Pourpre Profond [Mayra Montero]

Par le Bison le 19 août 2014

Je crois que je suis tombé amoureux…

« Cette fille était avant tout dotée d’une fougue toute particulière. J’avais cru deviner en elle d’exceptionnelles aptitudes féminines – lorsque je dis féminine c’est plus fort que moi : je pense à une suceuse experte – et, ce qui est encore plus important, j’avais cru deviner la pointe de ses seins et j’avais immédiatement senti une espèce de picotement juste au-dessus de mon sternum : chez moi, c’est le signe que je ne vais pas tarder à tomber amoureux. »

Autant le dire d’emblée, j’ai raté ma vocation. En fait, je crois que j’aurai dû être critique de musique classique. Cela m’a aurait certainement ouvert de nouvelles perspectives. Et même si la perception de cette musique est encore une sensation étrangère, le fait de croiser des violoncellistes, des pianistes, des joueuses de pipo et même des chefs d’orchestres m’aurait particulièrement intéressé. Surtout de pouvoir les interviewer seul à seule, dans leur chambre d’hôtel, le soir après une répétition…

« Au début mon rôle avait été plutôt passif. Je m’étais contenté de me coucher sur le dos et elle avait pris mes cuisses entre ses bras, y avait enfoncé la tête et avait entrepris de me fignoler une fellation sur un rythme plutôt irrégulier : par moments frénétique et à d’autres extrêmement lent et doux, presque enfantin. Je ne vais pas nier que j’avais eu extrêmement peur lorsque je l’avais vue se mettre d’emblée à sucer mon sexe, puis à l’enfiler d’un seul coup et tout entier au fond de la gorge. J’ai lu des choses à propos de femmes un peu dérangées qui, prises tout à coup d’un certain délire, ne se gênent pas pour y planter les dents sans crier gare. »

Et là…

Là, j’ai découvert un nouveau sentiment : la sensualité de la musique classique. Après ce bouquin, je ne vais plus regarder les interprètes féminines de la même manière. Prenons un cas concret : une pianiste, brune les cheveux longs. Avant, je n’avais que des sentiments purs envers cette ravissante brune. Mais un livre, couleur « pourpre profond », et mon imagination se transforme. Et là, maintenant, j’ai envie de jouer de mon majeur avec cette chaude brunasse. Parce que crois-moi, les pianistes sont chaudes. Leurs doigts, quelle dextérité ! Et je ne t’ai pas encore parlé des solistes de flute traversière ! Aie aie aie… Quelle dextérité avec leur bouche et ces lèvres qui te mangent le sexe… Hou la la, chaud devant. J’ai envoyé mon CV à France Classique pour voir s’il ne cherchait pas un nouveau chroniqueur prêt à payer de sa personne et de son sexe pour obtenir de savoureux reportages.

« C’est comme si j’avais murmuré des paroles magiques, car sa main avait soudain semblé recouvrer la vie et commencé à me caresser. D’abord la poitrine et ensuite une de mes cuisses, pour se réfugier enfin dans mon entrejambe. Là, elle était parvenue à tout capturer : elle avait capturé ma passion qui reverdissait fermement et capturé également cette chose que l’on appelle l’instinct et qui se cache toujours dans les testicules. »

Putain, j’ai envie de dire. Quel bouquin ! à te brûler le majeur à chaque page tournée. Que de passages hilarants, d’évocations festives, de chapitres terriblement jubilatoires. Que de scènes torrides, dégueulasses, magnifiquement pornographiques. La pression monte, monte, monte sans cesse jusqu’à éjaculer de bonheur à chaque page.

« Jouer du cor, c’est comme pratiquer une fellation.

Que ce soit un homme ou une femme, je vois le musicien entourer l’instrument de ses bras, ajuster l’extrémité de ses doigts sur les pistons – le pouce de la main gauche, par exemple, qui bouge sans la moindre pudeur – et coller ses lèvres sur l’embouchure. J’observe alors l’expression de son visage, ses yeux mi-clos et ses joues gonflées et, malgré moi, une image se superpose à la première : je le vois jouer du cor, bien sûr, mais je le vois également sucer, lécher et exciter d’autres pistons bien plus rosés et singulièrement plus tièdes. »

L’heure de la retraite à sonner pour Augustín Cabán, professeur émérite et critique musical passionné. Mais avant de remballer ses affaires au journal, il propose d’écrire ses mémoires. Savoureux souvenirs d’un chroniqueur musical qui déballe tout sans tabou autour de ses rencontres. Toutes fabuleuses, toutes délicieuses, de l’amour, de l’amusement et de la perversion. Une plantureuse violoniste répétant nue devant sa fenêtre, un pianiste aux doigts prodigieux, une joueuse de cor allaitant une chauve-souris. Une ribambelle de petites histoires, drôles et charmantes, parfois tendres parfois sadiques. Un petit roman jubilatoire – que dis-je – EJACULATOIRE même. Tu passeras tous tes plaisirs en revue, de la simple fellation au fist-fucking en passant par l’ondinisme, multiple pénétrations ou sodomies. Bref, un savoureux livre de tes plaisirs presque inavoués. Bref, en un mot charmant.

« Manuela s’était redressée, penchée vers l’avant et avait pris mon sexe dans sa bouche, tout en conservant une position qui me permettait de lécher le sien à mon aise. J’avais fermement saisi ses hanches à deux mains et l’avait forcée à se coller davantage à ma bouche : son sexe se trémoussait sous mes lèvres et je la fouillais profondément jusqu’à ce que ma langue devînt douloureuse. Manuela, en revanche, accélérait ses caresses : ses lèvres allaient et venaient le long de mon sexe et je ressentais un plaisir dévastateur, la fureur du désir cliquetait soudain dans mon crâne comme une drisse cliquette contre le mât d’un voilier ; cela s’était bientôt transformé en un torrent de féroces pizzicati – dans le pur style de Béla Bartók. Ne serait-ce pas précisément cela que signifie : méditer la musique au plus profond de sa chair ? »

Et rien que pour vivre ces nombreux moments d’excitations, de plaisirs extrêmes et de bonheur intense, j’ai décidé de devenir critique musicale. Si une dame sait jouer d’un instrument ? je suis prêt à venir l’interviewer pour notre plus grand plaisir… Le numéro de ta chambre d’hôtel ? Et si après je peux ressortir quelques instants aussi obsessionnels que je viens de lire, l’orgasme de ma vie ne sera plus très loin. Plus qu’un roman érotique, il offre au lecteur un plaisir inavoué de croiser les plus grandes solistes de ce monde, de les lécher, de les pénétrer, de les BAISER ! Avec ce roman de Mayra Montero, je n’écouterai plus la musique classique de la même manière, c’est-à-dire sans érection !

« Je m’étais dit que si, par chance, j’avais un jour le privilège de me retrouver au lit avec elle et qu’elle acceptât de jouer du cor rien que pour moi, toute nue dans ses oreillers, je risquais de mourir de fureur, de désir d’éjaculer cent fois dans son sexe chaud et blond, du désir de la lécher là où l’on ne parvient que difficilement à lécher une femme : de l’extrémité de son âme jusqu’à l’endroit le plus pourpre et le plus inaccessible de son vagin. Ce que j’appelle le pourpre profond et qui est la conquête fondamentale de l’homme. Je déclare ici que le pourpre profond et la musique sont les véritables valeurs de la vie. »

Avec jubilation et une certaine délectation, Chrisdu26 a avalé les pages de ce roman lyrique, élégant et sensuel. Et son post co-ït est profondément délicieux.

« Pourpre Profond », chercher la profondeur, trouver le pourpre.

13 commentaires
  1. 19 août 2014 , 10 h 34 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Putain, c’est trop beau ton billet, il est comme ce roman, jubilatoire et explosif!

    Je suis jalouse de la dextérité de ton écriture, de tes jeux de mots, de ton audace, j’en manque encore ! Mais tu es un Bison et moi un tout petit taureau ! Mais taureau deviendra fort, et j’apprends vite au côté des grands.

    Ce livre est comme une douce musique, elle monte monte monte, t’envahit, te kidnappe, te viole et quand elle s’arrête tu n’as qu’une envie… c’est qu’elle recommence encore et encore pour frôler le Nirvana!

    Merci beaucoup pour cette découverte, ce partage, ces rencontres : Virginia, Clint, Manuela et les autres… mais dis moi, laquelle ou lequel t’ont le plus touché ?

    • 19 août 2014 , 15 h 08 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’aime quand ça monte, ça monte, ça monte… Et ça explose !

      De l’audace tu en as, ne serait-ce que de me suivre sur une lecture aussi éjaculatrice que la descente d’une Marie-Brizard au fond de ta gorge.

  2. 19 août 2014 , 11 h 16 min - phil prend la parole ( permalien )

    Et bien là je dois dire que je vais écouter les carrefour de Lodéon sur France Inter autrement à la rentrée !
    Et m’imaginer ce Lodéon comme un joyeux lubrique pervers lol !!!
    Tu me fais revisiter mes classiques !

    • 19 août 2014 , 15 h 06 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Va falloir changer de station, Lodeon quittant France Inter.
      Mais effectivement, tu écouteras la musique classique avec une nouvelle attention.

  3. 19 août 2014 , 11 h 41 min - manU prend la parole ( permalien )

    Après vos deux superbes billets, impossible de ne pas être tenté par cette lecture « éjaculatoire »… ;)

  4. 19 août 2014 , 17 h 22 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Si je comprends bien, c’est un opus orgasmique en va-et-vient du majeur? J’aurais pas osé le dire avant mais… je suis flûtiste traversière… sans commentaire… tabarnak j’y poserai plus jamais les lèvres de la même manière! Si je fais fausse note c’est d’ta faute Bison et tu payes la prochaine tournée de binouze. Pourpre plaisir………… Je vois………..

    • 19 août 2014 , 17 h 45 min - phil prend la parole ( permalien )

      Enchanté flutiste traversière lol
      On ne te verra plus de la même manière aussi je confirme !!!

    • 19 août 2014 , 22 h 52 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Nadine tu t’es donnée le bâton pour te faire battre ;)

      Très bel instrument que la flûte traversière :)

    • 21 août 2014 , 11 h 23 min - phil prend la parole ( permalien )

      et quel bâton !!!

    • 21 août 2014 , 18 h 03 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      et qui c’est qui a un gros bâton ?

  5. 20 août 2014 , 14 h 54 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Oufti, quelle chronique, quelles citations ! Je comprend que le majeur t’ait brûlé le slip durant la lecture ! On a fait lever des tentes pour moins que ça ! :lol:

    Bon, je ne l’ajoute pas, je risquerais d’y brûler mes strings ignifugés ou de violer Chouchou ! ;)

    • 21 août 2014 , 18 h 06 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      et il m’en brûle encore. A m’en démanger…
      Des strings ? tiens donc, quels couleurs ?

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