Les Seigneurs [Richard Price]

Par le Bison le 21 juillet 2014

Sur le terrain de jeu, Richie Gennaro, dix-sept ans, seigneur de la guerre des Vagabonds, était entouré de ses homologues des Rays, des Pharaons et des Bourreaux. Alliés susceptibles. Conversation tendue. À l’ordre du jour…
— Faut arrêter les négros.
— Tu crois que les Boules à Z de Fordham se mettraient avec nous ?
— Si on les a avec nous, c’est réglé.
— Oublie pas les Wong. Ils connaissent le judo les bridés.
— C’est pas avec des prises de judo que tu peux lutter contre ça !
— Hé, range ce truc ! Putain tu veux qu’on se fasse tous agrafer ?
— Et les mecs de Lester Avenue ?
— Nan, c’est des tueurs, ces gars-là.
— Justement. Ils te tuent aussi bien un bamboula.
— Paraît que les bombardiers se sont mis avec les Extras parce que Clinton Stitch a un cousin chez eux.
— Les bronzés, ils ont toujours des cousins partout, t’as remarqué ?
— Les Bombardiers… merde… on est mal.

Bronx, New York. 1962…

La guerre est déclarée. Dans la rue. Celle des bandes et des gangs. Des gamins qui se la jouent blousons de cuir et couteaux. Les plus vieux – du genre 17 ans – aux plus jeunes – à peine 13 ans. Des soirées faites de boums, de graffitis et de bières achetées avec des cartes d’identité volés ou des « grands frères ». Il y a « nous », les gentils, et « eux », les pourris.

Je te fais un bref débriefing des forces en présence, au cas où tu t’aventures sur cette terre hostile surtout si tu n’as pas la bonne couleur dans le bon quartier.

Donc parmi les « NOUS », les bandes en présence :

  • Vagabonds (rital), force de frappe : 27
  • Pharaons (rital) : 28
  • Rays (irlandais) : 42
  • Bourreaux (polac) : 30
  • Boules à Z (mélangé) : 40
  • Lester Av. (très rital) : 50

Face à « NOUS », les sauvages, « EUX » :

  • Extras (négro) : 50
  • Cavaliers (négro) : 30
  • Bombardiers (négro) : 36
  • Mau-Mau (négro) : 40
  • Wong (bridé) : 27

Premier roman de Richard Price paru en 1974. Depuis, l’auteur s’est fait un nom, auteur à succès, scénariste à succès. Il me plonge dans l’univers de la rue et du Bronx en particulier, avec des histoires de bandes, de drague et de bitures. Tout ce que j’aime.

Un roman qui s’ouvre comme un journal intime, celui d’une bande de gamins qui s’épanchent sur leur vie quotidienne, leur premier rancart, leur premier frotti-frotta, les bastons, les boums ou les séances de ciné. Bref, une vie d’adolescent classique. Mais au milieu de la drogue, de l’alcool, des chaines de vélo et des crans d’arrêt.

Des histoires qui font mal. Cruelles et violentes à l’image de ce quartier de cette époque. Des bouts de territoires qu’il faut préserver, de l’honneur à sauvegarder, des filles à impressionner. Une bonne dose de sauvagerie et d’insouciance pour survivre dans ces bas-fonds.

Mais l’adolescence a toujours une fin. Et les bandes se déliteront petit à petit. Un engagement à l’armée, un job, une fille en cloque. Au bout d’un temps, soit tu te casses, soit tu meurs. La vie est courte dans ce quartier, dans ces bandes.

Mais au-delà de ce déchainement de violence, de ce racisme ambiant, et de cette envie de sexe omniprésent, le roman rend aussi hommage à l’amitié. Parce qu’il s’agit aussi de reconnaître ses amis et de se serrer les coudes pour survivre dans ce milieu hostile qu’est la rue. La solidarité et l’amitié, deux états de fait indispensables pour persister dans ce monde, celui du Bronx des années soixante.

Mais même si tu as un blouson noir, des cheveux gominés, un cran d’arrêt dans la poche arrière de ton jean, tu n’en oublies pas pour autant la poésie de la vie, la beauté des filles. Tu te sens poète et tu oses griffonner sur un bout de papier ces quelques vers que t’espères inoubliables pour la fille qui les lira…

Tes seins sont des collines dorées de margarine,
Tes tétons sont comme des cerises.
Si la bombe A nous tombait dessus par surprise,
C’est là que j’enfouirai ma trombine.
Buddy relut son poème en plissant le front, remplaça « tétons » par « mamelons », « collines » par « monts ». Raya « bombe A » et écrivit « bombe H ».

« Les Seigneurs », la guerre du Bronx.

Je chercherai en mon âme même… le Lion

Van Morrison


14 commentaires
  1. 22 juillet 2014 , 5 h 34 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Parfaitement le genre de livre que j’aime et que tu me donnes envie de lire..

    J’aime bien ces jeunes délinquants. Ces durs à cuire, voyous, je trouve qu’ils ont une sensibilité qui ne demande qu’à s’exprimer. Et il le fait bien le jeune avec ses vers poétiques à saveur de margarine ! Un gars qui vous écrit un poème c’est toujours touchant…..! mdr

    On ne naît pas délinquant, on naît dans le Bronx et on le devient, pour survivre et sauver sa peau…

    Bon choix pour cette chanson de Van Morrison ;-)

    • 22 juillet 2014 , 8 h 22 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’aime bien ces jeunes délinquants.

      ça émoustille ta fibre maternelle :)

      Un gars qui vous écrit un poème c’est toujours touchant…..!

      Et un poème qui badigeonne les seins de margarine est forcément issu de l’imagination d’un grand poète… Pourquoi, je n’y ai pas pensé ? En plus, je n’ai que du beurre dans mon frigo…

    • 22 juillet 2014 , 22 h 32 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Mais c’est qu’il va nous faire la scène de la plaquette de beurre du « Dernier tango à Paris » si ça continu, le Bibison ;) .

      :)

      Marlooooooooooooooooooooooooooooo ^^

    • 22 juillet 2014 , 22 h 36 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Mariaaaaaaaaaa

    • 22 juillet 2014 , 22 h 49 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      ;)

      On connait ses classiques …

    • 22 juillet 2014 , 22 h 52 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je n’ai que du beurre demi-sel, mais je pense que cela pourra très bien faire l’affaire aussi…

  2. 22 juillet 2014 , 7 h 37 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Hello Bison. Encore une belle chronique urbaine d’un auteur dont je n’ai lu que Ville noire, ville blanche. Et une ballade de V.M. inconnue. Sais-tu de quelles années ce morceau?

    • 22 juillet 2014 , 8 h 25 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      L’ami s’intéresse à Van Morrison ! Forcément quand on lit Colum McCann

      Listen to the lion est présent sur l’album Saint Dominic’s Preview datant de 1972… Une grand année, parait-il… Forcément.

  3. 22 juillet 2014 , 13 h 26 min - manU prend la parole ( permalien )

    Un billet qui me fait dire qu’il serait plus que temps que je remonte « Ville noire, ville blanche » au sommet de ma PAL…

    • 22 juillet 2014 , 22 h 02 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tu devrais…
      Plus intense ce Ville Noire ville blanche…
      Alors, tu devrais…

  4. 22 juillet 2014 , 19 h 29 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Malgré tes quatre étoiles, j’hésite quand même… ;) J’en ai déjà tellement :/

    • 22 juillet 2014 , 22 h 02 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      A la vitesse où les livres défilent chez toi, il n’y a pas à hésiter…

  5. 31 juillet 2014 , 7 h 48 min - Sandrine prend la parole ( permalien )

    Je n’ai pas lu ce roman. Je crois que Richard Price est assez méconnu chez nous. Il n’a pas bénéficié d’un traitement égal à d’autres grands, à à Jerome Charyn par exemple pour parler du Bronx…

    • 1 août 2014 , 10 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Effectivement, on retient surtout de lui son coté scénariste…
      La couleur de l’argent, la couleur du crime, Bad (clip de MJ), Shaft, Mad Dog and Glory…
      Mais pour décrire le Bronx, il s’y connait le gars…

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