Highway Rider [Brad Mehldau]

Par le Bison le 15 janvier 2015

Catégorie : 4 étoiles, Jazz & Silence

Brad Mehldau ne s’apprivoise pas facilement. Il me faut plusieurs écoutes avant de m’imprégner de ses mélodies. Sont-elles  si complexes ou étranges qu’elles nécessitent du temps ? Ce Highway Rider est dans cette même ligne de conduite. Après quelques écoutes au cours de ces dernières années, ce n’est qu’aujourd’hui que je n’ai pris la pleine mesure de ces mélodies jazzistiques. Un Brad Mehldau, légèrement plus accompagné que son trio habituel avec Larry Grenadier à la contrebasse et Jeff Ballard à la batterie, puisqu’il est rejoint par Joshua Redman au ténor et soprano et Matt Chamberlain pour une seconde batterie plus lourde et percutante. Il faut avoir l’âge ou le bon tempo pour apprécier Brad Mehldau. Il faut prendre le temps, avoir l’envie aussi de se sentir enveloppé de ce profond soupire de plaisir que procurent ses mélodies. Imaginer un désir musical, comme enlever la robe d’une jolie femme pendant que le piano susurre ses aubades et découvrir la beauté cachée dessous, ces sous-vêtements blancs tout aussi désirables. Voilà ce que m’inspire Brad sur cet album. Pureté et volupté.

John Boy by Brad Mehldau on Grooveshark

Une balade onirique sur une autoroute où la bande FM mêle des instants calmes et reposants de jazz, des airs tendres entre nostalgie et mélancolie. Tu imagines, les cheveux au vent dans ta vieille Thunderbird décapotable à la carrosserie rutilante d’un rouge aussi voyant que le rouge à lèvres de l’autostoppeuse que tu as ramassée 50 miles plus tôt. 15 rendez-vous avec l’asphalte et la poussière, 15 moments intimes de recueillement avec l’autostoppeuse, 15 musiques pour bousculer le vent. Et ce sax’ de Redman qui fait tant plaisir à entendre, un bonheur si inhabituel dans la configuration habituelle du trio de Mehldau, aussi exceptionnel que de voir monter une autostoppeuse dans ma vieille guimbarde poussiéreuse.

Don't Be Sad by Brad Mehldau on Grooveshark

John Boy, Don’t be sad, les deux premiers morceaux de la highway, mais le cheminement de l’album est du même cru, 2010 une bonne année pour un Brad Mehldau, aussi suave qu’un Saint Joseph 2012, aussi frappé qu’une tequila blanche saupoudrée de grains de sel marin sur une rondelle de citron vert. Quelques passerelles au-dessus du vide, des couchers de soleil à l’horizon, des cactus en fleur sur les bas-côtés, un serpent qui traverse la route, un coyote qui hurle la mort, les paysages défilent lentement et la nuit devient sombre. Seules les étoiles scintillent sur les touches imaginaires du piano de Brad. L’heure de s’arrêter à un motel, prendre une bière avec l’autostoppeuse, son rouge à lèvre scintillant et son sourire craquant, prendre une chambre et remettre ce « Highway Rider » avant de la déshabiller.
Walking the Peak by Brad Mehldau on Grooveshark

« Highway Rider » [2010], sur l’autoroute du jazz ne sois pas triste.

12 commentaires
  1. 16 janvier 2015 , 1 h 33 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Une musique qui « bouscule le vent », shit… ça doit être grandiose… Si en plus elle donne « envie de se sentir enveloppé d’un profond soupir de plaisir », tabarnak c’est encore mieux! Alors je n’ose même pas imaginer ce que tu entends par 15 moments intimes de « « recueillement » » avec l’autostoppeuse… ;-)

    Un voyage musical qui rend le Bison tout ému, ça se sent. Et j’aime ça!
    Je me sentirais bien de « l’apprivoiser » cette musique…

    • 16 janvier 2015 , 10 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Moi non plus, je n’ose même pas imaginer ces 15 moments intimes de recueillement avec l’autostoppeuse. Mon cœur risquerait de me lâcher trop rapidement. Et encore si ce n’était que le cœur…

    • 16 janvier 2015 , 10 h 16 min - Phil prend la parole ( permalien )

      Hahaha !
      C’est sur qu’il vaut mieux apprivoiser la musique que le bison !!!
      Pour ce qui est grandiose c’est PINK FLOYD !!!!
      Je suis PINK FLOYD !

    • 16 janvier 2015 , 10 h 58 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je n’ose pas imaginer non plus l’âge de l’autostoppeuse qui s’emballerait pour du Pink Floyd…
      Hahaha !

    • 16 janvier 2015 , 17 h 01 min - Phil prend la parole ( permalien )

      Gnagnagna
      C intemporel Pink Floyd, ca traverse le temps et te prend les tripes avec.
      On est dans le vrai, l’émotionnel qui chamboule tout, même la bête.

    • 16 janvier 2015 , 20 h 08 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      si ça chamboule la bête, faudrait que je m’y remette… Cela fait combien de temps que je n’ai pas écouté la bande à Waters…

  2. 16 janvier 2015 , 8 h 26 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Salut cher Bison. C’est en vrai cinéaste que tu nous emportes sur cette autoroute dont Brad Mehldau assure la B.O. Fusent les images de poussière et de vent, de bagnoles rutilantes comme les lèvres des Marlyn que l’on peut y croiser, de bières ou de tequilas, à rêver notre Amérique. Ce n’est pas moi,dont tu sais la passion pour cette géographie voyageuse, qui m’en plaindrai. :D

  3. 16 janvier 2015 , 8 h 34 min - manU prend la parole ( permalien )

    J’aime beaucoup « Don’t be sad »…
    Idéal le matin au réveil avant une paisible journée…

    • 16 janvier 2015 , 10 h 07 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Idéal le matin, idéal le soir, idéal avec un bol de café ou une autostoppeuse…

  4. 18 janvier 2015 , 22 h 08 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    J’ai connu Brad après Keith mais en même temps que Bill, Bill Evans bien sur.
    Je crois que Keith Jarrett m’a apporté cette ouverture d’esprit vers le Jazz contemporain.
    Tu as raison il faut du temps, être prêt, pour apprécier ce piano, cette liberté musicale, cette mélancolie.
    Un très beau billet Bison et de très beaux extraits.
    Mon premier Brad est « Live at the Village Vanguard » avec Grenadier & Rossy à la batterie et le second « Elegiac cycle »
    Magnifique !
    A ce jour je ne m’en suis toujours pas remise encore !
    :D

    • 18 janvier 2015 , 22 h 43 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’adore aussi cet Elegiac Cycle. Ce ne fut pas mon premier Brad, mais le premier qui me bouscula un peu. Le premier qui me fit passer de l’autre coté.

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