Le Chaudron [Kiyoko Murata]

Par le Bison le 21 novembre 2014

Catégorie : 3 étoiles, Asie

Gyaatei gyaatei gyate gyate…

Dix-sept ans, la jeune Tami et son frère ainsi que leurs cousin-cousine passent les vacances d’été chez leur vieille grand-mère. Leurs parents respectifs se sont envolés pour Hawaï aux chevets d’un grand-oncle gravement malade et très affaibli. Chacun mène sa petite vie tranquille, l’un qui se prélasse toute la journée sous les paulownias, l’autre qui fait de la bicyclette ou des promenades sous les cryptomères ancestraux. Tami, elle s’occupe du chaudron et de la cuisine. L’heure du repas est donc propice aux échanges, aux regards, aux clins d’œil et aux secrets de familles.

Sowa sowa sowa gyaatei gyaatei…

« Le Chaudron » est tout un petit roman, le premier que je lis de l’auteure Kiyoko Murata, prix Akutagawa. Une ballade mélancolique sous les cryptomères géants, à l’ombre des paulownias en fleurs, au bord du grondement d’une cascade. La beauté des paysages qui donne envie de suer sa chemise sous le soleil étouffant de cet été passé au Japon. L’inactivité des vacances rythmée par la cuisine au chaudron d’une jeune adolescente a ce parfum de fraicheur et d’ennui qui colle les pages de ce roman.

Sowa sowa sowaka…

Fraicheur qui bouscule le rythme de la vieille dame, cette grand-mère qui au fil des conversations et des souvenirs avouera quelques lourds secrets et redessinera l’arbre généalogique de cette famille. Ennui comme le tournoiement d’une spatule en bois dans un vieux chaudron où le tofu mijote depuis plusieurs heures. C’est beau, c’est bon, mais l’odeur fumante de la marmite n’arrivera pas jusqu’à allécher mon tarin de toutes ses subtilités parfumées. A noter qu’Akira Kurosawa s’est mis aux fourneaux sous le titre « Rhapsodie en août ».

« La lueur dans ses yeux a pris une teinte de plus en plus triste.

Pour moi, c’était exactement la couleur de ceux qui ont perdu leur chemin et ne peuvent plus rentrer chez eux. »

Cet été sera peut-être le dernier du grand-oncle hawaïen, le dernier de la grand-mère, le dernier de l’enfance de Tami. La fin d’un cycle, le début d’un second. Certains secrets se dévoilent avec les souvenirs ressurgissant de la vieille. Mais peux-tu faire confiance à la mémoire d’une personne âgée, peux-tu croire après tant de mensonges et de non-dits familiaux. Et si tout n’était qu’illusion. Comme si tu croyais à l’existence des kappas. Tous les doutes restent permis, même après la lecture de ce roman, même si les larmes coulent pudiquement dans le regard de la vieille, dans la peau de Tami, d’une sombre tristesse, jetant les crustacés au milieu du riz et du tofu fumé dans ce vieux chaudron.

Sortant la tête de derrière un arbre, j’ai découvert un groupe de cinq ou six vieilles femmes trempées de sueur, en pleine récitation de sûtras. Leurs silhouettes, dos arrondi, paraissaient incroyablement minuscules. Elles devaient être assises les fesses directement sur les tatamis. Au-dessus de leur tout petit corps étais posée une tête tout aussi petite avec un tout petit visage ridé dont la bouche s’ouvrait et se refermait dans un même mouvement.

Le visage des vieilles femmes était en feu, rouge et bouffi. La voix des sûtras haut perchée avait un rythme étrange.

Leur chœur arrivait ainsi à mes oreilles :

Gyaatei gyaatei gyate gyate

Sowa sowa sowa gyaatei gyaatei

Sowa sowa sowaka

Et, Ribambelle qui mâche chaque mot sortant de ce chaudron duquel émergent à petit bouillon des souvenirs et à gros bouillon des révélations. ;)

« Le Chaudron », et le tofu qui mijote dedans.

tandis qu’Adalana tourne la marmite pour son challenge

Écrivains japonais d’hier et d’aujourd’hui.

23 commentaires
  1. 22 novembre 2014 , 13 h 55 min - Ribambelle prend la parole ( permalien )

    Tip top. Ils l’ont à la médiathèque. J’irai le chercher cet après-midi.

    • 22 novembre 2014 , 14 h 24 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      une bonne médiathèque, alors. Parce que ce roman ne doit pas s’étaler sur bon nombre d’étagères de bibliothèque, municipale ou particulière. Je ne manquerai pas de lire ton avis.

  2. 22 novembre 2014 , 16 h 25 min - phil prend la parole ( permalien )

    and so what ???

  3. 23 novembre 2014 , 12 h 05 min - Ribambelle prend la parole ( permalien )

    Mission accomplie

    • 23 novembre 2014 , 14 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Hé bé ! Tu n’as pas perdu de temps :)

  4. 23 novembre 2014 , 13 h 47 min - manU prend la parole ( permalien )

    « Chaudron » et littérature japonaise, une association qui ne vient pas à l’esprit spontanément…
    Au fait, ça mijote du tofu ?….^^

  5. 23 novembre 2014 , 14 h 26 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    « Sowa sowa sowa gyaatei gyaatei… » est-ce que ça veux bien dire « oh oui, oh oui, oh oui, grand fou » ?? :lol:

    Non, je t’aime bien, mais je passera mon tour, trop à lire ! :afraid:

    • 23 novembre 2014 , 17 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      la traduction exacte est « oh oui, oh oui, oh oui, grand fou aux grands pieds » !!

  6. 23 novembre 2014 , 15 h 09 min - Ribambelle prend la parole ( permalien )

    Je ne sais pas si tu as remarqué mais j’ai mis les photos des volubilis, des cryptomères et pour terminer des paulownias.

    • 23 novembre 2014 , 17 h 30 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’avoue que les souvenirs de biologie végétale me dépasse un peu. Et que par conséquent, je suis incapable de me représenter volubilis et paulownias. ;) Tout juste si j’arrive à reconnaître un gland en face de moi.

    • 25 novembre 2014 , 11 h 35 min - phil prend la parole ( permalien )

      Pourtant sur Paris qu’est-ce qu’il y en a non?!

    • 25 novembre 2014 , 22 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      des tas. C’est pour ça que j’arrive maintenant à les reconnaître un peu…

  7. 23 novembre 2014 , 18 h 40 min - Ribambelle prend la parole ( permalien )

    C’est bien parce que ma culture végétale est mauvaise que j’ai mis les images. Je me suis doutée que ça pourrait être utile à d’autres. A part ça, je reconnais les glands sans problème.

  8. 25 novembre 2014 , 21 h 36 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Rôoohhh je l’avais dans les mains dimanche et je l’ai posé pour un autre roman japonais « Le citron ».

    J’ai remarqué que la cuisine a une place très importante dans la littérature japonaise, comme un lien réunissant les êtres ! C’est très beau et très poétique et tu en parles avec beaucoup de douceur.

    Rôoohh j’ai des regrets maintenant, j’aurai du le prendre !

    Tu veux bien me rechanter la chanson « Sowa sowa sowa gyaatei gyaatei »

    ;-)

    • 25 novembre 2014 , 22 h 16 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Rôoohhh je l’avais dans les mains dimanche et je l’ai posé pour un autre roman japonais « Le citron ».

      Et je crois que tu as bien fait !

      J’ai remarqué que la cuisine a une place très importante dans la littérature japonaise

      Ici, il est surtout question d’un vieux chaudron dans lequel les légumes et le tofu mijote, mais il n’a pas la saveur culinaire auquel on peut s’y attendre

      Tu veux bien me rechanter la chanson « Sowa sowa sowa gyaatei gyaatei »

      Seulement après un flacon de saké… et en tête-à-tête avec une geisha nue.

  9. 27 novembre 2014 , 21 h 40 min - Philippe D prend la parole ( permalien )

    Je n’ai pas encore lu de romans d’auteurs asiatiques.
    Bonne fin de semaine.

    • 27 novembre 2014 , 21 h 50 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Il serait temps de s’y mettre. Et il y en a pour tous les goûts, au même titre que la littérature américaine ou congolaise.

    • 28 novembre 2014 , 11 h 02 min - phil prend la parole ( permalien )

      OUAAAA la réponse !!!
      t’es au top toi ! pas 14 c sur !!!!

    • 28 novembre 2014 , 15 h 56 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est que ça sert de faire des voyages… Bien que je ne connaisse pas le parfum du Congo…

  10. 9 décembre 2014 , 11 h 43 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    Hummm un petit air d’Asie, ça faisait longtemps nan, plein d’images me reviennent de lectures assez lointaines en fait mais curieusement j’en suis imprégnée. Littérature très imagée et les sens y sont très développés.

    Et Le citron c’est de Motojirô Kajii ? Christ en parles-tu ? Bison ?

    • 9 décembre 2014 , 18 h 56 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Hummm un petit air d’Asie, ça faisait longtemps nan

      J’espace ces lectures pour pouvoir replonger mes sens dans ses parfums et rester en émoi à chaque nouvelle lecture asiatique.

      Et Le citron c’est de Motojirô Kajii ? Christ en parles-tu ? Bison ?

      C’est bien du Citron de Kajii. Chris n’en parle pas encore. Mais cela viendra un jour. Le temps qu’elle se remette de sa lecture en cours, qu’elle s’ouvre une bouteille de bière blanche et qu’elle coupe une tranche de citron. Mais on se remet difficilement d’un Ogawa – par expérience, tu connais – donc il faut lui laisser le temps ;)

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