Le Néant Quotidien [Zoé Valdés]

Par le Bison le 8 décembre 2014

Le Néant Quotidien, l’histoire d’une femme cubaine qui s’appela Patrie. Une naissance dans la douleur mais marquante : le Che en personne a posé un drapeau cubain sur le ventre de sa mère au moment de l’accouchement. Une naissance – presque divine – sous les meilleurs auspices, sauf qu’à Cuba, il n’y a rien. Rien à manger, rien à faire, rien à voir, aucun espoir : c’est ça le néant quotidien. Vivre à Cuba, c’est vivre sans aspiration et sans attente.

« Trois fenêtres grandes ouvertes confirment que la mer existe. Et si elle existe, je suis assise au bord du lit, comme chaque matin, en train de boire à petites gorgées un café noir et amer, en poudre il y a quelques minutes, et liquide à présent. Depuis combien de temps ai-je commencé cette cérémonie matinale ? Boire du café en contemplant la mer, comme si les vagues étaient des fragments de vie. L’eau est fascination lente, sérénité maximale, effroi curieux qui apaise. Je fais la même chose depuis un nombre infini d’aurores, traverser l’écume, le corps hiératique, tandis que l’âme me susurre qu’elle existe, comme la mer. Comme le mal du déséquilibre. En moi, comme partout sur terre. »

Des rêves, Patrie rebaptisée en Yocandra par amour n’en a même plus. A quoi servent les rêves quand la réalité est faite exclusivement du vide. La Havane pourrait être l’une des plus jolies villes du monde. Ces couleurs et ces tons, j’ai gardé en mémoire les images du film de Wim Wenders, « Buena Vista Social Club ». La Havane est magnifique, un paradis, mais seulement du côté du touriste où sorti de son hôtel 5 étoiles Grand Luxe, il ne peut y trouver que misère et désenchantement. Ils ont voulu construire un paradis, un enfer s’est créé. L’Eldorado n’est pas sur cette île, malgré sa beauté, sa luminosité et sa musique. Là-bas, c’est simplement tickets de rationnement, pénurie et vide. Là-bas, il n’y a même plus d’espoir.

Noir c’est noir. Il n’y a plus d’espoir. On pourrait se dire : « l’espoir, c’est partir » ; mais partir pour où, prendre un vieux radeau et chevaucher la mer déclinée en furie déchaînée. Mince espoir ; et puis après, quel avenir ? Devenir une pute exilée comme bon nombre de ces cubaines parties tenter leurs chances sous d’autres cieux… Non, l’avenir est sur cette île, même s’il n’y a rien, même si elle sombre dans le désespoir.

« Je suis parvenue à la conclusion que l’acte le plus important de ma vie est de me réveiller. Me réveiller de la torpeur imposée par l’épaisse réalité. Me réveiller chaque matin et boire un café en constatant que la mer est toujours là, en la caressant des yeux derrière les fenêtres de mon refuge hexagonal. Me réveiller, boire un café et regarder la mer, telle est ma plus grande ambition. La mer ne partira jamais ? Pourquoi grossit-elle au lieu de se retirer, et déborde-t-elle en faisant disparaître le mur de la jetée, les maisons, en dérobant les objets et les vies ? Quel péché ce peuple a-t-il commis, que la mer lui fait expier avec de plus en plus de hargne ? Pourquoi la mer ne peut-elle s’en aller, se perdre, pour laisser pousser des fleurs à sa place, un immense jardin pour les enfants, les jeunes, les vieillards, pour tout le monde ? Ces derniers temps, la mer est en rogne. »

Et comme toute bonne littérature cubaine, le chapitre VIII est condamné à la pornographie. « Le néant quotidien » ne déroge pas à cet adage, et ce chapitre change radicalement de ton : il n’est plus question de désespoir et de vide dans ce chapitre ; simplement du sexe, cru et charnel, très démonstratif qui laisse l’esprit vagabonder vers le plaisir de la chaire, et pénétrer l’intimité la plus profonde de Yocandra, comme si l’esprit se trouvait face à un vulgaire film X. Qu’est-ce qui intéressent les gens ? Le SEXE, alors je sais qu’avec la description de ce chapitre VIII, tu iras te jeter sur ce bouquin, pour le dévorer et assumer tes fantasmes exotiques… Et c’est pour cette raison que je ne citerai pas le chapitre VIII parce que ce chapitre te condamnera à la débauche et à la luxure. Et que la luxure à La Havane signifie se faire sucer par une pute cubaine au bord de la piscine d’un hôtel 5 étoiles, un verre de Mojito et sa menthe fraiche à la main, pendant que le Commandant récite sa litanie sur le canal 1, 2, 3 et 4 de la télévision cubaine.

« Le Néant Quotidien », tristesse d’un verre vide.

9 commentaires
  1. 9 décembre 2014 , 8 h 19 min - Belette2911 prend la parole ( permalien )

    Hello ^^

    Tu veux donc chevaucher la mer… Mais qu’en aurait conclu Freud ?? :lol:

    Bon, bien que le roman t’ait plu et qu’il me tente, je passerai mon tour, j’en ai trop à lire et trop à acheter, encore…. :P

    • 9 décembre 2014 , 18 h 48 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tu veux donc chevaucher la mer… Mais qu’en aurait conclu Freud ??

      Je chevauche qui veut bien…

  2. 9 décembre 2014 , 21 h 00 min - Ribambelle prend la parole ( permalien )

    Bon et bien je l’ai réservé à la médiathèque :-)
    Je donnerai mon avis sur ce chapitre…………et sur les autres bien sûr.
    Au fait, j’ai « L’arbre à bouteilles » mais comme je cours trois lièvres (non livres) à la fois, je ne voudrais pas me mélanger les pinceaux.

    • 10 décembre 2014 , 12 h 52 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je pense que celui-là est meilleur que « Trafiquants de beauté« . En tout cas, j’y ai pris plus de plaisir. Peut-être à cause de ce fameux chapitre VIII. ;)

  3. 10 décembre 2014 , 10 h 08 min - manU prend la parole ( permalien )

    J’avais envie d’en savoir plus sur ce livre avant même de savoir qu’il y avait du sexe dedans…
    Bon OK, depuis que je sais qu’il y en a, j’ai bien plus envie…
    De le lire, je précise ! ;)

    • 10 décembre 2014 , 12 h 57 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’avais envie d’en savoir plus sur ce livre avant même de savoir qu’il y avait du sexe dedans…

      Parce qu’il y a des livres sans sexe ?

      Bon OK, depuis que je sais qu’il y en a, j’ai bien plus envie…

      de sexe ou de lire

      De le lire, je précise !

      Pourtant le sexe…
      Au fait tu as la Goule toi aussi ? Elle est charentaise en plus ! ;)

    • 25 décembre 2014 , 18 h 21 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Mais bien sur on te crois !

      :D

  4. 25 décembre 2014 , 18 h 19 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Tu m’as donné envie de lire le chapitre VIII et de boire un verre de Mojito et sa menthe fraîche … ;-)

    Rôoohhhh parce que je suis une femme je passe pour une dépravée !!!

    Quelle idée aussi de nous tenter ?!

    Luxure, tentation, gourmandise !!! que des péchés capitaux ^^

    • 25 décembre 2014 , 18 h 53 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tu m’as donné envie de lire le chapitre VIII

      Le chapitre VIII est trop HOT pour toi. Ce sentiment d’amour et de sperme, ce mélange de salive et de sécrétion vaginale. Non, tu serais trop rapidement en émoi devant un tel flot de passion et de désir.

      je passe pour une dépravée !

      Tu serais passée pour une dépravée si tu serais tombé en pâmoison devant la Goule charentaise.

      Quelle idée aussi de nous tenter ?!

      Je t’aurais bien tentée sur autre chose, mais je risquerais de passer pour un dépravé !

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