L’Annulaire [Yoko Ogawa]

Par le Bison le 17 février 2014

Catégorie : 5 étoiles, Asie

Étrange.

Comme un roman d’atmosphère.

Comme un sentiment indéfinissable.

Fascination ou simple extravagance littéraire ?

Une jeune femme découvre sur la porte d’un édifice entre délabré et abandonné une offre d’emploi pour devenir la secrétaire de M. Deshimaru, taxidermiste de « spécimens ». Dans le mot « spécimen » se cachent tous vos désirs d’oublis et de chagrin. Il n’est pas juste question d’emmener son animal mort pour le faire empailler. M. Deshimaru s’occupe de tout : des ossements, des notes de musique, des champignons… Un roman de Yoko Ogawa mystérieux et envoutant, l’un de mes premiers (qui pour l’occasion subit cette seconde lecture).

En confiant leurs « précieux » objets au taxidermiste, les visiteurs – ou clients – espèrent ainsi se décharger d’une partie de leur peine ou de leur angoisse. Comme de leur enlever le poids d’un deuil ou d’une blessure profonde inscrite en eux. Alors que les demandes se succèdent, régulièrement, que les objets à naturaliser s’entassent dans des tubes à essais, M. Deshimaru semble exercer sur sa jeune secrétaire un étrange envoûtement.

« Il a saisi mes jambes d’une main pour m’enlever de l’autre mes vieilles chaussures par le talon. Elles ont glissé très vite de mes pieds, je n’ai rien senti.
Mes pieds nus étaient dans sa main. Il tenait mes jambes tellement fermement que je ne pouvais pas bouger. Je n’avais rien d’autre à faire que de fixer mes vieilles chaussures tombées sur le sol, le bout des pieds effleurant la jointure des carreaux. L’une était tombée à l’envers, l’autre sur le côté, et elles ressemblaient aux cadavres plumés de deux petits oiseaux.
Ensuite, il a commencé par mettre une chaussure neuve à mon pied droit. Il a pris mon talon pour faire glisser mon pied d’un seul mouvement jusqu’à l’extrémité de la chaussure. Je sentais ses doigts durs et froids sur mon talon, mais l’intérieur de la chaussure était tiède et moite. Il n’y avait aucun temps mort dans le mouvement de ses mains, comme s’il procédait à un rituel déterminé à l’avance, si bien que je ne pouvais même pas remuer le petit doigt. »

Il est le maître du jeu, elle se soumet totalement à ses désirs, à ses caresses, à ses demandes surprenantes dans la salle de bain désaffectée, lieu de rencontre dans l’intimité de ces deux êtres solitaires. Fascination ou malaise, je n’arrive pas à définir la frontière entre ces deux perceptions de l’amour. Mais peut-être est-ce au-delà de l’amour, vers un abandon total de la jeune femme vers cet homme.

Un roman – que je trouve – étouffant presque oppressant. Je suis un fidèle de Yoko Ogawa, depuis ses premiers romans. Je suis fasciné par ses histoires si banales et si étranges à la fois, comme envouté ou ensorcelé suivant le degrés pervers ou malsain qu’elle distille dans sa plume poétique. Mort et  sexualité, perte et possession, des thèmes qui se rejoignent ici, derrière la porte du laboratoire du taxidermiste. Mais est-ce qu’une personne étrangère à cette littérature japonaise peut être sensible à ce court roman, ne serait-ce que pour y découvrir un univers particulier ? Voilà donc la question qui m’interpelle cette nuit ?

Alors oublie ce que j’ai écrit et va donc voir le billet de Cristina, la geisha andalouse, où il est question de caresser son âme sans s’en expliquer le pourquoi…

« L’annulaire », un doigt dans ma limonade.

19 commentaires
  1. 17 février 2014 , 20 h 36 min - manU prend la parole ( permalien )

    Un doigt…pour commencer…

  2. 17 février 2014 , 21 h 23 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Tu ne préfères pas un whisky pour commencer ?? Non, tu veux le doigt d’abord… bon, puisque tu le souhaites… :D

    manU, vas chercher les gants et la vaseline, on va introduire le bison !!

    Une belle chronique, mon bisounet ! ;)

    • 17 février 2014 , 21 h 42 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      I’m shoocking ;D

      Ben dis donc le_Bison ton blog devient un lieu de débauche et de perversion ptdrrrrr ;D

      Enfin moi je dis ça en même temps je dis rien…

    • 18 février 2014 , 10 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      En ouvrant ce ranch des dingues et des paumés, je voulais faire une bonne action, rassembler quelques êtres autour de vraies valeurs. Je ne pensais pas me trouver avec surtout des pervers et des obsédées !

  3. 17 février 2014 , 21 h 27 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    La vache, quelle claque ton billet, ça fait trop mal …. il est terrible, envoûtée que je suis de nouveau ! Et comme je suis maso je veux bien tendre l’autre joue, mais tu fais vite hein, pour abréger ma souffrance!

    Mais alors là je suis trop jalouse de ton billet… !

    Cruel que tu es !

    ;D

    • 18 février 2014 , 10 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Caresser mon âme…
      Je ne me suis toujours pas remis de cette phrase…

  4. 17 février 2014 , 22 h 23 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    C’est drôle nous avons eu les même sentiments pour ce roman « Étouffant, envoûtant, sentiment indéfinissable, malaise, Étrangeté et j’en passe…. »

    Euh tu me fais peur !!!!!

    ;D

    Ogawa a eu le même effet sur nous ;D

    Ce récit a caressé mon âme … Oui… c’est exactement le sentiment que j’ai eu avec ce vide énorme en refermant ce livre !

    • 18 février 2014 , 10 h 15 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Caresser mon âme…
      Trop beau, trop fort, trop envoutant.
      Oui j’ai peur !!
      parce qu’après, quelle lecture pour caresser ton âme ?

  5. 17 février 2014 , 22 h 35 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    J’ai aussi beaucoup aimé « Les paupières ». Huit nouvelles magnifiques. Un univers toujours un peu mystique…

    • 18 février 2014 , 10 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Faudrait que je le relise… Il ne fait pas partie de mes favoris de l’auteur. Mais peut-être ne l’ai-je pas lu dans de bonnes conditions. Je demande donc une nouvelle lecture.

  6. 18 février 2014 , 6 h 56 min - jack prend la parole ( permalien )

    Au fait…comme tu n’as pas mis une de tes chaussures en photo…tu chausses du combien…?

    • 18 février 2014 , 7 h 48 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Jacky j’adore ton humour ;)

      Bien vu ;D

      A vu de nez avec ses 1,84 m « et demi » je dirai : un 44 fillette ^^

      :D

    • 18 février 2014 , 10 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est que j’ai le sabot large…
      Surtout le gauche !

  7. 18 février 2014 , 12 h 31 min - phil prend la parole ( permalien )

    savais-tu qu’il avait été repris en film par Diane Bertrand avec une certaine Olga …. pas comme on pourrait le penser …
    mais Olga Kurylenko
    Hummmmmmmmmm

    • 18 février 2014 , 16 h 09 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pas vu encore le film…
      Et je ne suis pas si pressé que ça.
      Peut-être par curiosité, mais comme je me suis fait moi même le film en lisant le roman… certes sans Olga Kurylenko, mais…

    • 18 février 2014 , 18 h 05 min - phil prend la parole ( permalien )

      parceque y’a Olga … je me fais des films !

  8. 25 février 2014 , 10 h 34 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Et oui, mon Bison, ton ranch est fréquenté par tout un tas d’obsédés et de dégénérés…

    Je le reconnais… :D

    • 25 février 2014 , 12 h 10 min - phil prend la parole ( permalien )

      non mais dit c koi ca !
      tu as des preuves pour dire ca

Ajouter un commentaire

PS: XHTML est autorisé. Votre adresse mail ne sera jamais publié.

S’abonner aux commentaires par le flux RSS