Même la Pluie [Paul Laverty]

Par le Bison le 22 août 2011

Synopsis : Sebastian, jeune réalisateur passionné et son producteur arrivent dans le décor somptueux des montagnes boliviennes pour entamer le tournage d’un film. Les budgets de production sont serrés et Costa, le producteur, se félicite de pouvoir employer des comédiens et des figurants locaux à moindre coût. Mais bientôt le tournage est interrompu par la révolte menée par l’un des principaux figurants contre le pouvoir en place qui souhaite privatiser l’accès à l’eau courante. Costa et Sebastian se trouvent malgré eux emportés dans cette lutte pour la survie d’un peuple démuni. Ils devront choisir entre soutenir la cause de la population et la poursuite de leur propre entreprise sur laquelle ils ont tout misé. Ce combat pour la justice va bouleverser leur existence.

Le cinéma comme je l’entends : des paysages à me faire voyager assis dans mon fauteuil, un scénario intelligent qui me fait sentir moins bête à la fin du générique et des acteurs émouvants qui m’arrache sourire et/ou larmes.

Pour les panoramas, direction les hauts plateaux boliviens. Un paysage de toute beauté au milieu d’une forêt verte et luxuriante. Pour le scénario, il est signé Paul Laverty. Ce nom ne me disait pas grand-chose mais il est souvent le complice de Ken Loach et apparait au générique de chacun de ses films. « Même la pluie » est d’ailleurs en plus de formidablement distrayant et dépaysant une œuvre parfaitement sociale : Ken Loach n’est pas présent, mais la réalisatrice ibérique Iciar Bollain est une fidèle, une inconditionnelle du réalisateur anglais. Les acteurs, quand à eux et un mélange de crus locaux, de représentants espagnols et de la « star » montante espagnole, Gael Garcia Bernal. Je l’avais déjà beaucoup apprécié dans les films d’Alejandro Gonzáles Iñárritu, « Amours Chiennes » et « Babel », dans le film de Walter Salles, « Carnets de voyage », dans le film de Pedro Almodovar, « La Mauvaise Education » ou dans mon dernier film de Jim Jarmusch, « The Limits of Control »…

La guerre de l’eau. En Avril 2000, une série de manifestations enflamme les rues de Cochabamba, troisième ville importante de Bolivie. Des barricades quadrillent la ville, le président bolivien déclare l’état d’urgence, un jeune homme tombe sous les balles des forces de l’ordre. L’objet de la révolte ? L’eau.

Son prix. Sa propriété. Au terme des protestations, la rue obtient gain de cause : le service d’eau de la ville, privatisé quelques mois plus tôt, repasse dans le domaine public et l’augmentation de tarif est annulée. La légende de la guerre de l’eau de Cochabamba est née. Cette guerre de l’eau devient le sujet principal du film et est admirablement bien abordé du point de vue de ces paysans du cru, de ce peuple figurant qui font une queue de plusieurs heures juste pour pouvoir gagner quelques pécules supplémentaires lorsque cette production décide de faire son film là-bas…

Un autre regard sur le cinéma, Fausses Valeurs :

La vraie réussite, on la doit à cette construction qui juxtapose et fait vivre une double mise en abyme. Il y a le volet connu, vu et revu, du film dans le film, mais à cela s’ajoute le verset sur le colon un jour, colon toujours. Verset évidemment à l’ombre d’une croix, omniprésente par là bas, et de tentatives de rédemption…

Le film dénonce le destin d’un peuple asservi depuis des générations. Que l’on ait des canons, des tuyaux ou une caméra, chacun a ses propres raisons pour, si ce n’est exterminer la population locale, du moins continuer à profiter de la situation en prenant soin de se munir d’oeillères de compétition. Tout a un prix, même la pluie.

Mondequibouge.be met sur le devant de la scène ces enseignants, animateurs, citoyens actifs, collectivités et organismes qui proposent des activités et outils permettant aux enfants, aux jeunes et aux adultes de construire un monde équitable, solidaire et durable. Au programme : clés pour comprendre, gestes pratiques, reportages, dossiers thématiques, références à voir ou à lire… Pour susciter notre esprit critique et développer notre capacité à poser des choix autonomes éclairés. De l’école aux médias en passant par votre salon. Pour faire de chacun de nous un acteur de notre avenir commun.

Le site revient sur les évènements de cette guerre de l’eau, l’histoire d’une victoire exemplaire mais partielle et fait un maigre bilan sur le peu d’avancées au final de cette « petite » révolution populaire, malgré le nouveau gouvernement d’Evo Morales :

Cinq ans après le soulèvement, seulement 55 % des Cochabambins sont branchés au réseau d’eau potable du SEMAPA, l’entreprise publique assurant le service. Celle-ci était endettée de 20 millions de dollars et malgré sa démocratisation, elle n’ a pas reçu les moyens pour desservir tous les habitants.
Aussi, 25% de la population s’approvisionnent auprès des centaines de comités de quartiers auto-gérés ; 20% de la zone Sud parmi les plus pauvres doit se procurer l’eau à prix fort auprès des micro entreprises de citernes. La Coordination a réussi à chasser Bechtel mais pas à obliger l’État à fournir l’eau aux populations qui n’ont pas les moyens de payer les factures.

Voilà l’occasion de découvrir un grand film, de voyager aux confins d’une végétation verte et d’apprendre la valeur de l’eau qui n’a pas le même prix sur tous les coins de la planète (demain, je diminue la dose d’eau dans mon pastis en même temps que le nombre de douches quotidiennes – mon geste éco-citoyen !)

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