Sugar Man [Malik Bendjelloul]

Par le Bison le 30 janvier 2014

Une musique en Afrique du Sud. Un vieux folk sur la plage de Cape Town qui n’effraie même pas les pingouins habitués à la médiatisation de leur plage. Le soleil à son zénith, la chaleur fait fondre le bitume. A l’autre bout de la planète, des flocons de neige comme des balles de golf qui tombent du ciel. Le vent, le froid, le Michigan, Detroit et sa ville laide et abandonnée. Le rapport entre ces deux contrées ? Un vieux type, métis et tatoué. Une guitare et des paroles sensées. Le script : la seconde chance d’un homme.

Au centre, Sixto Rodriguez. L’homme qui relie ces deux continents, ces deux pays. L’homme qui a milité sans le savoir contre l’Apartheid, presqu’aussi efficacement qu’un Nelson Mandela enfermé dans son cachot. L’histoire débute en cette fin de second millénaire. Un disquaire et un journaliste tentent de remonter la piste Sixto, cet homme que certains prénomment Jésus. Qui est cet homme dont ces disques ont tant fait pour ce pays quelques années plus tôt ? Aucune information n’a filtré sur le sujet. Le mystère est complet, pour ne pas dire mystique.

Sixto Rodriguez n’est pas prophète en son pays. Deux albums dans les seventies, flop et re-flop. Fin de l’aventure. Les éditeurs le lâchent. Pourtant à 13308 km + un tour de stade, le gars remplirait plusieurs stades d’affilée. Plus grands que Johnny Clegg et Savuka réunis. Pourtant les sud-africains ne le connaissent même pas, jamais vu, jamais venu. Pensent-ils même qu’il s’est immolé sur scène. Folle rumeur, tellement surréaliste qu’elle en parait crédible.

Sugar Man est ce formidable documentaire sur la vie d’un homme qui aurait pu être une star à l’instar de Bob Dylan dont les maisons de disques et les critiques de l’époque tentèrent de le comparer. Pourquoi n’a-t-il pas percé ? Pourquoi est-il resté couvreur ou plombier ? Avec son unique  femme depuis si longtemps. Il aurait pu être star, il n’est que père de famille… Frustré ? Même pas.

Mais quarante ans après, il récolte la consécration, le devant de la scène grâce à ce fabuleux documentaire. N’imagine pas la joie quand je vois ces sud-africains médusés et tremblants lorsqu’ils découvrent l’inimaginable : Sixto est vivant ! Hallelujah, un miracle… Émouvant, je découvre aussi le bonhomme, intègre et sans amertume.

Et maintenant, on lui donne sa seconde chance, celle que tout homme devrait avoir… J’ai cru comprendre que son passage dans les salles parisiennes frisait presque le ridicule. Fatigué le vieux ? Tant pis, je me contenterais de son passé. L’heure de gloire a sonné trop tard… Reste toujours les deux albums à découvrir.

« Sugar Man » [2012], on a lonely dusty road…

9 commentaires
  1. 30 janvier 2014 , 20 h 19 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Ha le voilà donc ce fameux Sugar man qu’on a redécouvert 50 ans après. Il y a donc parfois une seconde chance, certes qui a pris son temps. Ca laisse une drôle d’impression. Mais il n’y a pas de raison qu’on ne (re)découvre pas Picardy White Eeguab. :) Merci l’ami.

    • 30 janvier 2014 , 22 h 05 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Dès qu’il y a une guitare folk, la comtesse arrive.
      Bacardi White ? connais pas… A découvrir !

      J’ai cherché sur ton site, mais pas de trace de Sixto. Il n’est pas passé par chez toi ?

  2. 30 janvier 2014 , 22 h 18 min - Princécranoir prend la parole ( permalien )

    Après les vieux briscards du Buena vista social club déterrés par Ry Cooder, c’est au tour d’un obscur folkeux sudaf de refaire surface grâce à un documentariste suédois. Je n’ai pas vu le film, ayant privilégié pour une fois l’écoute. La B.O. est en effet bluffantes, les titres séduisants et efficaces. Le doc semble ad hoc. Arte devrait sans doute combler ma curiosité un de ces quatre.

    • 30 janvier 2014 , 22 h 26 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Oui, bien le style Arte.
      Le doc est passionnant, pour peu qu’on soit sensible un peu au folk et à la guitare. Et puisque la B.O. te parait bluffante, le film sera un complément idéal pour voir ce qu’il y a eu autour de cette musique en Afrique du Sud.

  3. 1 février 2014 , 8 h 55 min - manU prend la parole ( permalien )

    Je n’avais jamais entendu parler de ce type.

    • 1 février 2014 , 12 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      je crois qu’avant ce formidable docu, personne n’avait entendu parler de ce type. A part si tu es sud-africain (ce qui j’en doute compte tenu de ta passion pour le pineau des Charentes) !

    • 1 février 2014 , 16 h 49 min - phil prend la parole ( permalien )

      idem, jamais entendu par chez nous. Y’a pas d’échos pour ca !

    • 1 février 2014 , 19 h 37 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pourtant, juste derrière tes montagnes, c’est l’Afrique du Sud !

    • 4 février 2014 , 17 h 29 min - phil prend la parole ( permalien )

      mais le hic on est dans les gnoles alors pour voir …

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