The Road [Nick Cave & Warren Ellis]

Par le Bison le 29 juillet 2011

Catégorie : 5 étoiles, Folk & Indie

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« Il était couché et écoutait le bruit des gouttes dans les bois. De la roche nue, par ici. Le froid et le silence. Les cendres du monde défunt emportées çà et là dans le vide sur les vents froids et profanes. Emportées au loin et dispersées et emportées encore plus loin. Toute chose coupée de son fondement. Sans support dans l’air chargé de cendre. Soutenue par un souffle, tremblante et brève. Si seulement mon cœur était de pierre. »

Le froid et le silence. Le silence et un piano. Le silence et un violon. Le piano et un violon. Le piano et Nick Cave. Le violon et Warren Ellis. Nick Cave et Warren Ellis. The Road. La Route et Cormac McCarthy. La Route et Viggo Mortensen. La Route. Un livre, un film, une musique. Déchirant(e)s.

« Il s’était réveillé avant l’aube et regardait poindre le jour gris. Lent et presque opaque. Il se leva pendant que le petit dormait et il mit ses chaussures et enveloppé dans sa couverture il partit entre les arbres. Il descendit dans une anfractuosité de la paroi rocheuse et là il s’accroupit et se mit à tousser et il toussa pendant un long moment. Puis il resta agenouillé dans les cendres. Il leva son visage vers le jour pâlissant. Il chuchota : Es-tu là ? Vais-je te voir enfin ? As-tu un cou que je puisse t’étrangler ? As-tu un cœur ? Maudit sois-tu pour l’éternité as-tu une âme ? Oh Dieu, chuchotait-il. Oh Dieu. »

Le désespoir d’un père.

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Le livre m’avait profondément marqué. Bouleversé même. J’en garde encore des traces dans ma mémoire. L’univers y est dépouillé à l’extrême. Il n’y a rien ou presque ; simplement la route, un enfant et son père, un caddie, de la cendre et toujours cette route vers le sud entourée de corps en décomposition. Pourtant avec si peu, cela donne un roman à la fois terrifiant et poignant. On ne saura rien de l’époque précédant l’apocalypse. De toute façon, on s’en balance un peu, on commence à connaître la folie et la barbarie des hommes, donc rien de bien surprenant à découvrir la planète sous le chaos…De courts chapitres, directs et uppercuts qui vous mettent en vrac tripes et intestins. Il est rare de trouver un roman aussi fort, aussi poignant capable d’émouvoir le lecteur encore des années après.

Le film de John Hillcoat a mis quelques images sur ce drame humain même si je m’en étais mis aussi dans la tête. Viggo Mortensen est exceptionnel. Et la musique prolonge ces images et me replonge à chaque écoute dans l’apocalypse. Elle me terrifie toujours et encore plus car en tant que père elle me renvoie à mes propres angoisses, celle de la survie de mon fils. Le plus terrible est que du jour au lendemain, la situation peut se produire, à l’identique ; la folie des hommes est telle que je n’ai guère d’optimisme quand à l’avenir de la planète.

« Ils étaient accroupis sur la route et mangeaient du riz froid et des haricots froids qu’ils avaient fait cuire il y avait des jours de cela. Qui commençaient déjà à fermenter. Pas un endroit où allumer un feu qui ne serait pas visible. Ils dormaient blottis l’un contre l’autre sous les couettes fétides dans l’obscurité et le froid. Il serrait le petit contre lui. Si maigre. Mon cœur, disait-il. Mon cœur. Mais il savait que même s’il était un père aimant les choses pouvaient bien être comme elle l’avait dit. Que l’enfant était tout ce qu’il y avait entre lui et la mort. »

Nick Cave et Warren Ellis ne sont pas à leur première bande originale de film. Ils ont déjà sévi sur d’autres productions moins médiatiques (peut-être l’occasion d’en parler un autre jour). Ces deux-là réinventent le genre en créant une atmosphère sombre et marquante qui s’intègre parfaitement au film mais qui, fait plus rare, devient un véritable disque à part entière. J’ai toujours eu du mal à écouter des B.O.F. Sans le film, je trouvais que cela n’apportait pas grand-chose d’écouter la musique. Mais avec Nick Cave et Warren Ellis, le concept est différent. Leur disque s’écoute sans les images. Leur musique crée les images. Et quelle musique. Intimiste, poignante, composée essentiellement d’un violon et d’un piano, parfois un éclair de guitare aux riffs tonitruants déchirant l’atmosphère et symbolisant l’apocalypse… A écouter les yeux fermés !

Frontstage, le blog pop rock du Soir :

Il y a dans cette musique, un mélange de mélancolie, de fatalité, de beauté triste, avec des instants inquiétants, des climats angoissants. Tout cela avec une partition en suspens, figeant le temps sous un soleil de plomb.

La Chronique d’Asteline :

Nous sommes en plein dans le pouvoir évocateur de la musique, dans toute sa force, sa dimension émotionnelle : un piano parfois répétitif à la Philip Glass, les lamentations de cordes mélancoliques mais implacables, un sentiment de solitude, de persistance, de grandeur, de lenteur. Le tout entrecoupé de paroxysmes aigus et angoissés laissant transparaître le rythme de ce road-movie dévasté.

Retour sur le poignant roman de Cormac McCarthy : La Route !

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