Un Froid d’enfer [Joe R. Lansdale]

Par le Bison le 13 octobre 2014

D’une certaine façon je le comprends parfaitement ce Bill. Un bon gars, dans le genre brave et humain, même s’il n’apparait pas très futé. Et puis, il ne va pas rester assis sur la terrasse de sa cabane toute la vie, et ce n’est pas sa pauvre mère en phase de liquéfaction dans des sacs poubelles qui pourra dire le contraire. Cette chienne qui a une signature improbable et qui empêche même son pauvre fiston de toucher les chèques de pension à sa place.

Alors, oui, je le comprends, du moins j’envisage avec lui les meilleures possibilités pour tirer sa vie vers le haut. Et s’il veut braquer le magasin de pétards en face de lui, je suis prêt à le soutenir dans cette initiative. Surtout lorsqu’il s’entoure de deux gars du cru, encore moins finauds que lui, mais là c’est la mentalité de l’East Texas qui le veut, et que le simple braquage d’un magasin de pétard à la veille du 4 juillet, d’une facilité aussi déconcertante que le plan échafaudé, ne se déroule pas de la manière voulue.

Bref, cela ne tourne pas comme je pouvais l’imaginer. Bill non plus. Je te passe les détails, mais il se retrouve seul dans un marécage, bouffé par les moustiques ou les serpents – où est la différence – l’œil hagard et l’esprit crevé. Brûlé par le soleil texan, son réveil relève plus du cauchemar que de la vie. Des caravanes et des aliens. Pire des monstres. Pire des Freaks. Dans un cirque en plus, avec manège, homme congelé, et bébés dans du formol.

« Je suis kidnappé par des aliens… pensa-t-il. Et je vais me retrouver sur une table d’opération avec des pinces à salade pour m’écarter les fesses et un doigt d’extraterrestre, froid et humide, planté dans le fion…

Quand on entend parler de ces enlèvements par des êtres venus d’ailleurs, le trou du cul est toujours, en effet, une cible prioritaire. Et puis ils aiment branler leurs prisonniers pour leur tirer du sperme. Bill se dit qu’il préfèrerait encore ça au doigt dans le cul. Ça pourrait même le relaxer, d’une certaine façon. »

Joe R. Lansdale, auteur culte parmi les amis du polar, signe ici une nouvelle aventure sans ses héros récurrents Hap Collins et Leonard Pine. De l’East Texas, je découvre ses moustiques, ses marais infestés de crocodiles, ses dégénérés et ses monstres. Mais les monstres sont souvent moins dégénérés qu’ils n’y paraissent. Même plus humains que les hommes « normaux ». Peut-être parce que leurs difformités les ont confrontés à la cruauté et au rejet des autres dès leur plus jeune âge et que l’abandon fait partie de leur vie. Parce que la force même de ce « froid d’enfer » est de distiller au milieu de scènes caustiques, cyniques et racistes des messages d’amour, de solidarité et de toute beauté. Oui, certaines personnes sont belles à l’intérieur comme cette blonde, Gidget, avec des nibards comme des pastèques et un cul qu’on aimerait bien rentrer dedans. Putain, quelle nana ! Elle a tout pour que j’en tombe amoureux. Mais que fait-elle donc avec ce type à trois mains. Et ce nègre qui a deux têtes. Est-ce que le type qui se prend pour un chien baise en levrette ? La femme à barbe,elle se fait sauter aussi ? Par l’homme-chien ? Et le nègre à deux têtes a-t-il aussi deux bites ? Tu trouveras effectivement de nombreuses réponses à toutes ces questions qui te turlupinent tant.

« La sueur coula dans ses yeux tandis qu’il continuait de la besogner. Il la prit par les cheveux et elle cria. Il lui tira la tête en arrière, embrassa son cou et sentit son sang battre contre ses lèvres. Il tartina de moutarde tout le devant de son corps.

- Je ne tiens plus ! grogna-t-il. Nom de Dieu… Je vais craquer !

- Maintenant ?

- Oh, Seigneur !

- C’est bon, mon chou, crache ta purée.

Il déchira sa culotte et la jeta sur le plancher, puis il lui donna un grand coup de rein – et à la seconde même où il allait éjaculer, Gidget se dégagea, se laissa tomber contre le flanc du congélo, se retourna et l’aspira dans sa bouche. Il explosa. »

Aaaaahhhh, Gidgettttttt….

« Un froid d’enfer », le freak c’est chic.

Challenge Thriller et Polars chez Canel.

11 commentaires
  1. 13 octobre 2014 , 22 h 50 min - manU prend la parole ( permalien )

    Tout ce romantisme avant d’aller dormir, ça réchauffe le coeur… :D

    Impossible de ne pas penser au film de Tod Browning, Freaks, que j’adore, le côté dégénéré de l’East Texas en plus.
    Je sens qu’il pourrait bien me plaire ce bouquin… ;)

    • 14 octobre 2014 , 20 h 33 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      « Tout ce romantisme avant d’aller dormir, ça réchauffe le cœur… »

      C’est bien un langage de mÂle ça !!! Tsssss

    • 15 octobre 2014 , 13 h 47 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Elle est si romantique, Gidget…

  2. 14 octobre 2014 , 8 h 01 min - Ribambelle prend la parole ( permalien )

    Oh la chanson inoubliable sur laquelle nous nous sommes déhanchés :-)
    ça me met de bonne humeur de bon matin. Bon, je ne suis jamais grognon.
    J’attends toujours que le lecteur de la médiathèque me libère l’autre roman de cet auteur dont tu as parlé dans un billet précédent.

  3. 14 octobre 2014 , 9 h 38 min - Belette2911 prend la parole ( permalien )

    Et bien, après avoir lâché la purée et avoir explosé, on a dû retrouver des morceaux de couilles un peu partout, non ??? :P

    Un titre que je ne connaissais pas de mon ami Lansdale… mais je reconnais bien son style, sa manière poétique et romantique de parler de l’acte de chair… :lol:

    Rochefort… une bonne bière !! ;)

    • 15 octobre 2014 , 13 h 49 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Rochefort… une bonne bière !!

      Comment ça, une bonne bière…
      LA MEILLEURE BIÈRE !!

  4. 14 octobre 2014 , 15 h 47 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Ce Lansdale commence à m’intriguer fortement. Si j’avais à lire un premier roman de l’auteur, par lequel commencer? Ces mots-là sont venus m’en convaincre :

    « La force même de ce « froid d’enfer » est de distiller au milieu de scènes caustiques, cyniques et racistes des messages d’amour, de solidarité et de toute beauté ». Ces contrastes entre humour et sensibilité, ou plutôt user d’humour pour venir panser les horreurs de la vie, injustices ou autres, m’interpellent énormément. Un auteur plein d’humanité, il me semble…

    Autrement…….

    Il s’en passe des choses au Texas dernièrement! T’as déjà remplacé Florida par Didget??? Pffffffff

    Côté romantisme, en effet, difficile de faire plus fort! Quant à la tartinade à la moutarde, eh ben…. Il en faut pour tous les goûts j’imagine….

    Belette : des morceaux de couilles un peu partout??? Ptdrrrrrrrrrrrrrrrrrr

    Yeah! Le freak chez chic! Quelle classe ce post!!!

    • 15 octobre 2014 , 14 h 20 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un auteur plein d’humanité, il me semble…

      Heu, tu parles bien de Lansdale… Bien sur.

      T’as déjà remplacé Florida par Didget???

      C’est mon côté romantique qui prend le dessus…

      Quant à la tartinade à la moutarde, eh ben…. Il en faut pour tous les goûts

      Dans certaines lointaines contrées, c’est un badigeonnage au sirop d’érable !

  5. 14 octobre 2014 , 20 h 50 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Quand j’aurai lu tous mes livres en retard c’est sur que j’irai à la rencontre de Lansdale, Hape et Léonard, depuis le temps que j’en entends parler !

    Une blonde et des seins comme des pastèques ??!!!!!!!!
    Ben j’ai aucune chance … lolll ;-)

    Et alors il a 2 bites l’homme à 2 têtes, tu vas pas nous laisser en suspend comme ça ???? rohhhhhhh

    Le freak c’est chic FREAK OUT !!! J’adore surtout la guitare basse et ce n’est pas Stanley Clark !

    Et Toc ;-)

    • 15 octobre 2014 , 14 h 26 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Une blonde et des seins comme des pastèques ??!!!!!!!!
      Ben j’ai aucune chance … lolll

      Ben, c’est bien dommage !

      Et alors il a 2 bites l’homme à 2 têtes

      Voilà, je parle de différence et de normalité, d’humanité et de solidarité. Et toi, tu ne retiens qu’une seule chose. C’est bien, les femmes, ça. Aucun romantisme !

      Le freak c’est chic FREAK OUT !!! J’adore surtout la guitare basse et ce n’est pas Stanley Clark !

      Tu peux me dire le nom du bassiste de Chic ?
      Non…
      Alors, Stanley Clarke, c’est quand même autre chose !
      T’y viendras un jour… ou pas ;)

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