Les Expéditions [Karl Iagnemma]

Par le Bison le 10 novembre 2014

« Je présume que tu ne comptes pas t’embarquer dans un roman d’aventures. Au risque de te décevoir, je précise que cette expédition est tout à fait autre chose. »

1844, le jeune Elisha Stone, 16 ans, vagabonde seul après s’être enfui de son Massachusetts natal avec une idée bien précise. Rejoindre la ville de Detroit, la frontière entre le monde civilisé et l’ouest sauvage.

Le pasteur Stone quitte sa paroisse à la mort de sa femme avec la nécessité de retrouver son fils. Question de conscience. Lui annoncer cette triste nouvelle et peut-être renouer des liens. Découvrir la civilisation des grandes villes, un monde de péchés et d’incompréhension.

« C’était de frissons, de désir et de volupté qu’il était affamé, de la tiède moiteur d’un corps féminin. »

Tu aimes les romans initiatiques, ces grands classiques de la littérature américaine qui t’apportent l’aventure, l’amour, le frisson et le drame. Mais là, pour le même prix, soldes comprises et offre alléchante, je te réunis deux romans initiatiques dans une même histoire. Celle d’un gamin qui découvre la dure réalité de la vie, qui entraperçoit l’amour et qui approche le monde adulte. L’histoire d’un pasteur qui n’a pratiquement jamais quitté sa paroisse et qui découvre lui aussi la dure réalité de la vie, qui entraperçoit la haine, la violence et la noirceur de l’âme humaine.

Ah, l’amour et son vaste programme pour des âmes perdues dans ce vaste monde vil, cupide et cynique.

Un beau roman, proche de la nature, avec des rêves de gosses, des rêves d’humanité, beaucoup plus riche et complexe qu’il n’y parait si on tente de l’analyser en profondeur – ce que je m’abstiendrai volontiers de faire à moins que la tavernière me serve un de ces whisky frelaté à en perdre la vue. L’amour, la richesse, la puissance, la science, les indiens, les religions, la sexualité, les rapports homme-femme, les rapports père-fils, les rapports colons-indigènes… 444 pages qui parlent de tous ces problèmes sociétaux en même temps que de conter l’aventure vers l’ouest sauvage, de décrire la nature et ses merveilles, d’imaginer la survie de deux hommes en terres hostiles, celles des indigènes, celles des pêcheurs. Amen et Hallelujah. Pas de rédemption possible. Ni même de temps mort. Je pense à tous ces gamins qui rêvent de devenir scientifiques, je pense à tous ces pasteurs qui découvrent la vie de débauche de ces concitoyens – moi, la débauche et la science en blouse blanche, ça me plait bien.

« Elle était la plus belle femme que Dieu eût jamais façonnée, avec une peau couleur chocolat et des lèvres suaves comme un sirop d’érable. »

Tabarnak, j’ai dû m’égarer dans la forêt. Je savais qu’il fallait tourner à gauche au lieu de prendre à droite à la sortie de Détroit. Mais obnubilé par ce corps, mes yeux ne voyaient plus, me laissant guider par mon cœur plutôt que par ma boussole. J’aurais dû regarder les étoiles et suivre leur cheminement entre les dédales des séquoias géants. Et surtout, j’aurais dû me méfier lorsque je suis rentré dans ce bar et que la serveuse m’a apporté une Eau Bénite au lieu d’une Duff. Amen et Tabarnak. J’ai plus de sirop d’érable. Avec quoi, je vais badigeonner son corps quand je l’aurais retrouvé, cette déesse indienne.

Bon, le temps de récupérer ma route en regardant la mousse sur les arbres et retrouver le bon chemin pour cette aventure, ces expéditions signées Karl Iagnemmadoctorat en génie mécanique, auteur de plusieurs publications scientifiques dans le domaine de la robotique et de récits sur les relations homme-robot -, avec ses histoires d’amour et de vengeance, ses histoires de pêches et de péchés, ses rendez-vous avec le mal, l’ambition et la femme. Une aventure scientifique où le danger vient de chaque coin sombre de la rue, de la forêt et de la vie. Et si tu tiens à ton scalp, n’hésites pas à embarquer sur ton canoë, une carabine chargée.

Tu te promèneras nu dans la forêt, tu prieras pour ton prochain ou tu cracheras sur sa tombe, tu te sentiras abandonné, par Dieu, par ton père, par ta foi, par cette femme aux gros seins, mais tu as un rêve. Trouver l’espèce rare – et je ne parle pas d’une femme aux charmes indéniables -, cet oiseau que personne ne connait, cette plante que personne n’a croqué. Et peu importe le risque encouru, les épreuves avalées. Car la gloire est dans la renommée de la découverte, être le premier et même si pour cela tu dois perdre ton pucelage. Car l’amour ne prévient pas non plus. Et l’œil est toujours attiré par ces beautés inconnues, femmes ou sporophores, sur des terres encore vierges et sauvages.

« Où que se portât mon regard, je ne distinguais que périls et obstacles. Je me voyais au milieu d’une immensité sauvage, nu et solitaire, cerné par les bêtes féroces et des hommes encore plus redoutables. A ce moment-là, en dépit de ces pénibles considérations, mon œil fut irrésistiblement captivé par l’extraordinaire beauté des sporophores d’une jeune mousse. »

« Les Expéditions », naturalisme de l’âme.

14 commentaires
  1. 11 novembre 2014 , 2 h 36 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Tabarnak! Mais voyons Bibison, la blouse blanche est aux scientifiques ce que la canisse de sirop d’érable est à l’aventurier qui part dans ces contrées lointaines d’un monde peu civilisé! Pffff…. Pardonnez-lui, car il ne savait pas…

    Voici donc une petite trousse (je n’ai pas dit petite « rousse » non non!) de survie à ton intention :

    -Sirop d’érable en quantité plus que suffisante pour attirer ta déesse en rut et l’asperger de bonheur.
    -Chasse-bibittes, en aérosol ou liquide.
    -BDC, TP, FDM, DDD, M et une caisse d’EB, surtout si le débauché pasteur Stone voyage avec toi.
    -Une boussole, plus utile que le cœur en mode survie.
    -Couteaux, allumettes, scie, hache, bla bla bla… et la liste est encore longue.
    -Amener Phil avec toi, il s’y connaît en sporophores des jeunes mousses.

    Tabarnak! Une expédition d’aventure vers l’Ouest sauvage, un roman nature pour naturalisme de l’âme, avec des rêves pleins les yeux. J’aime déjà ce livre!

    • 11 novembre 2014 , 14 h 45 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tabarnak, si j’dois amener l’ami Phil, il faut au moins deux caisses d’EB… Mais, cela vaudrait le coup, incollable sur les sporophores et les blouses blanches.

    • 13 novembre 2014 , 18 h 37 min - phil prend la parole ( permalien )

      et pourquoi 2 d’abord ???
      et si on se promène nu avec Bibison, là j’ai un peu peur …

    • 13 novembre 2014 , 20 h 48 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      J’ai un peu peur aussi, il va nous foutre des poils partout!

  2. 11 novembre 2014 , 8 h 26 min - Ribambelle prend la parole ( permalien )

    OH là camarade ! Merci pour ce billet tentant. Je note le titre pour le lire. Merci :-)

    • 11 novembre 2014 , 14 h 46 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Attention, le révérend Stone te dirait que la tentation est un grave péché…

  3. 11 novembre 2014 , 9 h 02 min - manU prend la parole ( permalien )

    Telle une gracile libellule, je file me promener nu dans la forêt en espérant tout de même ne pas attraper de sporophores des jeunes mousses de l’ami Phi…
    :D

    • 11 novembre 2014 , 14 h 47 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      et moi, j’espère donc juste ne pas te croiser nu dans cette forêt…

    • 13 novembre 2014 , 18 h 40 min - phil prend la parole ( permalien )

      Hey mais je sais me tenir dans les bois vous savez !

      Pi j’me mettrais en mode Rambo comme ca, si vous n’êtes point cerf, je ne vous embêterai pas !

  4. 11 novembre 2014 , 11 h 08 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Un billet et une ambiance Bisonesque comme tu sais si bien nous offrir !

    Tu es loin de mon vert pâturage mais Tabarnak que ta plaine me tente!

    Aventure, Frissons, Amour et Drame… comment peut on résister ?

    La plus grande, la plus belle et la plus périlleuse expédition n’est elle pas celle qui nous conduit à notre for intérieur ?

    Une très belle photo Bibison

    • 11 novembre 2014 , 14 h 49 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tu es loin de mon vert pâturage mais Tabarnak que ta plaine me tente!

      Tabarnak, tu veux dire que tu n’as pas de sirop d’érable chez toi ?

  5. 12 novembre 2014 , 21 h 14 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Ok, j’ai compris que Dieu avait des gros seins… c’est bien ça ?

    Puisque ce sont les soldes et qu’avec ce roman on obtenait une photo de toi à poils, je m’en vais de ce pas l’acheter, m’en fiche s’il est tard, pour une image de toi nu sous ta pelisse, qu’est-ce qu’on ne ferait pas ? :D

    • 12 novembre 2014 , 22 h 08 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      une belle bête complètement à poils !

  6. 15 novembre 2014 , 21 h 02 min - BMR prend la parole ( permalien )

    Tentant, le voyage en cet étrange pays où [je cite le Bison] : où l’on peut regarder la mousse sur les arbres !
    Ah mais si « la mousse » coulait des arbres, que deviendrait les taverniers !

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