Revolver [Fuminori Nakamura]

Par le Bison le 10 février 2015

Catégorie : 4 étoiles, Asie

Il se promène dans les rues sombres de Tokyo, un parc désert, un chantier vide. Une canette de café chaud à la main, quelques lampadaires qui éclairent timidement le trottoir lui donnant un air blafard. La pluie se déverse sur la chaussée, les voitures roulant à toute berzingue éclaboussant sans vergogne les contre-allées que les ivrognes ont désertés. Personne dans la rue. Sauf lui ce soir. Lui et cet homme qui git par terre. La tête en sang, le révolver à ses pieds. Regard à droite, regard à gauche, la pluie continue de tomber froidement sur la rue, blues du trottoir. Il courre, la main dans la poche, l’arme dans la main.

« Mon arme était belle et je n’avais pas besoin de la nettoyer mais j’en avais envie. Ce geste me semblait propice à établir une communication plus étroite avec elle. »

Un LAWMAN MK III 357 MAGNUM CTG. Comme l’inspecteur Harry. Comme dans les séries télévisées américaines. 3 balles dorées dans le barillet. Il rentre chez lui, le pose délicatement, la caresse, la sent, l’astique. Moment intense érotique d’un jeune homme avec son arme. Moment d’extase, moment de jouissance. Moment d’amour tout simplement ; l’arme va occuper l’esprit de l’adolescent, du matin au soir. Obnubilé par sa présence. L’amour, quoi. Plus rien ne l’intéresse, plus rien ne le passionne, hormis cette arme, ce magnum si beau esthétiquement, une froideur quand il le tient dans la main, mais pourtant il perçoit de la douceur. Comme une envie de lui faire l’amour, un amour exclusif même, tant les filles à-côté paraissent fades pour illuminer sa vie.

Et plus les jours avancent, les nuits basculent, et plus l’obsession de Nishikawa devient intense. L’envie de la tenir en main, de la promener dans la rue, à l’université, dans la chambre de sa petite amie. Cette envie qui se transforme en un besoin vital de l’essayer, trouver une cible, un lieu, un chat, une femme… Et cette canette de café chaud à la main.

« Mon intérêt résidait uniquement dans l’excitation liée à l’acte de détruire la vie, et dans le caractère inhabituel qu’il revêtait. Davantage que le résultat c’était le processus, davantage que les images sanguinolentes c’était la tension qu’elles faisaient surgir en moi, qui m’intéressait. »

Quel drôle de roman qui met en scène la vie amoureuse d’un jeune adolescent avec une arme trouvée par hasard. Parce qu’il s’agit bien d’un amour qui nait entre les deux. D’abord une curiosité, puis l’envie de se connaître, de partager des moments, de plus en plus intimes, jusqu’à cette envie irrépressible de passer à l’acte. Sans retour. Comme une force incontrôlable, une alchimie qui s’est créée, mélanges de phéromones qui attirent l’un envers l’autre. Et si la couverture (dessin de Hiroyuki Izutsu) ressemble à un « manga », le roman délaisse l’action pour se centrer sur la psychologie de l’être, sonder son âme humaine, en décrivant minutieusement ce besoin implacable d’un homme face à une obsession, son arme. D’ailleurs à travers ces extraits, tu auras facilement noté les références phalliques de l’arme pour ce jeune garçon drogué aux canettes de café chaud.

« J’ai pensé que je n’étais plus le même qu’avant. J’avais découvert et savouré une extase qu’on pouvait qualifier de suprême. J’éprouvais de la gratitude pour l’arme qui me l’avait donnée, je ferais n’importe quoi pour la renouveler. Je me suis dit que cette sensation, c’était certainement ça, l’amour. Quand je serais de retour à la maison, j’astiquerais soigneusement l’arme, je voulais vite le faire. La joie qui enflait spontanément me rassasiait, je me sentais prêt à m’ouvrir au monde entier. J’ai pensé que j’étais heureux et que cela durerait jusqu’à ma mort. »

« Revolver » où l’art d’astiquer son magnum.

Participation 3. Adalana et son challenge

Écrivains japonais d’hier et d’aujourd’hui.

Une opération Masse Critique du site Babelio

en collaboration avec les éditions Picquier.

22 commentaires
  1. 11 février 2015 , 2 h 14 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    C’est tellement bon de se plonger dans ce genre de lecture… Tu dis que le roman délaisse l’action pour se centrer sur l’âme de ce jeune et c’est là qu’il prend toute son importance à mes yeux. Pour être amoureux fou d’un revolver jusqu’à l’astiquer, doit bien y avoir eu une faille quelque part, une zone d’ombre, un traumatisme j’sais pas. En plus, d’après tes mots j’ai l’impression que l’auteur nous décortique tout ça finement jusqu’à sa source. Tu m’as vraiment donné envie de le découvrir Bison. Maintenant, il me faudra juste « m’armer » (jeu de mot à la con, désolée!) de patience le temps que le livre arrive au Québec en avril…

    • 11 février 2015 , 9 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est tellement bon de se plonger dans ce genre de lecture…

      A peine le temps de se plonger dans deux blanches de Chambly mais le plaisir y est autant proportionnel…

      Pour être amoureux fou d’un revolver jusqu’à l’astiquer, doit bien y avoir eu une faille quelque part

      Voir un homme astiquer son arme ne semble pas t’émouvoir. Pourtant…

      Maintenant, il me faudra juste « m’armer » de patience le temps que le livre arrive au Québec en avril…

      Et n’abuse pas du café chaud, cela va faire fondre ton igloo.

    • 11 février 2015 , 10 h 03 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      « Voir un homme astiquer son arme ne semble pas t’émouvoir. Pourtant… »

      Astiquer son arme ou s’astiquer l’arme, la nuance est de taille…

  2. 11 février 2015 , 7 h 17 min - Ribambelle prend la parole ( permalien )

    Sujet pour le moins original qui m’intrigue. Et je n’imaginais pas un auteur japonais écrire sur un tel sujet.

    • 11 février 2015 , 9 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ecrit avec toute la sensibilité de la littérature japonaise.

  3. 11 février 2015 , 7 h 35 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Soyons clair !
    Il est vrai que ce n’est pas le genre de livre vers lequel je me serai tournée, MAIS, j’avoue qu’après lecture de ton billet, ta subtilité et la façon phallique que tu as pour parler du calibre, me tente … beaucoup …

    Je me demande jusqu’où peut aller son rapport avec cette arme et je suis très curieuse de le découvrir…

    « Re Volver »

    Ecrit de cette façon je prenais, le livre de suite ;-) façon Almodovarienne !

    :D

    • 11 février 2015 , 7 h 38 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      PS : Comme quoi un petit espace peut tout changer …

    • 11 février 2015 , 9 h 14 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      la façon phallique que tu as pour parler du calibre, me tente … beaucoup …

      Heu… C’est quoi qui te tente exactement . J’ai un doute, là… Mon esprit subtil imagine beaucoup de choses…

  4. 11 février 2015 , 11 h 19 min - manU prend la parole ( permalien )

    Il me parle ce livre, moi qui suis un grand spécialiste dans « l’art d’astiquer son magnum », en solitaire comme en galante compagnie d’ailleurs…
    Bon, ne devierai-je pas un peu du sujet par hasard ?… ;)

    • 11 février 2015 , 13 h 57 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      non, non, tu es exactement dans le sujet. Enfin, c’est la perception que j’en ai du roman… Un œil, moins lubrique, y lira peut-être une autre version de l’histoire…

  5. 11 février 2015 , 12 h 01 min - phil prend la parole ( permalien )

    Voila une bonne surprise !
    Je ne connaissais pas !
    Et bien j’ai hate de le dégoter celui-là!
    Aimer jusqu’où dans la transgression …
    Ce sera étonnant de voir le rapprochement si il y a avec les anciens samurai et leur katana, pour qui il représentait leur âme. Et dieu sais qu il fallait la lustrer !
    Et polir et prendre sa lame, ajouter quelques gouttes d huile de girofle sur un leger papier de riz et glisser le long de la hampe jusqu’à l’extrémité, je l’ai experimenté et j’avoue c’est tres jouissif !!
    on en redemande!
    En tt cas une chose est sur, il faut faire gaffe au café !

    • 11 février 2015 , 10 h 12 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      Bah mon commentaire est apparu au mauvais endroit. Il faut le lire après le Kissaki, Fukura, Boshi, Shinogi. Alors Phil, tu entres dans les détails? :D

    • 11 février 2015 , 15 h 06 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      Tu n’ennuies personne, on t’écoute :D

    • 11 février 2015 , 13 h 57 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      ajouter quelques gouttes d huile de girofle sur un léger papier de riz et glisser le long de la hampe jusqu’à l’extrémité, je l’ai expérimenté et j’avoue c’est très jouissif !!

      Tu appelles ça une hampe ? Avec l’âge, tu as acquis une âme poète…

    • 11 février 2015 , 14 h 19 min - phil prend la parole ( permalien )

      c est a force de lire Mr Charles B !
      Et pi je rentre dans les détails de Kissaki, Fukura, Boshi, Shinogi, Ha, Mune etc … je risque d’ennuyer fort le lecteur !!!!

    • 11 février 2015 , 22 h 38 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      je risque d’ennuyer fort le lecteur !!!!

      T’en fais pas… Y’a pas de lecteurs ici. Juste des ivrognes et des obsédées qui ne savent pas quoi faire d’autre que de traîner leur cul ici…

    • 12 février 2015 , 10 h 23 min - phil prend la parole ( permalien )

      Excuses moi cher Bibison mais là je dois te dire que tu te méprends sur ton lectorat !
      Et oui, je pense qu’ils sont de n’être que ….
      Et tu le sais !
      Tu as une fine sélection
      N’est-ce pas tous ???

    • 12 février 2015 , 10 h 25 min - phil prend la parole ( permalien )

      pour Nadine ….
      Il faudrait un blog à part pour rentrer dans la spécificité d’une lame de katana à défaut qu’elle ne rentre dans un ventre !
      Pi c’est pas le lieu, ca éclabousserait les belles pages de notre Bibison !

    • 12 février 2015 , 15 h 51 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      T’as bien vu, il nous a traité d’ivrognes et de dépravés! Mais je lui pardonne, tant que son bar à binouzes et autres alcools est ouvert jour et nuit, j’encaisse le coup…

    • 12 février 2015 , 17 h 00 min - phil prend la parole ( permalien )

      de koi? tu as des caisses pour des coups ?

  6. 14 février 2015 , 7 h 57 min - Guillome prend la parole ( permalien )

    j’ai lu « picpocket » il y a peu, je suis curieux de découvrir celui-là !

    • 14 février 2015 , 18 h 07 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      et moi, je serais curieux de découvrir ce picpocket…

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