Vents Contraires [Almudena Grandes]

Par le Bison le 12 février 2015

Catégorie : 4 étoiles, Europe

Aujourd’hui, je t’emmène dans le Sud, là où le vent danse dans tous les sens, et là où les andalouses dansent le flamenco. Rota, cité balnéaire de la province de Cadix. Sara Gomez Moralez, jeune quinquagénaire célibataire et fortunée, s’y installe. Elle est derrière sa fenêtre, et observe ces vents qu’elle ne comprend pas encore, des vents contraires à rendre fou les mouettes – et les cœurs des hommes ? Et dire qu’il faudra organiser sa nouvelle vie en fonction de ces vents. Mais avant, bien les comprendre, bien faire la distinction entre le ponant qui virevolte de l’Ouest, cinglant et le levant qui souffle de l’Est, doux et chaud. Quand le froid souffle sur le chaud, les cœurs changent d’humeur et transforment l’âme dans la baie de Cadix.

« Après trente ans de passion et de culpabilité, Sara Gómez avait appris à boire pour le plaisir, pour cultiver le léger état d’illumination intérieure sur laquelle repose le prestige des buveurs sages, en renonçant enfin à la vile et humiliante nécessité de boire pour s’étourdir, pour ne plus penser, ne plus savoir, pour mériter le gros lot d’un long et lourd sommeil. Quand elle s’en avisa, elle éprouva un sentiment poignant de compassion envers elle-même, mais conclut que le pire aurait été de ne jamais l’éprouver. Depuis, elle s’était remis à boire seule, un seul verre après le repas, jamais tout à fait plein, pas tous les soirs, et la cérémonie qui consistait à le tiédir dans sa main en silence, à le déguster tout doucement en contemplant le ciel ou en lisant un livre, était devenue le meilleur moment de la plupart de ses journées. »

Elle observe les vents et voit arriver dans la maison voisine, Juan Olmedo, célibataire aussi et chirurgien réputé, accompagné de son frère handicapé mental et de sa nièce Tamara. De quoi troubler sa tranquillité. De quoi surtout intriguer cette femme, un peu trop seule, sur la plage lorsque le soleil se couche et que la saison estivale s’achève.

Entre les deux maisons voisines, un va-et-vient incessant, avec Maribel, femme de ménage, cuisinière, bonne à tout faire, travaillant pour l’une et l’autre, avec son fils Andrès qui deviendra rapidement le bon camarade pour la jeune Tamara. Un rôle important pour relier ces deux univers, solitaires et mystérieux. D’autant plus que de statut de femme de ménage, elle deviendra amante de Juan et confidente de Sara.

Le vent nous portera by Sophie Hunger on Grooveshark

Sur 889 pages – je sais cela peut paraître long, effrayant, éreintant, mais finalement c’est juste émouvant et passionnant, je suis, par de nombreux flashbacks, les amours, les secrets, les mensonges et les non-dits de ces trois personnages. Car chaque être possède en lui ses propres blessures, ses échecs, ses haines et ses peurs. De quoi mettre en émoi devant ces passés obscurs et devant les plaisirs charnelles d’un homme et de sa femme de ménage.

« Juan Olmedo regarda les yeux de cette femme, qui étaient parfois bruns, parfois verts, mais toujours de la couleur des tempêtes, et dans le regard qu’ils lui renvoyèrent, il lut qu’il n’y avait qu’une chose à faire, aller de l’avant, toujours de l’avant, suivre la seule voie possible, un rail, jusqu’à l’endroit où commencent à fleurir les coquelicots, imaginer un endroit où les trains n’arrivent pas, le trouver, et s’arrêter au bord de l’océan pour apprendre que si le vent souffle de la droite, c’est le ponant, s’il souffle de la gauche, c’est le levant, et s’il vient du large, c’est le vent du Sud, mais que tous effacent le chemin du retour. Il y avait beaucoup de vie dans ces yeux, une très longue histoire, et l’avenir. »

« Vents Contraires », et le vent nous portera.

Challenge Lire sous la Contrainte – Session 19, d’un livre à l’autre.

15 commentaires
  1. 13 février 2015 , 2 h 41 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    On dirait que ce livre porte en lui tout ce qui est nécessaire pour en faire un roman bouleversant de tendresse. De belles histoires de vie, des gens habités par la beauté de leurs blessures et un destin pour les unir. Je voudrais bien apprendre le vent et l’observer, quand il danse dans tous les sens et surtout quand ses vents contraires transforment l’âme. Tout ça me semble tellement émouvant… Je donnerais cher pour vivre sur ce bord de mer. Et croiser des regards « de la couleur des tempêtes ». Quelle belle image. Et il doit y en avoir plein d’autres des comme ça…
    (Bon choix pour Sophie Hunger)

    • 13 février 2015 , 22 h 20 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je donnerais cher pour vivre sur ce bord de mer.

      A rendre fou les mouettes et les baleines. Même si les baleines sont moins nombreuses dans la baie de Cadix que dans la baie du St Laurent…
      Avec des belles images de sentiments et d’Andalousie. Et de cognac ! (un livre ne peut être totalement réussi sans quelques verres d’alcool)

  2. 13 février 2015 , 7 h 44 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Buenos dias Senor! 885 pages, ça me fait réfléchir. De plus je ne suis pas très hispanisant. Mais tu en parles bien alors évidemment… :idea:

    • 13 février 2015 , 22 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      885 pages, ça me fait réfléchir.

      Alors réfléchis encore 4 pages de plus ;)

      De plus je ne suis pas très hispanisant.

      plutôt hispanisant de la pampa ;)

  3. 13 février 2015 , 19 h 12 min - Ribambelle prend la parole ( permalien )

    Carramba ! 889 paginas ! Il y a de l’action ou c’est plus de la réflexion ?
    (au passage, j’ai récupéré Satan Lake à la médiathèque).

    • 13 février 2015 , 22 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      889 paginas de amora, de actiones y reflexiones. Un mélange un peu de chaud et de froid, mais muchos sentiments !

    • 14 février 2015 , 10 h 33 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Dio mio !!! Je crois bien Bibison qu’il va te falloir quelques révisions de ton espagnol (très très très lointain) !

      Mon petit doigt me dit que :
      1/ Soit ta prof d’espagnol était très laide
      2/ Soit au contraire elle avait une poitrine généreuse qui captait toute ton attention ^^

      ;-)

    • 14 février 2015 , 10 h 38 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      1er Leçon !

      889 paginas de amORRRRRRRRR

      Mais attention (très important) ! le RRRRRRR doit rouler sur ta langue et le faire durer suavement et langoureusement !

      ;-)

    • 14 février 2015 , 18 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      1- Je ne me souviens plus trop de ma prof d’espagnol ce qui exclus par conséquent le point 2- et sa poitrine généreuse…

      Qu’est ce que je dois faire rouler sur ma langue langoureusement ?

  4. 13 février 2015 , 19 h 33 min - manU prend la parole ( permalien )

    « Quand le froid souffle sur le chaud, les cœurs changent d’humeur et transforment l’âme dans la baie de Cadix. »
    Quelle poète ce Bison ! Quelle plume malgré tous ses poils drus ! ;)
    Et la voix de Sophie Hunger là-dessus, que demander de plus ?
    Mais 889 pages, quand même !!…

    • 13 février 2015 , 22 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Quelle poète ce Bison !

      C’est juste l’effet de la sangria…

      Mais 889 pages, quand même !!

      oui, Quand même ! Mais quand on aime, on ne compte pas, même les pages.

  5. 13 février 2015 , 21 h 41 min - Philippe D prend la parole ( permalien )

    En voyant le titre, j’ai pensé à un autre livre…
    Merci pour ta participation à mon challenge et bon weekend.

  6. 14 février 2015 , 11 h 03 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Tu parles de MON Andalousie et des vents et sentiments contraires donc forcément je rapplique.
    Un très joli souvenir de lecture. Tu m’a redonné envie de me sentir porter par ce vent marin chaud, ce soleil brûlant que peu supporte et ce gout de sel qui colle à la peau …

    Le vent souffle fort en Andalousie et particulièrement à Cadix, il peut même te rendre Loco….. de amoRRRRR !

    Un très beau billet Bison.
    Par contre tu aurais pu mettre un verre de sangria tout de même ;-)

    Olé !

    • 15 février 2015 , 11 h 21 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      pas sûr qu’effectivement un bison supporte un soleil si brûlant. Quand à goûter au sel de la peau, je dirai, cela dépend de la peau à lécher…

      La sangria ? C’est pas ce liquide si rouge et si aigre que l’on rajoute des fruits pour faire passer le goût dans la tuyauterie…

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