Mémoire de mes Putains Tristes [Gabriel García Márquez]

Par le Bison le 7 mars 2015

« Je me souviens que je lisais La Belle Andalouse dans le hamac de la galerie, quand je l’ai vue par hasard penchée au-dessus du lavoir avec une jupe si courte qu’elle découvrait la succulence de ses courbes. Pris d’une fièvre irrésistible, je la lui ai relevée, j’ai baissée sa culotte jusqu’aux genoux et l’ai prise par derrière. Aïe, monsieur, a-t-elle dit dans une plainte lugubre, c’est pas une entrée, ça, mais une sortie. »

La chaleur colombienne et la Belle Andalouse me donneraient à moi aussi de sacrées envies… Il en faut peu pour émoustiller le vieux que je suis. Où est l’entrée, où est la sortie, à mon âge, je ne suis plus un adepte des sens uniques. Aïe, monsieur, ce n’est pas une plainte mais un appel, un désir…

Je suis un vieillard d’à peine quatre-vingt-dix ans, écris quelques chroniques qui se veulent littéraires depuis des lustres même si elles ne passionnent guère de monde. Pour célébrer mon anniversaire, j’ai eu envie de me faire un doux plaisir. Une chose inhabituelle par les temps qui courent : une adolescente vierge. Difficile à trouver, même pour la maquerelle expérimentée qui me racole depuis des années. Mais la perle rare ne se négocie pas et elle finit par me trouver une jeune fille de quatorze printemps ; toute frêle, toute fraîche, travaillant dans un atelier de couture. C’est ma veine ! Faite que mon cœur ne lâche pas, le médecin dit que tant qu’il bat c’est que je ne suis pas encore mort ! Tant qu’il bat c’est que de l’amour vit encore en moi…

La belle vie, merde ! A cet âge-là, être encore capable de tirer son coup. Mieux, se voir proposer une jeune fille encore pure. Il fallait oser. Gabriel García Márquez l’a fait. Mais là où tu pourrais t’attendre à du glauque et de la perversion, sa plume possède cette aura qui transforme cet acte à la limite des mœurs de bonne conduite en moment de grâce dans la vie du vieux. Il ne fait pas l’éloge de la prostitution mais une ode à la vie, à l’amour. Parvenir à trouver le grand Amour sans sexe. Non pas qu’à cet-âge-là on ne peut plus (et je suis là pour le confirmer !) mais cette jeune fille, droguée au somnifère, est si belle et si pure endormie et nue sur le lit qu’elle ne mérite pas de se voir réveillée par la vieille chose que je vois dans le miroir. Ah, l’amour, à tout âge…

« […] j’ai couvert son corps de baiser jusqu’à ne plus avoir de souffle : chaque vertèbre, une à une, jusqu’aux fesses langoureuses, la hanche avec le grain de beauté, le côté de son cœur inépuisable. Plus je l’embrassais plus son corps devenait chaud et exhalait une fragrance sauvage. Chaque millimètre de sa peau me répondait par de nouvelles vibrations et m’offrait une chaleur singulière, une saveur distincte, un soupir inconnu, tandis que de tout son être montait un arpège et que ses tétons s’ouvraient comme des fleurs sans même que je les touche. »

« Mémoire de mes Putains Tristes », un petit roman digne d’un prix Nobel qui d’une plume emplie de sensualité et de poésie donne une vision si belle du proxénétisme, de la prostitution et de la pédophilie. Il faut oser, oser baiser à tout âge, oser rêver à tout âge, et surtout oser aimer à tout âge. La vie n’est qu’amour aux temps du choléra ou d’autres maladies vénériennes. Surtout lorsque le sarcasme de la vie se mêle à la pudeur de l’amour. La vie d’un vieillard n’est pas cent ans de solitude et si la mort est annoncée, rien ne vaut les derniers instants de désir et de plaisir.

« Mémoire de mes Putains Tristes », le sexe à tout âge.

8 commentaires
  1. 7 mars 2015 , 21 h 31 min - manU prend la parole ( permalien )

    Un auteur que je n’ai encore jamais lu.
    Mais il se dégage de ton billet une certaine poésie qui fait que je pourrai me laisser tenter…
    Après vérification, il semblerait que j’en ai un dans ma gigantesque PAL ! De l’amour et autres démons, tu connais ?

    • 7 mars 2015 , 22 h 47 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Connais pas. Ces putains furent ma première expérience avec l’auteur colombien.
      Et de lui, je ne me souviens que du film Chroniques d’une mort annoncée que je dois être un des seuls à avoir aimé (je me souviens même de l’avoir vu dans un cours d’espagnol – holà que tal) avec Anthony Delon et Ornella Muti.

      Mais de la plume de l’auteur, il se dégage effectivement une certaine poésie humaine.

  2. 7 mars 2015 , 21 h 59 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    « Mémoires de mes putains tristes » voilà un titre digne d’un_Bison.

    Oui il fallait oser parler de cet Amour, La pureté & la Sagesse, mais Garcia-Marquez le fait avec beaucoup de finesse et de pudeur. Et toi cerise sur le gâteau, avec toute ton aisance, tu habilles ce livre d’un billet somptueux.

    Aimer et être aimer, avoir cette vibration, cette émotion au fond de soi tant que notre cœur bat, tant qu’il y a de l’espoir, tant qu’il y a de l’amour, tant qu’il y a de la vie … Oh ouiiiiiiiiiiiiii !!!

    • 7 mars 2015 , 22 h 48 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Rien que pour le titre, il fallait que je le lise. Même si le livre est plus pur qu’il n’en parait, moi qui me complais autant dans le glauque que dans la poésie du sexe.

      Oh ouiiiiiiiiiiiiii !!!
      Heu – j’y suis pour rien, là !

  3. 9 mars 2015 , 7 h 39 min - Léa Touch Book prend la parole ( permalien )

    Je suis très curieuse à propos de ce livre, je connais l’auteur mais pas ce titre là alors merci :)

    • 10 mars 2015 , 16 h 09 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      une curiosité effectivement. Qui a son charme.

  4. 10 mars 2015 , 1 h 47 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Qu’est-ce que je l’aime ce García Márquez, « L’amour au temps du choléra » figure parmi mes grands moments de lecture. Une autre histoire d’amour à tout âge. Ces putains tristes on me l’a offert il y a 5 ans avec Chronique d’une mort annoncée. Pas encore lu…

    L’amour et le sexe à s’offrir en cadeau d’anniversaire pourquoi pas? L’âge n’est qu’un léger détail, tant que le cœur tient le coup… :D

    Il fallait oser, il l’a fait! « sa plume possède cette aura qui transforme cet acte à la limite des mœurs de bonne conduite en moment de grâce dans la vie du vieux. Il ne fait pas l’éloge de la prostitution, mais une ode à la vie ». Quel magicien des mots cet auteur…

    Un beau billet bisonesque signé à l’encre de Rochefort…

    • 10 mars 2015 , 16 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      L’amour et le sexe à s’offrir en cadeau d’anniversaire pourquoi pas?

      C’est tous les jours mon anniversaire, si cela intéresse quelqu’un ?!

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