J’irai cracher sur vos tombes [Boris Vian]

Par le Bison le 29 mars 2015

Catégorie : 5 étoiles, Europe

Trouver les mots justes pour satisfaire ta curiosité, celle d’OSER ouvrir les pages de ce roman de 1946 :

un bourbon ?

un blues?

une sodomie ?

Je connais des adeptes aux trois propositions mais je ne suis pas là pour dénoncer les bonnes mœurs de notre époque. Je rajouterai un bon bouquin depuis plus d’un demi-siècle.

Bukton ressemble à un petit coin de paradis où on baise et on s’ivrogne sur cette musique de l’âme, sur cette cadence de blues. Une bourgade paisible pour une vie qui sent bon le printemps et l’insouciance. Une petite cité de l’Amérique dans un temps où avoir du sang noir qui coule dans les veines n’est pas très bien vu.

« - Qu’est-ce qu’on vous sert ? demanda-t-il.

- Deux bourbons, commanda Hansen en m’interrogeant du regard.

J’acquiesçai.

Le garçon nous les donna dans deux grands verres, avec de la glace et des pailles.

- Je le prends toujours comme ça, expliqua Hansen. Ne vous croyez pas forcé…

- Ça va, dis-je.

Si vous n’avez jamais bu de bourbon glacé avec une paille, vous ne pouvez pas savoir l’effet que cela produit. C’est comme un jet de feu qui vous arrive sur le palais. Du feu doux, c’est terrible.

- Fameux ! approuvai-je.

Mes yeux tombèrent sur ma figure dans la glace. J’avais l’air complètement sonné. »

Sur cette terre d’un autre temps, celui où un roman dérangeant pouvait être censuré, de jeunes nymphettes se promènent avec de jeunes garçons et moins jeunes. Ils se retrouvent avec une guitare et quelques bières, chantent, écoutent de la musique, lisent et boivent avant de s’allonger entre les fourrés épineux, se laisser tripoter, se laisser retourner, se laisser sodomiser. Elles sont belles, riches et bourgeoises. Elles aguichent le mâle qui est en moi avec leurs fesses si fermes et leurs seins si dessinés. De quoi sonner le gars endormi en moi. De quoi sonner le glas de cette fille qui est trop belle, trop riche… et trop blanche.

« Elle était lisse et mince comme une herbe, et odorante comme un magasin de parfumerie. Je m’assis et me penchai au-dessus de ses jambes, et je lui embrassai l’intérieur des cuisses, à l’endroit où la peau des femmes est aussi douce que les plumes d’un oiseau. Elle resserra ses jambes et puis les écarta presque aussitôt, et je recommençai un peu plus haut. Son duvet brillant et bouclé me caressait la joue, et, doucement, je me mis à la lécher à coups légers. Son sexe était brûlant et humide, ferme sous la langue, et j’avais envie de la mordre… »

Jamais un roman ne m’a paru aussi violent dans son dénouement final ; ça m’a secoué comme jamais. D’une puissance inouïe, impensable, indescriptible. Sauf qu’il a bien été couché sur papier. Un acte délibéré et immortalisé. J’irai cracher sur ta tombe, mec ! La vengeance mérite un tel flot de haine et de bestialité. Juste le prix à payer pour cette petite bourgeoise blanche et belle, à la chatte aussi noire et brillante que de l’astrakan qui va payer de mes crachats pour cette société puritaine et raciste.

« Elle a ouvert les yeux de nouveau. Le jour venait, et je les voyais briller de larmes et de rage ; je crois que je reniflais comme une espèce de bête et elle s’est mise à gueuler. Je l’ai mordue en plein entre les cuisses. J’avais la bouche remplie de ses poils noirs et durs ; j’ai lâché un peu et puis j’ai repris plus bas où c’était plus tendre. Je nageais dans son parfum, elle en avait jusque là, et j’ai serré les dents. Je tâchais de lui mettre une main sur la bouche, mais elle gueulait comme un porc, des cris à vous donner la chair de poule. Alors, j’ai serré les dents de toutes mes forces, et je suis rentré dedans. J’ai senti le sang me pisser dans la bouche, et ses reins s’agitaient malgré les cordes. J’avais la figure pleine de sang et j’ai reculé un peu sur les genoux. Jamais je n’ai entendu une femme crier comme ça ; tout d’un coup, je me suis rendu compte que tout partait dans mon slip ; ça m’a secoué comme jamais… »

En bon cinéphile, la grenouille charentaise scénarise l’écriture : « L’histoire commence tranquillement comme un vieux film des années 50 et ça se termine, en apothéose, comme un film de Tarantino.»

« J’irai cracher sur vos tombes », une belle épitaphe et un bourbon à la paille.

Challenge Lire sous la Contrainte – Session 20, d’un livre à l’autre.

22 commentaires
  1. 29 mars 2015 , 21 h 18 min - manU prend la parole ( permalien )

    Le Bourbon, je n’en ai jamais bu et le Blues, je n’y connais pas grand chose, par contre…

    Un sacré bouquin que j’ai eu grand plaisir à découvrir ! ;)

  2. 29 mars 2015 , 22 h 43 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Euhhhhhhhhh, une grande envie découvrir ce livre depuis longtemps mais suis je prête à lire la fin ? Ca c’est moins sur ! et puis tu me fais peur !

    Moi c’est deux sur trois ! Pas trop mal non plus …. non … ? ;-)

    Sacré billet mon gars ! Puis je dire que j’en ai serré mes cuisses ? ^^

    • 30 mars 2015 , 9 h 53 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      et puis tu me fais peur !

      C’est toujours l’effet que je provoque… Peut-être ma fourrure…

      Moi c’est deux sur trois !

      Attends, laisse-moi deviner…

      Puis je dire que j’en ai serré mes cuisses ?

      non, je n’ai pas le droit de te dire que je t’ouvrirai bien ces cuisses… ;)

  3. 30 mars 2015 , 0 h 23 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Si jamais un roman ne t’a paru à toi aussi violent dans son dénouement, je me demande à quel point je serais capable de le lire jusqu’au bout! Déjà ça pisse le sang et j’entends cette femme crier jusqu’ici, j’en ai mal au ventre rien qu’à imaginer cette douleur-là. Et je suppose que l’auteur nous affiche d’autres scènes aussi horribles.

    Mais « la vengeance mérite un tel flot de haine et de bestialité ». Et je peux comprendre qu’il ait voulu cette violence à l’image de celle que les noirs ont supportée… Pour ça j’ai envie de le découvrir, et tant pis si à la fin je me ferme un œil… ;-)

    • 30 mars 2015 , 9 h 54 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      un roman totalement bestial à lire les yeux fermés :)

  4. 30 mars 2015 , 9 h 45 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    Je n’avais pas du tout aimé « L’écume des jours », peut-être aimerai-je celui-ci s’il est différent.

    • 30 mars 2015 , 9 h 55 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      je crois que le registre est totalement différent ; mais ce n’est que mon seul Boris Vian – Vernon Sullivan…

  5. 30 mars 2015 , 16 h 12 min - Moglug prend la parole ( permalien )

    Je ne l’ai jamais lu, j’en ai entendu parler, et tu m’intrigues avec ton article…
    Je le garde dans un coin de ma tête celui-là ;)

  6. 30 mars 2015 , 20 h 41 min - Alfred LePingouin prend la parole ( permalien )

    Un roman comme ça, ça se déguste une deuxième fois, mais en étant mieux préparé au gout puissant et violent. Et là, c’est comme un bourbon, on peut enfin en savourer pleinement le gout, sur la langue et dans le ventre. Puis dans le tête, quand le feu d’artifice éclate.

    Oui, un roman qui sent le blus et qui chante le sexe, c’est plus qu’un orgasme littéraire.

    Merci pour ces billets, je reste fan du ranch sans nom, où le temps d’une lecture l’ouest sauvage semble ouvrir les portes.

    De sa glace, le pingouin salue le Bison !

    • 30 mars 2015 , 22 h 18 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un bourbon sans glace ! ;-)
      et je crois qu’effectivement, je le relirai dans quelques années. Parce qu’il respire le blues, il transpire le sexe et il a ce parfum brut de bourbon.

  7. 30 mars 2015 , 21 h 11 min - Philippe D prend la parole ( permalien )

    Eh bien, moi non plus je n’ai jamais lu Boris Vian et je ne sais pas si je le lirai un jour.
    Merci pour ta participation à mon challenge et bonne semaine.

    • 30 mars 2015 , 22 h 19 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Celui-là en devient un indispensable, mais ce n’est qu’une affaire de goût…

  8. 2 avril 2015 , 16 h 35 min - Léa Touch Book prend la parole ( permalien )

    C’est un Boris Vian que je n’ai pas lu et que je dois lire :)

  9. 2 avril 2015 , 19 h 42 min - phil prend la parole ( permalien )

    Surement le livre de Sullivan le plus osé, le plus cru, le plus violent. C’est du noir et du blanc.
    On adore ou pas !
    J aime !!!

    • 2 avril 2015 , 20 h 22 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      On adore ou pas !
      J aime !!!

      J’aime !!! ???
      Bon je reprends, on adore ou pas !
      J’adore !!!

  10. 4 avril 2015 , 15 h 13 min - canel prend la parole ( permalien )

    Lu au lycée, suite à ‘L’écume des jours’ et qqs autres de Vian/Sullivan. Il est dans ma PAR à CT (= livres à relire à court terme).
    Donc je ne lis pas ton billet, je reviendra après relecture du bouquin. :-)

    • 4 avril 2015 , 15 h 33 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      A l’occasion, je lirai bien d’autres Sullivan… Moins partant pour l’écume des jours.

  11. 11 avril 2015 , 18 h 21 min - éléa prend la parole ( permalien )

    Jamais lu Boris Vian .. mais là pour le coup je suis intriguée ;-)

    • 11 avril 2015 , 20 h 23 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Et celui-là a de quoi intriguer. Bon, ce n’est que le seul Boris Vian que je connaisse aussi…

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