L’Arbre à Bouteilles [Joe R. Lansdale]

Par le Bison le 10 octobre 2014

« Je suis le seul Noir des forces de police du coin, et ils ne sont pas venus me chercher, j’vous assure. Chaque fois que Calhoun Jr. m’aperçoit, il a des aigreurs d’estomac et il débande. Un nègre avec un flingue à côté de son cul, ça le rend nerveux. Ça lui fait rêver de cagoules blanches et de croix en flammes. Pire, je suis un vieux nègre urbain, un bamboula du béton et des néons. Et pour couronner le tout, je bosse là depuis près de dix ans et je suis pas monté en grade. Et attendez la meilleur – je suis un bon flic. »

Je me réveille ce matin à Laborde, Texas. Pour ceux qui ne savent pas où se situe Laborde, tu dessines un point sur la carte côté Est, et voilà tu y es : le trou du cul du Texas. Un soleil qui inonde ma chemise de sueur, des putains de moustiques qui foncent dare-dare sur mon cou comme des kamikazes à bord de leurs zéros, Hap et Léonard. Un mot sur ces deux-là : Hap Collins, blanc et démocrate. Leonard Pine, noir et pédé. Oncle Chester mort laisse à son neveu Leonard, quelques dollars et une vieille baraque. C’est là que les ennuis commencent, ou que l’aventure prend son essor sous le soleil plombant d’une terre balayée par un vent chaud et une haine brûlante.

Quelle belle résidence de paumé avec vue sur la crack-house voisine où la drogue et les mineurs circulent en toute impunité. Ne vas pas dire aux flics qu’ils ne font rien, ils seraient capables de te coffrer pour trouble à l’ordre public. Alors pendant que tu retapes tapisseries et planchers, gardes un œil toujours ouverts sur ces noirs et drogués. Envie d’une cagoule blanche ? Humour de mauvais goût, mais ici, certaines traditions blanches perdurent encore dans les esprits. Ce qui explique que si t’as pas la bonne couleur dans le bon quartier, tu ne feras pas long feu. Shot shot bang bang kiss kiss.

« … et quand un visage pâle m’invite quelque part, j’peux pas m’empêcher de penser qu’il se dit : « Cette salope noire serait ravie de sortir avec moi. Je suis blanc. et donc je peux me faire sans problème son cul de négresse. » Et une fois que c’est fini, missié peut retourner à ses affaires et sortir avec une Blanche, une fille respectable.

- Eh bien, pour être honnête, je pensais en effet au paragraphe « me-faire-sans-problème-son-cul » de votre discours. »

Mais ces quelques éléments ne suffisent pas à faire un bon roman. Il faut en plus, une nana super bien roulée, avec des nichons aussi gros que des melons charentais, et un cul aussi bandant qu’il donnerait envie de le baiser sur le capot de mon pick-up. Et figures-toi que cette nana est bien présente en la personne de Florida, avocate de Léonard et magnifiquement roulée. Je suis certain de bien m’entendre avec elle, même si elle baise avec Hap, je sens qu’il y a moyen, même si je suis aussi blanc que Hap. Parce que j’en ai aussi une plus grosse. (si,si !). En attendant, au lieu de fantasmer sur son corps chocolaté, passes-moi le marteau et les clous, y’a des planches qui grincent.

« - […] On sort ensemble, on en est là ?
- Exact, on sort ensemble. On baise, aussi. Mais ça ne suffit pas toujours.
- Moi, je pensais qu’on faisait l’amour.
- Hap, je t’en prie. Ne deviens pas technique.
- « Baiser », c’est technique. « Faire l’amour » ressemble au cours d’une rivière. A un nuage dans le ciel.
- Bon sang, où est-ce que tu vas chercher ces conneries ?
- J’crois que c’est le moine qui dit ça à Grasshoper dans Kung Fu. T’as jamais vu cette série télé ? David Carradine ne connaissait pas un pet aux arts martiaux. »

Je retire justement cette planche qui craque et tombe sur cette planque d’Oncle Chester. Un squelette d’enfant, des bons de réductions et quelques magazines pornographiques à caractère pédophile. Sacré Chester. Sacré connard. Et pourtant si tout l’accuse, les doutes restent permis. C’est Oncle Chester, quand même. Et même si il a coupé les ponts avec Leo depuis qu’il a découvert son homosexualité. Et enquêter sur cette affaire risque de déterrer encore plus de squelettes de gosses. Mais qui pourrait le faire, alors que depuis plus d’une dizaine années les autorités policières blanches se foutent royalement de la disparition de dizaines de gamins noirs.

Dans le genre glauque, tu réciteras un Psaume, tu te branleras sur la photo d’un p’tit noir nu, avant d’aller bouffer la chatte d’une noire bien chaudasse. Autant dire, que tout est bon dans ce roman qui mêle sexe et spiritualité. Et si tu veux te battre pour aider Hap et Leonard dans leurs premières « enquêtes » signées Joe R. Lansdale, enfiles tes gants de boxe. Prêt à cogner – bon c’est moins pratique pour tourner les pages ou se branler. Mais j’ai donc là, un bon roman noir, du terroir du Texas, et deux nouveaux compagnons de route avec qui cogner – seul problème de taille, une soirée chez eux se passe au coca même pas light. Peut-être le début de rencontres récurrentes avec ces deux texans, l’un blanc et démocrate, l’autre noir et pédé… Qui est le plus chanceux des deux ? En attendant, Florida ou une autre, je me sers un double Maker’s Mark, bourbon from Kentucky. C’est bien meilleur qu’un soda avec bulles.

« Je remarquai alors quelque chose qui dépassait des magazines pornos, une feuille plus petite qui ne semblait pas en faire partie. Je la tirai. C’était une page de la Bible. Les Psaumes. J’examinai les autres revues : chacune en contenait une.
- Ca c’est trop ! s’exclama Leonard. Tu lis un passage des Psaumes, tu te branles avec des trucs pédophiles, puis tu lis d’autres Psaumes. Foutu cocktail ! »

manU, prend un enfant par la main et évoque ses souvenirs musicaux : « Oubliez le « home sweet home » du légendaire « american way of life », elle ne tient que « par un grand miracle et deux piquets tous droits » comme dirait Yves Duteil ! »

la Belette qui aime nager toute nue et toute mouillée en plein polar noir, elle « accroche » à Lansdale, avec son style d’écriture mêlant l’humour cynique, l’humour tout court et des phases plus « sobres », vous fait passer le tout comme une lettre à la poste.

« – [...] et puis y a aussi l’homosexualité de Leonard.
Hiram se tut un instant, puis :
- Ah bon ? Il est pédé ?
- C’est pas le terme qu’il préfère.
- Attends, j’veux rien insinuer en employant ce mot… Du moins, j’crois. Toi aussi, t’es pédé ?
- Non. Je suis démocrate quand ils ont de bons candidats… »

« L’arbre à bouteilles », il est des nôtres, il a baisé des p’tits comme les autres.

Challenge Thriller et Polars chez Canel.

20 commentaires
  1. 10 octobre 2014 , 23 h 29 min - manU prend la parole ( permalien )

    Quel billet !

    • 11 octobre 2014 , 12 h 18 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’t'aurais bien offert un bourbon en échange, mais tu vas me dire que tu te sens proche de Hap à préférer une bouteille de coke.

  2. 11 octobre 2014 , 8 h 31 min - Ribambelle prend la parole ( permalien )

    Ton billet me donne envie de le lire.
    J’ai pourtant bon nombres de titres en attente et m’étais promis de ne rien acheter ou réserver avant d’avoir tout éclusé. Comme je suis une faible femme, j’ai acheté un livre hier à la librairie. Et là, paf ! Je tombe de bon matin sur ton message. Je ne voulais pas l’acheter donc je me suis dit que j’allais le prendre à la médiathèque : coup de chance ; ils ne l’ont pas dans celle où je vais. J’aurais dû m’arrêter là mais comme je suis faible, je suis allée sur le site d’échanges de livres où je suis inscrite et là, aucun échappatoire, il était proposé. Je l’ai donc pris. ça ne m’a coûté que deux points (et comme ça n’est pas les points du permis pour lesquels je ne suis de toutes façons pas concernée car mon permis date), je suis « sauvée ».

    • 11 octobre 2014 , 12 h 20 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Quelle histoire !
      Je ne sais pas si ton âme sera « sauvée » par cette histoire, mais autant commencer par la première enquête de Hap et Leo…

  3. 11 octobre 2014 , 11 h 09 min - phil prend la parole ( permalien )

    et se branler dans un gant de boxe en feuilletant le livre tu n’as pas essaye ???

    • 11 octobre 2014 , 12 h 21 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      pas encore… Je combats à main nu et ne trouve plus mes gants de boxe…

  4. 11 octobre 2014 , 14 h 20 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Et il nous rend hommage en passant ! :oops:

    Un super roman, peuplé de scènes de cul, de gros nichons et de bites en folie ! J’adore les deux personnages, ils me font trop rire.

    Le coupable, je l’avais vu venir ;)

    • 11 octobre 2014 , 14 h 58 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un super roman, peuplé de scènes de cul, de gros nichons et de bites en folie !

      A se demander comment un tel roman pouvait pénétrer l’intimité de mon ranch.

    • 11 octobre 2014 , 17 h 13 min - phil prend la parole ( permalien )

      bites bites hourra !!!

  5. 11 octobre 2014 , 23 h 47 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Le billet de manU me donnait déjà sacrément envie et voilà que tu en remets une couche !!! Vous avez finis tous les deux oui ! Et Belette qui insiste …

    Rohhh ben il me le faut vraiment maintenant !

    ET si moi je prends un Coke Bourbon, c’est Bon ? Je serai l’ami de qui ?

    ;-)

  6. 12 octobre 2014 , 0 h 19 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Si je comprends bien, Bison attend Florida dans un trou du cul du Texas. Pendant ce temps-là, manU écoute Yves Duteil pas trop loin d’un crack house et Belette nage toute nue dans une atmosphère politiquement non correcte. C’est clairement un livre à lire!!! Super vos critiques qui finissent par me dire que ce Lansdale en vaut vraiment la peine…

    (clin d’oeil pour Belette : « nage nue et toute mouillée, tu t’prendras d’la pisse plein le nez! », ne cherchez pas à comprendre, vous ne comprendrez pas!) mdrrrrr

    • 12 octobre 2014 , 20 h 15 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      ce Landsale en vaut la peine. Avec ou sans Hap et Leonard… Heureusement que tu n’as pas dit que le Bison attendait le trou du cul de Florida au Texas…

    • 13 octobre 2014 , 13 h 07 min - Belette2911 prend la parole ( permalien )

      Nadine,

      En effet, ils ne vont rien comprendre du tout, sauf s’ils se mettent tous à pisser contre le vent…

      Donc, en Florida, le Bison explore de trou du cul de Texas !! Avec Leonard… ben mon cochon !!

      Un Jack’s pour faire passer tout ça… :lol:

    • 13 octobre 2014 , 13 h 24 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je laisse Leonard de coté, prends le Jack’s et explore le trou du cul de Florida au Texas, ou ailleurs, d’ailleurs. Voilà une histoire qui me plait bien et dont je suis friand !

    • 14 octobre 2014 , 15 h 53 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      Trou du cul de l’un ou de l’autre, dans l’un ou dans l’autre, vive ou versa, en tout cas, doivent avoir le cul qui échauffé!

  7. 12 octobre 2014 , 9 h 36 min - Princécranoir prend la parole ( permalien )

    On sort la pompe à chaleur ! Bon cinéphile, je ne connais de Lansdale que ses travaux pour Coscarelli, à base de bandelettes, de sosie d’Elvis (is not dead !), d’incidents sur les routes isolées de l’Oregon. Me reste à partir en quête de cet « arbre à bouteilles ».

    • 12 octobre 2014 , 20 h 18 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ne connaissant pas les travaux de Coscarelli, je ne peux juger d’Elvis Bubba. Pur phantasm, même, de croire Elvis perdu sur une route de l’Oregon

  8. 12 octobre 2014 , 14 h 42 min - Asphodèle prend la parole ( permalien )

    Ha bah voilà, je cherchais depuis ce matin le titre de Landsdale que j’avais lu (il y a fort longtemps) et j’avoue ne pas en garder un souvenir impérissable, faut dire que je n’étais pas très « roman noir » à cette époque, c’était des romans-kleenex pour moi, aussitôt consommés, aussitôt oubliés… Je me re-pencherai dessus à l’occasion rien que pour voir notre Belette nager nue je ne sais où !!! Avec sa taille de girafe et ses longues pattes, elle peut traverser l’Hudson en deux brasses !!! :lol:

    • 12 octobre 2014 , 20 h 20 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Une taille de girafe et de longues jambes ? Elle vaudrait donc le coup d’œil, surtout nue ?! Tu as des photos de sa traversée à poil de l’Hudson ?

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