 2015 , 8 h 53 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      deux nouvelles japonaises décevantes.

      Comment est-ce possible… :)

  3. 9 avril 2015 , 10 h 45 min - manU prend la parole ( permalien )

    Quand un vieux Bison fait rimer Japon et émotion…

    • 9 avril 2015 , 11 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      c’est plus poétique que Japon et bombe à neutrons…

  4. 9 avril 2015 , 21 h 42 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    « Court et intense » ça fait déjà rêver ! Je l’ajouterais bien; mais tu connais mon Tas à lire… :D

    • 9 avril 2015 , 22 h 21 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Et puis du « Court et intense », tu peux le trouver ailleurs ;-)

  5. 9 avril 2015 , 22 h 24 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Moi ce qui me plait effectivement dans les collections de l’auteure et dans cette pentalogie c’est d’avoir une même histoire sous le regards de 5 personnages différents. Je suis certaine que j’irai de surprise en surprise avec Yukiko et les autres. De plus, nous apprenons beaucoup sur l’histoire du Japon et la culture japonaise.

    Dis moi….. jolie palourde ! :D

    • 9 avril 2015 , 22 h 33 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je sais… Elle a échoué sur les bords de la Seine.

  6. 18 avril 2015 , 18 h 07 min - Léa Touch Book prend la parole ( permalien )

    Je prends note de ce pas :) !

    • 18 avril 2015 , 18 h 32 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      mais n’oublie pas de commencer par le tome 1 ! Ce n’est pas peut-être pas fondamental de les lire dans l’ordre, mais cela apporte un plus.

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