le Sel du Désert [Odette du Puigaudeau]

Par le Bison le 9 septembre 2011

Catégorie : 3 étoiles, Europe

La chamelle-qui-sait-où-elle-va…

« Les chameaux sont de grands rêveurs ; et, comme tous les rêveurs, ils ont des sursauts déraisonnables devant d’infimes réalités soudains aperçues. »

A défaut d’en découvrir plus sur les bisons, je découvre les chameaux. Mon guide d’un jour sous le soleil : Odette du Puigaudeau, suisse et bretonne, en compagnie de Marion Sénones. Deux aventurières exploratrices d’avant-guerre. Paumées au milieu du désert du Sahara ou partiellement dingues de s’y être aventurées ?

Date : Janvier 1937

Mission : L’azalaï

Départ : Tombouctou

Arrivée : Taoudeni

L’azalaï est cette longue caravane de plusieurs milliers de chameaux qui, deux fois par an, transporte des barres de sel extraites des mines de Taoudeni (Nord du Mali) jusqu’à Tombouctou pour sa revente. Un trajet de plus de 1000 km, simplement pour du sel, mais qui à cette époque, possède une valeur presqu’aussi précieuse que certaines pierres recherchées.

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« La naïve précision de leurs récits évoquait le charme de la vie nomade qui se divise avec simplicité en jours de pâturages et en jour de marche, en jours d’abreuvoir et en jours sans eau, cette vie humble et silencieuse, pleine de longs rêves, qui se mouvait lentement à travers des paysages infinis et vides, hors des murs de la ville. »

A travers cette longue (et un peu folle pour deux jeunes dames) expédition, Odette du Puigaudeau me fait découvrir une région, un peuple, une tradition. Avec tout le charme qu’elle perçoit, avec toute l’envie de découverte qu’elle ressent, elle partage ses émotions, elle transmet sa soif, et chose rare compte tenu de son statut de femme, elle ne se plaint jamais au cours de ce témoignage. Elle demande ni faveur, ni caprice (du genre féminin), elle émet juste le souhait que les touaregs l’accepte dans cette aventure aux confins d’un désert de sel et de sable.

« Il semble que le Sahara développe chez certains êtres un goût si insatiable de la solitude qu’ils cherchent sans trêve un isolement de plus en plus total, loin des vanités du monde telles que peuvent en offrir un campement errant ou un de ces centres intellectuels et commerciaux dont, en dépit de leur titre pompeux, la population ne dépasse guère quelques centaines d’âmes. L’hagiographie maure est pleine de solitaires faiseurs de miracles, de découvreurs de puits, fondateurs d’ermitages qui furent parfois le berceau de villes renommés. »

Ce témoignage sera pris quelques années après en référence par un autre spécialiste du désert saharien, le botaniste-géologue, Théodore Monod. Si ce dernier s’intéresse surtout aux cailloux et végétaux, la démarche d’Odette du Puigaudeau s’apparente plus aux recherches d’une ethnologue. Elle se passionne davantage pour ces gens drapés de bleus, ces peuples de nomades qui vivent au milieu de nulle part, cette longue et interminable caravane composée de traditions séculaires, de superstitions maraboutées, et de membres issus de couches sociales différentes. A mesure qu’elle s’enfonce dans le désert, elle collectionne, elle cueille, elle photographie, elle observe les coutumes, les arts, les légendes, les superstitions, les fables de ces nomades sahariens.

« A mesure que nous avançons vers le nord, le désert s’anime de larges ondes, de quelques dunes à peine ébauchées, si douces de forme, de couleur, de substance.

Et rien d’autre, à perte de vue,  que du sable !… Rien sur le sable. Aucune vie. La nuit, on voudrait entendre un crissement d’insecte, le hurlement d’un chacal, même l’aboi sinistre de l’hyène, n’importe quel bruit vivant qui allègerait le silence. La plainte d’un chameau, le murmure d’un dialogue dans la masse sombre de l’azalaï endormie ne suscite aucune réplique du désert qui l’entoure. Le jour, on voudrait une trace de pied, un vol d’oiseau. On voudrait que le désert nous donnât signe de vie. Mais il n’a d’autre vie que celle que nous y apportons et qui s’éloigne avec nous. »

Une autre bretonne, Sourine, entre Terre et Mer, fait le point sur une autre aventure d’Odette, Pieds nus à travers la Mauritanie :

J’arrive bientôt à la fin de ce livre, il m’a plu mais sans plus car j’attendais plus une aventure intérieure qu’un carnet de route de voyageuses très audacieuses pour l’époque ! Pour ceux qui ont l’envie de découvrir les mœurs des mauritaniens et de toutes ces peuplades du désert racontées par deux exploratrices dans les années 30, eh bien lisez ce livre !

De l’audace, toujours de l’audace. L’aventure est une passion audacieuse… Années 30, années folles, surtout pour des mi-bretonnes mi-suisses !

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