GRIS-gris [Dr. John]

Par le Bison le 3 octobre 2014

Catégorie : 5 étoiles, Folk & Indie

The Night Tripper…

Ils m’appellent Dr John, le voyageur de la nuit. Un sachet de mojo à la main, revenant d’un voyage dans le bayou, je suis le dernier des hommes gris-gris.

Album culte de Dr John. Son premier. Son meilleur peut-être. 46 ans et à peine une ride, ce Dr John vieillit aussi bien qu’un grand cru ou qu’une belle femme. Plus qu’une musique, il te prend par son ambiance. Les yeux dans le bayou, l’âme dans le blues. Il démarre par ce Gumbo Ya Ya, blues si lancinant qu’il en devient psychédélique, si incantatoire que tu vois le sang giclé des poulets, que les plumes volent au-dessus de ta tête, et que tu te retrouves hypnotisé comme une hallucinante séance de vaudou. Hou Hou.

Parce que ne t’y trompes pas. Dr John t’amène dans les coins sombres de la Nouvelle-Orléans, là où les pratiques spirituelles te conduisent irrémédiablement à une transe frénétique. Parce qu’il n’est plus question que de blues. Au parfum de Mama Roux, l’air se remplit d’épices cajuns, un peu de jazz, un soupçon d’Afrique et de Caraïbes, un combo multiracial qui donne un rhythm’n’blues de Louisiane, entre fraicheur et moiteur. Le corps en sueur, l’esprit en perdition. Rythmes cardiaques au point mort, ils diminuent, diminuent jusqu’à ce que l’esprit s’envole de ses propres ailes rejoindre l’âme des musiciens du coin, morts d’un coup de machette, morts d’un empoisonnement, mélange de tétrodoxine et de saponine.

Magie blanche pour musique noire. Le blues du blanc Dr John sort de la lumière pour pénétrer l’obscurité des recoins du bayou. Une patte de lapin en poche, tu approches tes lèvres de ce tord-boyau qui brûle l’estomac. De sombres danseuses noires au nombril apparent remuent dans les volutes hallucinogènes, ces mulâtresses à la peau si sombre qui brillent dans le noir et qui aspirent les parcelles d’âme pure encore ancrée en toi. Jusqu’à ce que tu étouffes, respiration bloquée. Walk on Walk on. Une poupée plantée d’aiguilles à terre, paralysie, les jambes te dérobent et tu t’allonges dans le caniveau. Pour ne plus te réveiller. Gris-Gris, un album mortel.

Je crois que parfois, il nous est donné de regarder au fond des yeux d’un homme – un homme qui, un instant plus tôt, nous semblait parfaitement normal – et de voir jusqu’au plus profond de l’enfer.

James Lee Burke.

« Gris-Gris » [1968], hallucinations dans le bayou.

15 commentaires
  1. 3 octobre 2014 , 23 h 11 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Plus qu’un voyage musical, c’est un retour en Louisiane que je viens de vivre avec Walk On Guilded Splinters, celle qui m’a le plus ramenée au pays des bayous, des hallucinogènes et des crocos. On y passe une seule fois dans sa vie, mais on ne l’oublie jamais. Les bars de blues ferment à 6 heures du matin, d’ici là, tu as eu le temps de t’enivrer l’âme du meilleur blues, de danser dans les rues en fermant les yeux et en te faisant croire que tu sais chanter toi aussi. Tu chantes avec celui qui t’accompagne, parce que quand t’es une femme et que tu aimes la vie et que tu y tiens, tu ne t’aventures pas là-bas toute seule. Il s’en passe de toutes les couleurs, c’est assez hallucinant, c’est magique, c’est divin, jubilatoire. Tu viens de me faire vivre de grands et beaux souvenirs…

    • 4 octobre 2014 , 15 h 06 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Les bars de blues ferment à 6 heures du matin, d’ici là, tu as eu le temps de t’enivrer l’âme

      Ça ressemble à un coin de Paradis…
      Et après tu dors dans le caniveau en espérant qu’un croco passe son chemin en reniflant la puanteur qui se dégage de ta sueur moite d’un été louisianais.

      Il s’en passe de toutes les couleurs, c’est assez hallucinant, c’est magique, c’est divin, jubilatoire.

      Waouh, tu as du abusé de substances divines… Ou du majeur de celui qui t’accompagne…

  2. 4 octobre 2014 , 7 h 50 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Des grandes plaines de l’Ouest aux bayous de Louisiane, je reconnais bien là le Bison, un Voodoo child, un Hoochie coochie man. Bon dimanche, respire, car là bas c’est chaleur, moiteur, torpeur… et soiffeur (terme non homologue mais explicite) :)

    • 4 octobre 2014 , 15 h 00 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      La soiffeur de la Louisiane, phénomène bien connu des autochtones surtout vers 6h du mat’ quand le bayou se couche et que les crocos se lèvent…

  3. 4 octobre 2014 , 8 h 15 min - manU prend la parole ( permalien )

    Je ne connaissais pas du tout et en écoutant je réalise que ça ne me m’a pas manqué… :D

    Ceci dit, la Louisiane est une terre qui me tente énormément…

    Tout ça me rappelle « Ouragan » de Laurent Gaudé, tellement magnifique que je n’en ai jamais fait le billet…

    • 4 octobre 2014 , 14 h 55 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Et tu comptes t’y mettre quand ? Moi, je veux un billet sur « Ouragan »… Alors laisse tomber ta bouteille de Pineau, et mets-toi au taf ! Sinon, gare à la malédiction qui te vaudouisera…

    • 4 octobre 2014 , 17 h 04 min - phil prend la parole ( permalien )

      oui « comme un ouragan ……. tralala la leeeeerreeeee »
      Stéphanie de Monaco

      ok je sors !

  4. 4 octobre 2014 , 9 h 37 min - Ribambelle prend la parole ( permalien )

    Je ne connaissais pas du tout et j’aime plutôt vraiment bien (hormis le troisième morceau que je n’aime pas ; les autres me plaisent beaucoup). Pourtant la couv. n’est pas engageante.
    Merci de cette belle découverte. Il faut dire qu’il s’agit d’une belle année : à l’époque où il hallucinait, je naissais :-)

    • 4 octobre 2014 , 14 h 58 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pourtant la couv. n’est pas engageante.

      Une couv’ comme ça, je l’achète de suite. Ne peut être que de bon augure…

      une belle année

      Une préférence pour 69, mais 68 peut aussi être une grande année.

    • 4 octobre 2014 , 17 h 05 min - phil prend la parole ( permalien )

      a un pouce de la vérité !

  5. 4 octobre 2014 , 18 h 51 min - Ribambelle prend la parole ( permalien )

    On peut remercier Phil. Je n’avais pas fait attention à son billet mais maintenant j’ai la chanson de la monégasque dans la tête. Merci qui ? Merci Phil :-)
    Je vais tâcher de dénicher une bonne comptine pour enfants pour effacer l’autre chanson de mon cerveau.

    • 4 octobre 2014 , 19 h 23 min - phil prend la parole ( permalien )

      oups !!!
      je repasse par là …
      suis vraiment désolé !

      ok je ressors !

      bon WE à tous quand même

  6. 5 octobre 2014 , 20 h 19 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Ton billet m’a fait penser que j’avais un vieil album de Dr John mais franchement je n’ai du l’écouter qu’une ou deux fois pour faire connaissance et puis NON Dr John ne m’a pas accroché plus que ça !

    J’avoue que ton billet me donne envie de ressortir cette vieille compil et voir si je ne suis pas passée à côté d’un bon blues.

    Bon ok au « Chicken Ranch », avec une *brune voir deux pour te mettre dans l’ambiance et en bonne cie ça doit le faire…
    Mais franchement Dr John seule à la maison ….. euhhhhh….. NAN !!

    Lexique :

    * Bière…. hé oh ;-)

    • 5 octobre 2014 , 21 h 57 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Dr John ne m’a pas accroché plus que ça !

      Je ne connais au final pas grand chose de Dr John. Une grande discographie et pas sur que j’accroche à tout, non plus. Mais ce Gris-Gris, c’est plus qu’un disque, c’est un voyage dans le bayou, c’est plus qu’une musique, c’est un esprit, une âme qui flotte au-dessus de ton verre.

      avec une *brune voir deux pour te mettre dans l’ambiance

      Oh oui, là je crois que ça va le faire ! Terriblement envoutante ces deux brunes…

      * Bière…. hé oh

      Oh non, là tu casses d’un coup mon fantasme. Je ne te raconte pas les images qui ont passé dans ma tête pendant quelques secondes…

  7. 6 octobre 2014 , 4 h 16 min - Théa prend la parole ( permalien )

    Je ne peux pas écouter sur tablette … Normal ? Bon on verra demain, dormez bien !

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