Schroder [Amity Gaige]

Par le Bison le 4 avril 2014

« Je me mets à écrire.

Ce qui suit est le compte-rendu de ce qu’on a fait, Meadow et moi, depuis notre disparition.

En l’occurrence, c’est une longue histoire.

Je ne sais pas encore comment elle va finir. Mais elle commence avec amour. »

Ne compte pas sur moi pour t’en dire plus.

Je ne peux me mettre à la place d’Erik Schroder, ce père divorcé à qui la justice lui a enlevé le droit de voir sa fille Meadow. Une charmante petite fille, plus intelligente que la normale. Erik n’a pas un mauvais fond, et peut-être est même ce que la société pourrait appeler un « bon » père. S’il y a bon ou mauvais. Alors, lorsque son ex-femme et lui renouent le contact et qu’il se voit autoriser à retrouver sa fille pour une journée, je sens la fibre paternelle de cet homme ressurgir. Il l’aime, c’est évident. Il n’est pas mauvais, j’en suis convaincu.

Une promenade au bord d’un lac, jouer dans l’eau même froide, acheter un maillot de bain qui brille de mille paillettes, manger un beignet avec sa fille. Que de plaisirs simples qui lui ont été refusés depuis plusieurs mois. Il compte bien en profiter. Et ne se rend pas compte du mal qu’il peut faire. D’ailleurs sa fille n’a-t-elle pas l’air heureuse de passer quelques jours de vacances au bord d’un lac, de cette longue promenade entre les montagnes et les lacs des Adirondacks. Et même si elle manque quelques jours d’école. Et même si sa maman lui manque un peu. Et même si son père a essayé de la mettre dans le coffre de la voiture pendant qu’elle dormait…

« A la première question :

« L’accusé a-t-il prémédité l’enlèvement ? »

La réponse est non.

Ou pas vraiment.

D’ailleurs le terme d’« enlèvement » est totalement erroné. Cela ressemblait plutôt à une aventure dans laquelle on s’était embarqués tous les deux, à différents niveaux d’ignorance et de déni. »

« Schroder » premier roman d’Amity Gaige traduit en français. Une histoire donc de père et de fille, une histoire d’adultes qui se déchirent, un roman qui mélange le thriller, le drame psychologique et le road-trip. Et autant le dire de suite, la lecture fut un plaisir, une belle découverte même. Cette histoire sur l’amour paternel est forte. J’ai eu peur pour Erik, peur pour Meadow. Mais j’ai aussi eu de l’attachement pour ce type, quelque peu paumé après ces déboires judiciaires pour la garde de sa fille. La faute à son jeune avocat, la faute à sa mère, la faute à lui-même. Peu importe, ne pas fuir les responsabilités de chacun. Car tout le monde est un peu coupable…

Pour l’ami Eeguab, fidèle folkeux amoureux du Vermont à la douceur automnale proverbiale : Schroder, Schroder, c’est rien qu’un père pas terrible, pas méchant pour deux dollars, maladroit comme tout père, et qui tient ça, sûrement, de son père à lui.

Effectivement, le roman se propose aussi de remonter quelques années avant, à l’époque où son père fuit l’Allemagne de l’Est pour immigrer aux États-Unis. Faut-il en chercher la cause dans ses racines ? Certainement… Car de cette fuite est né le mensonge.

« Je voulais juste passer un peu de temps avec ma fille, je voulais juste prendre des vacances avec ma fille. Je voulais en décider. Je suis son père. Je lui ai appris à lire, je l’ai veillée quand elle était malade. Il y a eu un malentendu, là, tu sais… un très grave malentendu… une erreur »

« Schroder », l’amour d’un père pour sa fille.

Une opération Masse Critique du site Babelio

en collaboration avec les Éditions Belfond.

11 commentaires
  1. 4 avril 2014 , 23 h 08 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Quelque soit les rancœurs que l’on peut avoir envers son conjoint(e), les enfants ne doivent pas en subir les conséquences. On divorce de son conjoint(e) pas de ses enfants. Un enfant à besoin de l’un comme de l’autre et surtout avoir des parents heureux.

    Au bureau je vois souvent des parents divorcés se disputer, l’enfant fait le buvard, et tout cela pour de vieilles rancœurs… Je trouve ça pitoyable…

    Ce livre doit être très touchant et plein de vérités … malheureusement…

    • 4 avril 2014 , 23 h 26 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Surtout, un enfant n’a pas à ressentir les rancœurs ou le désamour de ses parents. Il devrait rester en dehors de ces considérations d’adulte, justement pour qu’il reste un enfant.

      Un livre touchant sur un sujet difficile. Sur le plan purement littéraire, il manque juste une petite touche de je-ne-sais-quoi pour que le roman te prenne plus au cœur, la petite touche qui lui rajouterait cette étoile supplémentaire, ce Graal de l’émotion qui t’arrache les tripes et te les broie.

    • 5 avril 2014 , 11 h 53 min - phil prend la parole ( permalien )

      L’idéal, n’est pas l’idéal de la vie et encore moins d’une vie de couple et de famille !
      Rester en dehors alors qu’ils sont ici et présent entre 2 ce n’est pas possible!
      Même si il manquera toujours une intelligence de couple quand il y a querelle et rancœur hélas …
      Mais en même temps c’est dans l’adversité que l’on se forme !
      La vie Bisounours connait pas !

  2. 5 avril 2014 , 0 h 01 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Un livre qui je le sais, sans même l’avoir déjà lu, me toucherait énormément. Trop d’enfants sont encore otages et plongés dans des conflits de loyauté auxquels ils arrivent difficilement à sortir indemnes, se sentant responsables. Si seulement les parents pouvaient comprendre à quel point ils sont égoïstes, parfois. Que la seule chose dont les enfants aient vraiment besoin est l’amour de l’un et de l’autre, et de découvrir, s’émerveiller, vivre sa vie d’enfant quoi. Et qu’il en est de leurs propres relations futures, à ces petits, d’apprendre ce qu’est « l’amour » fondé sur des bases solides qui impliquent le respect, avant tout… Pas des coups de poing sur la gueule.

    • 5 avril 2014 , 11 h 31 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      l’amour de l’un, l’amour de l’autre, ensemble ou séparément. Mais cela doit rester juste une question d’amour en laissant de côté les considérations du monde des adultes.

    • 5 avril 2014 , 11 h 47 min - phil prend la parole ( permalien )

      l amour des parents est égoïste, pas parfois, toujours !

  3. 5 avril 2014 , 7 h 50 min - manU prend la parole ( permalien )

    Les blessures d’enfance ne se referment jamais vraiment…

    • 5 avril 2014 , 11 h 32 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      … et aussi bien pour Meadow que pour Schroder.

  4. 5 avril 2014 , 12 h 58 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Excellente chronique du Nord-Est américain, nous sommes d’accord ami de la prairie. Merci pour le lien, nous avons publié quasiment ensemble. Mais ça semble cafouiller du côté de mes commentaires. So long, à très bientôt.

  5. 7 avril 2014 , 8 h 09 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Un livre dont je croise la couverture au fil de mes errances sur le Net ;) Et je vois qu’il t’a fait plaisir et mousser comme une bonne bière avec de la pression :D

    Non, je ne le lirai pas, manque de temps et PAL trop grande, plus toutes les tentations qui viennent de partout :(

    Bonnes lectures, mon Bison ;)

    • 7 avril 2014 , 22 h 40 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un livre dont je croise la couverture au fil de mes errances sur le Net

      C’est le principe de ces masses critiques que de créer l’effervescence pendant quelques semaines chez des lecteurs-chroniqueurs afin d’en parler, et de croiser horizons et points de vue.

      Et je vois qu’il t’a fait plaisir et mousser comme une bonne bière avec de la pression

      Il m’en faut peu pour me faire plaisir. Une belge et la pression qui mousse.

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