Autoportrait de l’auteur en coureur de fond [Haruki Murakami]

Par le Bison le 21 août 2014

Catégorie : 4 étoiles, Asie

Chaussé de mes running Adidas pour qui je ne ferais pas de publicité tant elles me font mal aux sabots, produit purement marketing de haute technologie, je peux commencer la lecture de ce livre de Murakami, Haruki. Un autoportrait de l’écrivain vu à travers sa passion pour la course à pied. D’ailleurs en préambule, l’auteur se demande bien à qui peut s’adresser un tel objet « littéraire ». Au fan de l’auteur, certes ? Au passionné amateur de la course à pied, sûrement ? Au buveur de bière, certainement ? Tiens, je vais m’en décapsuler une. L’envie subite après l’effort. Je ne sais pas vous mais j’ai toujours cette fatale envie de boire une bière après une course – ou après l’amour, alors que mon corps est encore bouillant de tant d’efforts.

« J’ai beau boire une grande quantité d’eau, tout de suite après, j’ai terriblement soif. Ah ! comme j’aimerais une bière bien fraîche. »

Je débute ainsi cette lecture, un brin curieux, un brin envieux. Mais, au fil de ces lignes, j’en perçois tout son côté frustrant. Lui, l’amateur qui parcourt dix kilomètres quotidiennement, aussi bien les jours d’intempéries que ceux caniculaires. Dix ou vingt bornes, le pied. Si moi aussi, j’avais ce « luxe » de pouvoir le faire chaque jour. Se prendre des trombes d’eau en courant dans le sable mouillé d’Hawaï me ferait plus rêver que trembler. Torse nu, cuisses bandées, les perles d’une sueur salée dégoulinent le long de mes abdominaux… Arrête de fantasmer, belle inconnue… j’ai une âme derrière le corps esthète qui se cache sous sa fourrure de poil. Mais, heu, si je t’invite à prendre une bière bien fraiche dans ma chambre, tu me suis, mystérieuse groupie ? Et on parlera de l’imagination masculine dans ces moments-là…

« Je m’assois dans un café du village et avale goulûment une bière froide, une Amstel. Elle est agréable, mais pas aussi délicieuse que la bière de mon imagination, quand je courais. Rien dans le monde réel n’est aussi beau que les illusions d’un homme sur le point de perdre conscience. »

Haruki se confie à sa manière, à travers ses entraînements, ses objectifs, son hygiène de vie. Abandonné son club de jazz, stoppée la cigarette, il s’astreint à une nouvelle discipline, celle de chausser ses baskets tous les matins avant de s’installer devant son ordinateur pour écrire, celle de hausser ses objectifs de course – quitte à en sortir déçu voir démotivé, celle de s’accorder une bière fraîche après une course.

Mais comme l’essence même de la culture japonaise est fondée sur le bouddhisme, chaque respiration de l’auteur semble en respirer. A chaque inspiration, à chaque souffle, presque à chaque ligne. Tu ne vois pas la corrélation entre le bouddhisme et la bière fraiche ? Pourtant, je te l’assure au bout de la cinquième, j’en suis convaincu. En fait, là où je veux en venir, c’est que la course à pied peut s’assimiler, pour l’auteur, à une séance de zazen. L’esprit libéré par cette foulée court au même rythme que ses baskets. Il ne s’arrête pas, il trace sa route au rythme de la respiration et des pensées qui défilent. Est-ce pour cette raison que la course me fait également du bien. Assurément, j’en perçois aussi cette conduite. Je ne dis pas que chaque course pour moi aurait son équivalence dans un dojo zen, mais je remarque –ou du moins ne devrais-je pas y faire attention – que par moment les pensées défilent aussi vite que les nuages dans le ciel, que les gouttes de sueurs sur mes temps, et qu’elles ne s’accrochent ni à mon esprit ni à mes running. Mais, bon, j’ai encore des progrès à faire, aussi bien pour devenir bonze que pour dépasser un certain cap à mes temps de parcours – que comme chacun, je trouve trop lent par rapport aux autres, par rapport aux entrainements courus, par rapport aux bières bues.

« Les pensées qui me viennent en courant sont comme des nuages dans le ciel. Les nuages ont différentes formes, différentes tailles. Ils vont et viennent, alors que le ciel reste le même ciel de toujours. Les nuages sont de simples invités dans le ciel, qui apparaissent, s’éloignent et disparaissent. Reste le ciel. Il existe et à la fois n’existe pas. Il possède une substance et en même temps il n’en possède pas. Nous acceptons son étendue infinie, nous l’absorbons, voilà tout. »

Un livre pour qui ? Un quadragénaire qui court entre trente et quarante bornes par semaine – en fonction de ce que lui permet sa vie professionnelle et familiale. Un lecteur qui apprécie se perdre dans l’imagination de l’auteur japonais. Un homme qui aime bien boire une bière de temps en temps – ou plus souvent. Oui, un livre qui donne envie de boire une bière est ASSUREMENT un excellent livre ! Et là, le corps nu luisant encore de sueur, je me penche vers ce verre de bière pour y tremper mes lèvres. Putain, que c’est bon, que ça fait du bien !

Et aussi parce que « Lire Murakami, c’est prendre le temps de découvrir un monde intérieur extrêmement complexe.« . Je sais… C’est une belle phrase que j’aurai aimé écrire, mais elle sort de la plume de la buveuse officielle de Blanche de Chambly qui adore jouer du majeur en même temps que de la flute traversière

« J’ai envie de boire une bière glacée, tellement glacée qu’elle me brulerait. »

« Autoportrait de l’auteur en coureur de fond », avec une bière.

22 commentaires
  1. 21 août 2014 , 18 h 42 min - phil prend la parole ( permalien )

    Et une bière Bio qui prend les effluves de baskets toutes tiédasses ruinées par leur course folle pour fêter le retour du Bibison !!!

    • 21 août 2014 , 18 h 45 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est pour l’arôme. Ce gout fumé et prononcé qui sublime ton breuvage biologique. Mais ne t’en fais pas, mes effluves sont tout autant biologiques !

  2. 21 août 2014 , 19 h 06 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    « L’envie subite après l’effort ».

    Rohhhhh comment as tu pu manquer ça !!!

    « UNE MORT SUBITE » après l’effort. !!!

    C’est plus poétique pour qui connait la binouze ;)

    Joli billet Bibison, dit elle avec une Duvel à la main « Provoc et Duel ….. »

    • 21 août 2014 , 19 h 09 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est que mes pensées ne sont pas TOUTES tournées vers la bière !

    • 21 août 2014 , 19 h 21 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      dit il avec une Leffe ;)

  3. 22 août 2014 , 6 h 07 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Tu me touches avec ton Murakami… La culture japonaise a vraiment le don de m’émouvoir. J’ai du mal à l’expliquer, c’est plus un ressenti. Je l’envie, elle m’attire profondément, c’est presqu’une fascination. Peut-être est-ce ce côté zen et « pur » (?!). « Hausser ses objectifs », « se dépasser », tu le dis si bien, comme tu le fais avec tes séances de course jusqu’en haut des marches, les bras levés au ciel. L’âme japonaise est un peu tout ça à mes yeux, elle bouge, s’interroge et fonce droit devant.

    « Les pensées défilent aussi vite que les nuages dans le ciel ». Quelle image…

    En tout cas, il y a ici une belle âme qui a du chien sous son poil de bison ;-)

    • 22 août 2014 , 10 h 55 min - phil prend la parole ( permalien )

      gaffes toi a ce qu’il ne te morde pas !

    • 22 août 2014 , 14 h 22 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      je ne mords pas ! mais je remue la queue quand je suis content !

  4. 22 août 2014 , 10 h 48 min - phil prend la parole ( permalien )

    Hajime Bibison

    En tout bon japonais, Murakami fait de la course à pied, sa voie, telle un samurai la voie du bushido. Il y met ton son être dans l’instant ainsi que la persévérance, la patience, son assiduité. C’est une discipline de tous les jours, Ca en devient Zen ! Il court, il court …
    Il court pour méditer ou il médite alors il court? Car il court, il court, c’est sa méditation. Il court pour s’oublier? Pour éviter sa déchéance ???
    Mais il court, comme un samurai dégaine son katana, il court et puis voilà!
    Alors

    A vos marques

    Prêts

    Lisez !

    • 22 août 2014 , 14 h 21 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je crois que je suis meilleur dans la pratique de la course que dans celle du bushido. Par contre, dégainer mon katana, je sais le faire (si cela en vaut la peine).

      Mais au final, je crois aussi que je cours un peu pour oublier, pour m’oublier et pour éviter ma proche déchéance.

    • 22 août 2014 , 15 h 22 min - phil prend la parole ( permalien )

      Non mais je rêve là! Bisonsan dégainer son katana !

      Mais sache que le meilleur katana est celui qui reste dans sa Saya !

  5. 22 août 2014 , 19 h 52 min - Ribambelle prend la parole ( permalien )

    Je n’ai jamais rien lu de cet auteur mais comme en octobre dernier ma fille m’avait dit que j’en étais à la moitié de ma vie, j’ai encore de longues années pour m’y mettre (en espérant que mes yeux suivent)

    • 23 août 2014 , 12 h 02 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      La moitié d’une vie, c’est tout jeune, encore !

  6. 25 août 2014 , 6 h 32 min - Jack prend la parole ( permalien )

    Rien dans le monde réel n’est aussi beau que les illusions d’un homme sur le point de perdre conscience…
    Sublime…
    Je vais lire ce livre…

  7. 26 août 2014 , 21 h 45 min - manU prend la parole ( permalien )

    Quelle pointure ces Adidas ?
    Encore jamais lu Murakami, va falloir que je m’y mette.
    Quand au running, va falloir que je m’y remette…

    « Autoportrait de l’auteur en coureur de fond », avec une tisane menthe réglisse, ça marche aussi ? ;)

    • 28 août 2014 , 10 h 51 min - phil prend la parole ( permalien )

      Si je peux me permettre, tout marche avec Murakami !

    • 28 août 2014 , 15 h 42 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Si je peux me permettre, avec ce livre, tu n’auras envie de ne boire qu’une bière fraiche !

  8. 28 août 2014 , 10 h 13 min - dasola prend la parole ( permalien )

    Bonjour le Bison, voilà un livre qui m’est tombé des mains, il ne m’a pas du tout intéressé, désolé. Bonne journée.

    • 28 août 2014 , 15 h 43 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Comme l’auteur le précise assez souvent, ce livre n’intéressera pas grand monde. A part les fans de Murakami ou les passionnés de la course à pied.

  9. 19 septembre 2014 , 11 h 53 min - Chinouk prend la parole ( permalien )

    J’aime Murakami et la course à pied ce livre m’a donc bien plu. Mais ce qui m’a encore plus plu c’est lire ta chronique et avoir été prise en flague en train d’imaginer le Bison ruissellement de sueur après l »effort :)

    • 19 septembre 2014 , 16 h 36 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Sûr que ça mérite le coup d’œil… Et j’espère que tu as l’imagination fertile pour embellir la bête ;)

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