Satan Lake [Joanne et Gerry Dryansky]

Par le Bison le 6 janvier 2015

« Dans un bar, à l’extrémité miteuse de la ville, de l’autre côté d’Allen Park où a eu lieu le dernier meurtre, Will laisse un message avant de raccrocher le taxiphone. Toute la nuit, au volant, il a sillonné les rues, comme si quelque chose pouvait éventuellement lui apparaître, qui ait un rapport avec le crime – exercice, bien entendu, totalement insensé. Il a beaucoup conduit ces derniers temps, sans but véritable, le halo rouge du néon de Randy’s Hideaway, qui brille sous la pluie, lui a vaguement fait penser à un refuge. Le voici donc accoudé au bar, ce qui ne l’avance pas plus que de rouler sans but. Tout vient du fait qu’il n’arrive pas à rentrer chez lui, maintenant qu’elle n’est plus là. […] »

État de New-York, un été de 1984. J’y croise cette gamine, treize ans, fille de parents divorcés. Angie, une musique des Stones dans la tête. Un père qui veut refaire sa vie auprès d’une jeunette bien roulée et une mère alcoolique et totalement nymphomane. Un été qui va changer le cours de sa vie, surtout lorsque du coté de Satan Lake – pourquoi ce surnom, une croyance hippie encore – sévit un dangereux serial killer. Points communs de cette succession meurtrière : la déviance morale des victimes. Mais bon, avec ce seul critère, la liste des suspects tout comme celle des victimes potentielles risquent d’être sacrément longues. Et nul doute que c’est accoudé au comptoir de ce bar que je trouverais l’inspiration.

«  […] Il fait signe au barman de lui donner un deuxième Canadian Club, avec une bière. […] »

Putain, moi qui m’était contenté de mettre quelques contredanses par-ci par-là, parcimonie. Un peu de tapage nocturne, des mecs qui donnent un coup de trop dans le visage de leur femme, rien de bien méchant, rien de bien anormal dans ce coin du Nord, une bagarre dans un bar et des excès de vitesse. Bref, voilà mon lot quotidien depuis des années. Alors, oui, j’aurais préféré que le tueur en série sévisse ailleurs que dans ma ville, au lieu de me donner sueurs froides et mal de crâne.

«  […] Une prostituée entre, dix-sept ans peut-être, des mèches blondes, complètement trempée. A cause de la pluie, sa minijupe lui colle aux cuisses, et on voit ses tétons à travers son tee-shirt mouillé. Elle prend place sur un tabouret de bar, à l’extrémité opposée de l’endroit où s’est assis Will, secoue sa chevelure humide, et lâche : « Meeeeerde.»

Lorsque, sans rien lui demander, le barman, qui vient de servir Will son carburant, prépare pour la fille un Frozen Daïquiri, le policier fixe intensément le panneau accroché au-dessus du bar qui rappelle que servir les mineurs est illégal.

Il ne brandit pas son badge de flic. Est-ce que je suis vidé à ce point ? « Vivre et laisser vivre », aurait dit Fred, et même si tout ça n’est rien que des foutaises, Will ne parvient tout bonnement pas à se mettre ses principes en action. Il se demande s’il va laisser aller jusqu’à se saouler. Tous ces problèmes qui n’attendent que vous. […]»

Autant te le dire de suite, je n’ai finalement pas regretté une seconde que le tueur en série s’en prenne à quelques uns de mes concitoyens. Moins de votes, certes, mais une atmosphère prenante, une ambiance ambigüe, un vrai thriller envoûtant perçu par le regard d’une adolescente. Et derrière cette violence, se cache la société américaine (la notre, donc) et sa jeunesse perdue entre la violence et le sexe. Difficile apprentissage de la vie à treize ans. D’ailleurs le quatrième de couverture – qui ne veut certes pas dire grand-chose – associe ce roman à la lignée des films de Sam Mendes, American Beauty, ou du Virgin Suicide de Sofia Coppola. Deux grands films à mes yeux. Franchement, j’ai été surpris et scotché par cette histoire. Je ne m’attendais pas à prendre autant de plaisir à la lire. Un flic perdu, le comptoir d’un bar, une jeune pute, tout mon univers, un tueur en série en plus. Un paumé parmi les dingues.

« […] Il pose les yeux sur sa nouvelle consommation, siffle d’un trait son whisky, puis écluse sa bière comme si c’était une purge, un Alka-Seltzer ou quelque chose dans le genre.

Dehors, sur le terrain goudronné et rafistolé ici et là où autrefois s’étendait peut-être un jardinet menant à la maison de cèdre rouge sombre aujourd’hui appelé Randy’s Hideaway, il n’y a qu’une seule voiture le long du trottoir luisant, une Jeep garée tout près de sa Toyota Camry. Avec toute la place qu’elle avait. Dans le rétroviseur central, tandis qu’il met le contact, il la voit debout à la porte, sourire aux lèvres. Il laisse le moteur tourner un peu plus longtemps que nécessaire. Le sang lui bat les temps, son cœur semble cogner plus fort que de raison. Sur le rétroviseur extérieur recouvert d’eau de pluie, la fille devient floue. »

Bon, il est temps que je rentre chez moi, même si personne ne m’attend, parce que sinon je risque de faire monter cette pute, mineure ou majeure je m’en branle. Et je crains de ne pas trouver l’inspiration et la trace du tueur en série qui sévit près de Satan Lake, même si elle me pompe sauvagement avec sa bouche, délicieuse et gourmande, d’un rouge cerise flamboyant. Du plaisir, certes, à jouir dans sa bouche, mais l’enquête… Meeeeerde.

« Satan Lake », sans tabou.

Challenge Lire sous la Contrainte – Session 18, d’un livre à l’autre.

Challenge Thriller et Polars chez Canel.

10 commentaires
  1. 6 janvier 2015 , 22 h 59 min - manU prend la parole ( permalien )

    Le titre me plait. La couv’ me plait.
    Ton billet est bien tentant comme souvent…
    Encore un dans mon pense-bête !

    • 7 janvier 2015 , 8 h 54 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tu vois, j’ai été agréablement surpris par ce roman dont je n’avais jamais entendu parlé. Je m’étais dit qu’il était peut-être bon. Mais il s’avéra qu’il fut plus que bon, il fut prenant, bien heureux d’avoir succombé à cette tentation.

  2. 7 janvier 2015 , 21 h 09 min - Philippe D prend la parole ( permalien )

    Je ne connais pas ce livre qui semble être très prenant.
    Merci pour cette nouvelle participation à mon challenge et rendez-vous dimanche pour une nouvelle contrainte.

    • 7 janvier 2015 , 22 h 07 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ca me permet de prendre des livres qui attendent de ma pal. Ce mois-ci avec bonheur, le mois précédent moins emballant, les aléas des contraintes. A dimanche pour la nouvelle contrainte…

  3. 11 janvier 2015 , 9 h 30 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    « Un peu de tapage nocturne, des mecs qui donnent un coup de trop dans le visage de leur femme, rien de bien méchant, »
    -Ben voyons !!!!

    « … rien de bien anormal »
    -Surtout pas!!!
    «.. dans ce coin du Nord, »
    -Voilà qui est rassurant !!!!

    Et bien je crois que le fait que ce roman donne la parole à une jeune fille de 13 ans me tente vraiment, pour sortir un peu de mes sentiers battus …

    Les extraits que tu nous sites tu aurais pu les écrire, on croirait ta plume ;-)

    Américan Beauty un film qui m’a PLUS que marqué !

    • 11 janvier 2015 , 18 h 16 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Et bien je crois que le fait que ce roman donne la parole à une jeune fille de 13 ans me tente vraiment

      Désolé, mais il y a un pervers vert charentais qui a déjà émis une option sur cette jeune fille de 13 ans (enfin sur son histoire).

      American Beauty un film qui m’a PLUS que marqué !

      Un grand film, un grand Kevin Spacey. J’ai ADORÉ. Tiens, faudrait que je me le refasse, une de ces nuits…

  4. 22 janvier 2015 , 17 h 23 min - dasola prend la parole ( permalien )

    Bonjour le Bison, je note ce titre. Je ne connais pas du tout. J’ai vu qu’il était en bibliothèque. Quel titre! Bonne soirée.

    • 22 janvier 2015 , 20 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Quel titre effectivement ! et un thriller à connaître.

  5. 2 février 2015 , 14 h 01 min - Une ribambelle prend la parole ( permalien )

    Argh ! J’étais passée au travers de ce billet. ça y est. Je viens de le réserver à la médiathèque.

    • 2 février 2015 , 15 h 30 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Argh ! J’étais passée au travers de ce billet.

      Et cela aurait été dommage, non pas pour ma reconnaissance, mais pour ce bouquin qui est quand même un bon ‘truc’ !

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