Aller Simple [Carlos Salem]

Par le Bison le 29 avril 2014

Une histoire dingue et déjantée, premier roman d’un argentin installé en Espagne.

Octavio, brave homme, qui s’ennuie ferme avec sa femme, un peu trop grosse, un peu trop convenue, un peu trop triste. Un boulot tout aussi triste. Une vie sans passion, sans plaisir. Des vacances formatées au Maroc. Coup de théâtre ou coup de chance, sa femme meurt dans cet hôtel. Manquait plus que ça : trépasser en milieu étranger. Même dans sa mort, sa femme le fait chier encore ! Vacances gâchées.

Cette mort, un enchantement, va basculer sa vie. Le voici enfin libre, ce brave Octavio qui prendra quand même la fuite et croisera la route d’un escroc argentin, le genre à vendre des glaces en plein désert dans sa fourgonnette, et Carlos Gardel que tu croyais mort (et pourtant, non ! il a survécu à cet accident d’avion à Medellín) et qui n’a qu’un but, celui de tuer Julio Iglésias pour la simple raison qu’il ne sait pas chanter les tangos de Carlos Gardel. Ce trio improbable se forme au gré de multiples péripéties. Poursuivi à travers le Maroc jusqu’en Espagne, ces pieds nickelés hispaniques subiront des aventures les plus rocambolesques et drolatiques qui soient.

« L’Argentin était appuyé contre un lavabo et il chantait à voix basse quelque chose qui ressemblait à une berceuse, pendant que l’Allemande, agenouillée devant lui, tenait son pénis dans ses mains et le léchait au rythme lent de la chanson. Soldati changea pour une mélodie plus rapide, sans doute une chuleria faubourienne, et la femme se mit à le sucer en suivant la mesure de la chanson. La main de l’Argentin caressait les cheveux de l’Allemande, mais quand l’intensité musicale se fit plus vigoureuse, il les saisit avec force en poussant sa tête contre lui. Il attaqua le final avec quelque chose comme une marche ou un hymne. Et il explosa dans la bouche de la femme et marqua les derniers accords en chantant à pleine voix :

- Oooooo jureeeemos con glo-ria mo-rir ! »

Un roman loufoque fait de rencontres et de profondes vérités, sur la passion, sur le sens à donner à sa vie, tout en gardant un œil amusé sur son propre regard. Et parmi ces rencontres, des hippies, des trafiquants de cocaïne colombiens – ou boliviens, une équipe de cinéma, un chat arrogant, un Prix Nobel de Littérature et Ingrid. Ah ! Ingrid, délicieuse Ingrid. Une grande blonde suédoise aux atouts indéniables et aux charmes proéminents. Le pauvre Octavio ne va pas s’en remettre, mais depuis sa libération – comprendre depuis la mort de sa femme – le sexe d’Octavio semble lui aussi s’être libéré jusqu’à doubler de volume… Ingrid, quel effet tu me fais…

« Quand nous recommençâmes à nous dire des choses avec la peau, j’eus la certitude que je n’étais plus un pauvre type vieillissant, j’étais un autre, qui pouvait, pendant ces quelques minutes à l’intérieur d’Ingrid, retrouver les années perdues dans des bureaux poussiéreux. Ingrid gémissait comme si elle chantait et j’étais heureux, au centre de son chant, sans autre mission que de rentrer et de sortir sans jamais la quitter, sans jamais rester. Après toutes ces années, oui, c’était du sexe, mais beaucoup plus que du sexe, parce que c’était enfin moi. »

Un roman de Carlos Salem, premier du nom à la fois drôle et tendre, totalement jubilatoire et désabusée. Une première partie complètement époustouflante, rythmée au son du tango et de sexe libre. Et puis comme toute vie, le roman s’essouffle un peu sur sa fin. Mais sans bouder le grand plaisir qu’Ingrid m’a procuré ou que de perverses teutonnes se sont frottées à mon corps. Au fait, je ne t’ai pas encore parlé de la légende de Carlos Gardel (tu ne pouvais y échapper !).

Qui peut dire pourquoi Quand ils entendent sa voix Dans un océan de pleurs Ils se noient…

Et parce que la vie n’est qu’un aller sans retour, telle une étoile filante, pourquoi tergiverser encore et ne pas se jeter dans ce que doit être vraiment la vie, ce mélange de passion et de fragrance amoureuse qui réunit les âmes.

« - Je ne sais toujours pas pourquoi on est parti, objectai-je.

- Parce qu’il y a toujours un moment où il faut partir Octavio. Vous ne savez toujours pas, à votre âge, que la vie est un aller simple ? »

« Aller Simple », un billet à composter.

14 commentaires
  1. 30 avril 2014 , 0 h 13 min - manU prend la parole ( permalien )

    Une sacrée galerie de personnages qui doit sortir le lecteur de sa routine !

    • 1 mai 2014 , 11 h 53 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Avec ces personnages, tu n’es pas prêt de t’ennuyer. Loin d’une routine, c’est un mélange de jouissance et de jubilation. Grâce à Ingrid ;)

  2. 30 avril 2014 , 1 h 51 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Quand on vit avec une femme comme cette Dorita, on peut comprendre un homme de partir voyager en aller simple et de découvrir d’autres territoires, au sens intime du terme.

    Ses rencontres sont tellement loufoques, complètement risibles. Le genre de partenaire de voyage avec qui on ne s’ennuie pas..

    J’ai aimé ce livre, qui nous pousse à revoir un peu de notre présent tout en maintenant le cap droit devant. Donner un sens à sa vie, aux valeurs qui nous sont essentielles.
    Ingrid ou la renaissance d’un homme enfin libre…

    Oooooo jureeeemos con glo-ria mo-rir !

    Très beau billet Bison des grandes plaines

    • 1 mai 2014 , 11 h 54 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      ahhh, découvrir les territoires intimes… Le plus beau des voayges…

      Oooooo jureeeemos con glo-ria mo-rir !

      ooooo arrêeeeetttte…
      Tu vas me mettre dans un état….!!!!!

  3. 30 avril 2014 , 13 h 20 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Coucou ^^

    Mourir et gâcher les vacances de l’autre, quel mauvais goût ! Franchement…

    Heureusement qu’il a pu s’amuser ensuite !!

  4. 30 avril 2014 , 22 h 02 min - Myrtille prend la parole ( permalien )

    J’ai lu Nager sans se mouiller du même auteur, grosso modo l’histoire d’un tueur à gage qui se retrouve dans un camp pour nudistes. Également drôle et enlevé !

    • 1 mai 2014 , 11 h 56 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un tueur à gage dans un camp pour nudistes. Cela donnerait envie…

    • 2 mai 2014 , 13 h 39 min - phil prend la parole ( permalien )

      t ‘inkiet Bibison, il tire a blanc !

  5. 1 mai 2014 , 9 h 41 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Un roman et des personnages loufoques sur un thème pas si léger que ça finalement …

    Et voilà une Ingrid blonde platine à la poitrine généreuse et Le_Bison en est tout retourné…

    « Aller Simple », un billet à composter. Très belle conclusion sieur Bison ;)

    « Cuida la Flauta que la sonata es larga » Carlos Gardel ;)

    • 1 mai 2014 , 11 h 28 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Dis donc !!!! Ta mandrin elle m’a l’air bien opaque ! ^^ Tu rajoutes des trucs illicite dedans ?

      :)

    • 1 mai 2014 , 11 h 58 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ta mandrin elle m’a l’air bien opaque ! ^^ Tu rajoutes des trucs illicite dedans ?

      Juste des noix de Grenoble !

      Et voilà une Ingrid blonde platine à la poitrine généreuse et Le_Bison en est tout retourné…

      C’est Ingrid que j’aimerai bien retourner !!

  6. 2 mai 2014 , 14 h 22 min - Guillome prend la parole ( permalien )

    la première scène du bouquin est terrible ! bien barré comme bouquin, je garde un bon souvenir de lecture !

    • 2 mai 2014 , 20 h 08 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      un bouquin bien barré pour un lecteur bien barré…

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