Souvenirs d’un pas grand-chose [Charles Bukowski]

Par le Bison le 19 janvier 2015

« Souvenirs d’un pas grand-chose ». Le pas grand-chose, cela aurait pu tout à fait être moi. Pour cette raison peut-être que je m’y suis senti bien dans ce nouveau Bukowski, aussi bien que dans un caleçon porté cinq jours de suite. Parce qu’en fait de pas grand-chose, il n’en est pas vraiment question puisqu’il s’agit du grand Hank Chinaski alias Charles Henri Bukowski ou tout autre pseudo qui lui convienne. Bref, d’un type bien, au cœur tendre, d’un gars émouvant qui se raconte, au moment de l’enfance et de l’adolescence.

Débuts des années trente, la Grande Dépression et la misère. Une époque idéale pour bien galérer dans la vie. Avec, en plus, un paternel au chômage mais qui fait semblant d’aller travailler à la même heure tous les matins, juste pour ne pas montrer à ses voisins la merde qu’il est. Car il en est bien une, de grosse merde. Du genre à haïr pendant au moins neuf vies. Après tout, on n’est pas obligé d’apprécier les séances de fouet au ceinturon dans la salle de bains. Quel gros con, ce vieux. Qu’est-ce qu’il m’a fait chier jusqu’au jour où il a compris que je pouvais lui en mettre une et l’allonger d’un crochet du gauche à lui faire défiler les étoiles dans sa tronche.

« Seul, je me regardais souvent dans la glace en me demandant jusqu’où pouvait aller la laideur. Je me regardais la gueule sans arriver à y croire et puis je me retournais pour examiner tous les furoncles que j’avais dans le dos. J’en restais horrifié ! Pas étonnant que les gens me dévisagent ! Pas étonnant du tout qu’ils me jettent des trucs peu aimables à la figure ! On était très loin de l’acné juvénile. Non, moi, ce que j’avais, c’était des furoncles enflammés, qui n’arrêtaient pas de me faire mal et qui étaient bourrés de pus. »

Mais l’école n’est pas la panacée non plus.

Là-bas aussi, le milieu est rempli de connards et de prétentieux qui pètent plus hauts que leur trou de balle. Autant dire que Hank va vite se retrouver âme solitaire et souffre-douleur d’une grande majorité de ses camarades. Après quand on a la gueule grêlée de toute part par l’acné, pas facile de se faire des amis ou d’emballer des nanas, même si la queue est grosse. Peut-être que, moi-même, lui aurai-je jeté des canettes vides à la face. Ne parlons pas des pierres.

Tous ces souvenirs ne respirent pas le bonheur, aucune marque d’enchantement signe de l’enfance, aucun instant de désir signe de l’adolescence. Juste des moments de profondes solitudes et de rage. Mais pas d’apitoiement non plus. La vie est ainsi faite et de cet isolement social, il en ressortira plus fort. D’abord, parce qu’il se réfugiera dans les livres. Puis avec l’âge, il découvrira le grand bonheur de la bière et du vin. Ah le vin ! Sans lui, il ne serait pas devenu ce qu’il est. Un  grand écrivain, qui parle de l’humanité au sens noble du terme. Parce que ne nous trompons pas, derrière ses mots un peu crus et cruels, Bukowski a une âme, bel en plus.

« Au bout d’un moment, je pris la direction du gymnase : j’allais vider mon casier. Fini, les exercices. Tous ces gens qui n’arrêtaient pas de s’extasier sur la saine odeur de la sueur ! En fait, il fallait bien qu’ils s’en excusent. La saine odeur de la merde fraîche, ils n’en parlaient jamais. Et pourtant, il n’y avait rien d’aussi fantastique qu’une bonne merde à bière – enfin, je veux dire : celle qu’on chie après avoir bu vingt à vingt-cinq bières la veille au soir. L’odeur que ça dégage se répand à la ronde et ne disparait pas avant une bonne heure et demie : ça vous redonne l’impression d’être vraiment vivant. »

Chaque jour, j’en apprends donc un peu plus sur l’homme qui se cache derrière ces mots et ses bouquins. Derrière un nouveau bouquin, qu’il soit composé de nouvelles ou de récit autobiographique, je découvre l’homme, ce gamin meurtri des années trente qui a survécu à son époque, qui s’est trouvé – chose inespérée au début de sa vie – un talent, celui d’écrire de l’émotion avec des mots simples, des phrases de la vie parsemée de vin et de cuisses.

« Une femme descendait la rue dans ma direction. Elle avait de jolies jambes. Je commençai par la regarder droit dans les yeux. Et puis je lui regardai les jambes et lorsqu’elle m’eut dépassé, je lui regardai le cul. Je le bus des yeux. Cul et coutures de ses bas de soie, j’appris tout par cœur. »

Putain, quel cul, cette nana ! Du genre à me foutre une putain d’érection et à la prendre par derrière en lui tenant sa longue crinière brune.

« Souvenirs d’un pas grand-chose », de la merde des furoncles et pas grand-chose.

23 commentaires
  1. 20 janvier 2015 , 10 h 45 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Quand je pense à cet auteur je suis entre tristesse et nausée et ça m’agace… tu m’énerves ! Parce qu’il parle mal des femmes et la réduit à l’état de viande et en même temps on ressent tellement sa souffrance ! Je suis mitigée !

    Est ce un personnage qu’il a voulu se donner, comment était il dans l’intimité ?

    C’est drôle je l’entend me dire : FUCK YOU !
    Ce à quoi je réponds : JE T’EMMERDE !

    ;-)

    PS – Sieuplait va changer ton caleçon…. ça fouette :D

    • 20 janvier 2015 , 11 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Quand je pense à cet auteur je suis entre jubilation et éjaculation.

      PS – Je ne mets des caleçons propres que les mardis.

    • 20 janvier 2015 , 14 h 10 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Lollll parce que le mardi tout est permis !

      Sacré toi ! ;-)

    • 22 janvier 2015 , 11 h 24 min - Phil prend la parole ( permalien )

      lis Women et tu en sauras sur ce bel écorché de la vie !

    • 22 janvier 2015 , 13 h 14 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’étais vieux, j’étais moche. C’était peut-être pour cela que je prenais plaisir à planter mon poireau dans des jeunes filles. J’étais King Kong, elles étaient souples et tendres. Essayais-je en baisant de me frayer un chemin au-delà de la mort ? En allant avec des jeunes filles, espérais-je ne pas vieillir, ne pas me sentir vieux ? Je ne voulais pas vieillir mal, mais simplement quitter la partie, mourir avant que la mort ne me tombe dessus.

      Charles Bukowski – Women

  2. 20 janvier 2015 , 14 h 13 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    PS

    « pas facile de se faire des amis ou d’emballer des nanas, même si la queue est grosse. »

    Pffftttt réflexion de macho !

    Tu sais si grosse soit-elle, il faut savoir s’en servir !

    :D

    • 20 janvier 2015 , 14 h 30 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      non je sais pas… Explique-moi…

    • 20 janvier 2015 , 14 h 36 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Commence déjà par changer de caleçon !!!!!!!!!!!!!!!! :D

  3. 20 janvier 2015 , 19 h 05 min - manU prend la parole ( permalien )

    Bon ben je vous laisse, j’aime pas tenir la chandelle…

    • 20 janvier 2015 , 20 h 02 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      ne me dis pas que tu es du genre à changer de caleçon tous les matins ?

  4. 20 janvier 2015 , 22 h 44 min - manU prend la parole ( permalien )

    Je suis du genre à me faire…arracher mon caleçon tous les jours !! ;)

  5. 21 janvier 2015 , 2 h 06 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Souvenirs d’un pas grand-chose et de beaucoup en même temps! Une vie suffisamment difficile pour te flanquer un dégoût de l’humanité jusque dans ta tombe. Je peux comprendre qu’un homme s’arrête un jour et se demande jusqu’où peut aller la laideur. Il a eu la grâce de son talent et parlé à travers les yeux de son vécu. Il y a forcément un homme courageux, sensible et résilient derrière ces mots crus, qui en ressort plus fort comme tu dis. Moi, après toutes ces humiliations, j’aurais peut-être envoyé l’humanité se faire foutre…! Tabarnak!

    • 21 janvier 2015 , 9 h 03 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      . Il y a forcément un homme courageux, sensible et résilient derrière ces mots crus, qui en ressort plus fort comme tu dis.

      Tu ne serais pas amoureuse de lui ? ;)

    • 21 janvier 2015 , 13 h 05 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      J’préfère un bon gros mâle poilu qui te tient au chaud l’hiver, t’en connais?

    • 21 janvier 2015 , 16 h 01 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      peut-être bien ! le genre à vivre dans les montagnes et à écouter nostalgiquement Pink Floyd…

    • 22 janvier 2015 , 11 h 25 min - Phil prend la parole ( permalien )

      c’est une bien bonne idée que celle-là !!!

    • 22 janvier 2015 , 13 h 09 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je parlais de toi, bien sûr ! Moi je m’épile… et la plus haute montagne que je vois de ma fenêtre est le Mont Martre….

    • 22 janvier 2015 , 14 h 44 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      Le Mont Martre ou le Mont de Marthe? Sacré Bison!
      (fais pas semblant que t’y as pas pensé)

    • 22 janvier 2015 , 16 h 38 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      je veille effectivement toutes les nuits pour, de ma fenêtre, entrapercevoir la lune et le Mont de Marthe, deux beautés naturelles qui se confondent l’un dans l’autre.

  6. 21 janvier 2015 , 10 h 48 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Je possède quelques Bukowski en version numérique mais je ne m’y suis pas encore attaquée… j’ai un peu la trouille, j’avoue :oops:

    Bon, je note que dans celui-ci il y a des furoncles et j’irai à la pharmacie avant de l’ouvrir ;)

    • 21 janvier 2015 , 15 h 02 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tout un tas de furoncles prêts à exploser ! Le pied !

  7. 21 janvier 2015 , 21 h 27 min - manU prend la parole ( permalien )

    Bon appétit bien sûr !

Ajouter un commentaire

PS: XHTML est autorisé. Votre adresse mail ne sera jamais publié.

S’abonner aux commentaires par le flux RSS