La Coquetière [Linda D. Cirino]

Par le Bison le 25 avril 2014

Quelque part au Sud-Ouest de l’Allemagne en 1936.

L’histoire d’une passion amoureuse dans un contexte politique de plus en plus chargé.

Eva mène une vie bien paisible dans sa ferme, s’occupant du jardin, des poules et des cochons. Une vie avec un mari, tout aussi occupé par ses tâches agricoles, et deux enfants. Une vie à la campagne avec ses fatigues, son labeur, une vie heureuse mais sans passion.

Son mari est enrôlé dans l’armée, ses enfants seront embrigadés dans les jeunesses hitlériennes. Le travail à la ferme sera encore plus prenant.

Jusqu’au jour où elle découvre Nathanael dans son poulailler. Que fait-il caché, le corps affaibli, les vêtements en loque, l’esprit apeuré ?

Et pourquoi le cache-t-elle de son mari et de ses enfants ? Pourquoi ce secret ? Eva ne comprend pas encore ce qu’elle voit dans les yeux de cet évadé…

« Nathanael posa doucement sa main sur mon épaule et me tourna vers lui. Je le regardai bien en face et, voyant en lui de la tendresse, je m’avançai jusqu’à ce que nos lèvres se rejoignent. Ce fut un baiser timide, doux et chaste. Un baiser qui marqua le début d’une passion mais fut en soi un échange d’une autre sorte. Ce baiser, auquel j’ai songé maintes fois, était pur et interrogateur. C’était Nathanael qui me demandait si j’accepterais son baiser, s’il pouvait exprimer son affection pour moi, si j’étais prête. C’était moi qui demandais à Nathanael s’il me témoignerait de la tendresse, si une émotion comparable à celle que je ressentais cheminait en lui ; c’était moi qui demandais à Nathanael s’il désirait ce que je désirais. Nos lèvres quand elles se frôlèrent de la façon légère dont elles le firent, nous portèrent en un lieu où nous pourrions nous rencontrer sans plus être la protectrice et l’évadé. Notre baiser, irrévocable, était l’aveu que l’attraction que j’avais senti flotter entre nous, que la force qui m’avait aveuglément incitée à la cacher étaient mutuelles et réelles. Nous échangeâmes notre baiser les yeux ouverts mais nos sourcils étaient froncés sous l’effet des questions en suspens. »

Nathanael va prendre une place de plus en plus importante dans la vie d’Eva. Une intimité va lier ces deux êtres, l’un reclus dans cet espace ridiculement petit au milieu des poules, l’autre laissée par ses proches écartée par la politique. Eva se confrontera progressivement à la montée du nazisme, mouvement qu’elle ne comprend absolument pas. Juif ne signifie rien, juste un mot tout comme chinois. Elle qui ne vivait que pour sa ferme et ses travaux agricoles, elle apprendra aux côtés de Nathanael ce qu’implique ce lien du sang et ses injustices.

Mais malgré ces temps douloureux, et sans le recul des années postérieures à cette époque, Eva va aussi découvrir l’amour passionné. Un amour fait d’envie, de désir et de plaisir, chose qu’elle n’avait jamais ressenti avec son mari, trop occupé à faire « tourner » la ferme. J’ai aimé cette histoire de Linda D. Cirino, écrivaine américaine, qui même aux heures sombres de l’humanité et de la montée en puissance du nazisme arrive à faire parler une femme d’amour et de désir. La passion d’une femme préférant son intuition aux préjugés. Magnifiquement beau, remarquablement humain.

« Quelque fois, j’allais au poulailler sans culotte pour lui faire la surprise. Quand il glissait la main sous ma jupe pour l’ôter et découvrait que je n’en avais pas, il était si ravi qu’il m’attirait à lui sans prendre le temps de m’enlever le reste. Cet été-là, je portais rarement une culotte car, même si je n’espérais pas que nous aurions l’occasion de faire l’amour, c’était pour moi un rappel intime pendant que je préparais le dîner à la cuisine ou que j’étendais la lessive. L’air qui coulait entre mes jambes pendant que je vaquais à mes occupations m’excitait. »

« La Coquetière », la passion aux temps d’Hitler.

15 commentaires
  1. 26 avril 2014 , 8 h 14 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Voilà un livre qui a tout pour me plaire, une lecture loin de tes prairies bisonesque ! ^^

     » La passion d’une femme préférant son intuition aux préjugés. Magnifiquement beau, remarquablement humain. »

    Comment résister, et pourquoi résister au juste, après un tel billet de tels mots de tels extraits !!

    « La coquetière » Quel drôle de titre !

    ;)

    • 26 avril 2014 , 12 h 19 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Voilà un livre qui a tout pour me plaire

      Tout à fait dans ton registre

      une lecture loin de tes prairies bisonesque

      Je m’aventure, j’explore les prairies avoisinantes pour voir si l’herbe y est aussi verte. Je respire, je soupire et je découvre d’autres sensations.

      Comment résister, et pourquoi résister au juste

      oui, pourquoi résister à la tentation…

  2. 26 avril 2014 , 9 h 12 min - manU prend la parole ( permalien )

    Un billet plein de sensibilité… ;)

    • 26 avril 2014 , 12 h 14 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tu en doutais ?
      Un bison goujat et sensible. La dualité de l’être.

  3. 26 avril 2014 , 10 h 20 min - phil prend la parole ( permalien )

    grrrrrrr
    pourquoi tu files toujours un extrait qui suscite l’intérêt !
    un de plus à se mettre !!!

    • 26 avril 2014 , 12 h 15 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      un de plus à se mettre !!!

      Heu, tu parles du livre ou de l’œuf… ?

    • 26 avril 2014 , 14 h 01 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Quelle belle réponse…!

      Je pense qu’il parlait de l’oeuf ptdrrrrrrrrrrr

      ;D

      Ok je sors ^^ :)

    • 26 avril 2014 , 14 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ce ne serait effectivement pas impossible, lui, grand amateur de L’empire des Sens

    • 26 avril 2014 , 14 h 44 min - phil prend la parole ( permalien )

      gnagnagna
      mais de l’œuf je m’en tape le coquillard moi ! ! !

    • 26 avril 2014 , 14 h 45 min - phil prend la parole ( permalien )

      et pi le Talisker …. out ! ! !

    • 26 avril 2014 , 14 h 56 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je n’allais pas laisser une goutte de Talisker aux allemands, quand même !

    • 26 avril 2014 , 15 h 53 min - phil prend la parole ( permalien )

      oui tu as bien fait !

  4. 26 avril 2014 , 15 h 38 min - Eve-Yeshe prend la parole ( permalien )

    très belle critique, cela donne vraiment envie de le lire. je ne connaissais pas du tout.
    les extraits me plaisent car l’écriture est fluide, légère alors qu’époque est si dure….

    • 26 avril 2014 , 18 h 46 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      oui, une belle surprise même si le livre ne me ressemble pas.
      Mais c’est pour mieux troubler les lecteurs qui me suivent.
      L’écriture est belle, les sentiments aussi.

    • 26 avril 2014 , 18 h 51 min - phil prend la parole ( permalien )

      pfffff aïe aïe parfois faudrait pas te lire moi je dis !
      ralala reste humble et modeste va !
      santé !

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