Hi Lo Country [Max Evans]

Par le Bison le 21 février 2014

Une nouvelle prairie où l’herbe est moins verte. La faute à ce putain de vent qui souffle plus de trois cents jours par an et qui dessèche tout sur ses rafales, mon gosier aussi. Un ranch, sans nom, perdu dans le Nouveau Mexique. Hi Lo, la grande bourgade du coin, une épicerie, un poste de police, et deux bars qui se font face à face, le Wild Cat Saloon et le Double Duty Saloon. J’y vais dans l’un, dans l’autre, parfois les deux à la suite. Peu de divertissements en dehors des grands rendez-vous de rodéo et de foires aux bestiaux.

« La vie sociale n’est pas très développée, dans notre région. C’était une des raisons pour lesquelles, en un seul week-end, on buvait suffisamment de whisky, on jouait suffisamment aux cartes et on draguait suffisamment de filles pour tenir six mois ensuite. »

Là-bas se racontent des histoires de cow-boys, fiers et humains. Comme dans le temps de grand-père, à l’ancienne. Le cheval pour monture, Vieil Alezan, et les chevaux mécaniques parqués dans une grange. Une terre brulée par le vent, où plus rien ne pousse avec la sécheresse. Les agriculteurs ont abandonnés au profit des vachers, mais les vaches cherchent tant bien que mal à travers les broussailles de quoi brouter un peu de force. Sécheresse du gosier, les bouteilles de whisky se passent de main en main, entre voisins, entre cow-boys. Juste pour garder de bons rapports, juste pour entretenir l’amitié. À Hi Lo, ce mot a encore un sens. À l’ancienne. L’amitié est plus forte que tout, Pete et Big Boy Matson, que rien ne pourra séparer. Mona, au milieu. Classique du triangle amoureux. L’amitié comme enjeu. Mais Mona, belle entretenant le mystère et un mari qui ne s’occupe même pas d’elle.

« Espérais-je que quelqu’un se chargerait du meurtre à ma place ? Au nom de quel enfer un homme pouvait-il aimer un autre homme, presque d’un véritable amour, et néanmoins souhaiter sa mort ? Tout ça à cause d’une femme qu’il connaissait à peine… quasiment pas ? Une chose était absolument certaine, en tout cas : Mona exerçait sur moi une emprise supérieure à l’amitié que j’éprouvais pour mon meilleur ami. »

Là-bas, quand il y a un problème, on sort du bar et on se tape dessus à coups de santiags dans les couilles et de poings dans la gueule. La virilité de l’ouest. Sauf qu’à ce petit jeu, un jour ou l’autre, je m’attends à voir Big Boy Matson entre quatre planches de cèdre. Inéluctable. Le nombre d’ennemis qu’il a pu se faire dans sa vie, juste parce qu’il est entier, qu’il a ses idées à lui, et que l’hypocrisie sociale ne l’intéresse pas. Oui, Big Boy Matson ne finira pas le bouquin. Ce n’est pas une surprise, on te l’apprendra dès le début si tu oses mettre les pieds à Hi Lo. Une contrée qui se mérite et se respecte, là où le vent nous portera…

« C’était une région solitaire, et ceux qui y vivaient se rendaient dans la ville moribonde de Hi Lo pour voir quelqu’un, parler vaches et chevaux, se saouler, jouer et aller aux putes. Hi Lo était le cœur des prairies infinies et des gorges sauvages. Mais la terre l’avait frappée de sa malédiction elle aussi. Pendant plus de trois cents jours par an, le vent la transperçait de part en part… »

Pour les cinéphiles du coin, Max Evans en a bavé pour vendre les droits d’auteur de ce bouquin. Nombreuses palabres et discussions juridiques entre avocats. Une vie presque plus compliquée que de tenir en état un ranch dans la banlieue de Hi Lo. Une option, très tôt de son ami Sam Peckinpah, jamais concrétisée, avant que le dossier n’arrive bien des années plus tard sous la caméra de Stephen Frears. Sans enlever de mérite au britannique, nul doute que le western de Sam aurait eu une tournure peut-être différente. Toujours pour les cinéphiles, version professionnelles, Max a joué dans « La Ballade de Cable Hogue » de son ami Sam Peckinpah, puis publié un récit du tournage sous le titre « Sam Peckinpah, Master of Violence ».

« - Sais-tu ce qu’il m’a dit un jour ? Il m’a dit que personne ne pouvait être heureux, car dans ce putain de monde tout est une histoire de rivalité. Le moindre brin d’herbe rivalise avec celui d’à-côté, chaque coyote essaye d’avaler plus de viande que celui d’à-côté, chaque vautour espère trouver plus de charogne, chaque rivière essaye d’arriver la première à l’océan, et chaque saloperie de cactus se débat pour plonger ses racines le plus profondément possible dans le désert.

- Un cow-boy philosophe, dit-elle sans le moindre sarcasme. »

« Hi Lo Country », une vraie histoire d’amitié. Des volontaires pour être mon ami(e) ?

« Hi Lo Country », Des poussières de toi Le vent les portera Tout disparaîtra mais Le vent nous portera…

15 commentaires
  1. 21 février 2014 , 13 h 00 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Suis volontaire moi :D

    Mais pas pour cette lecture trop cowboy pour moi. Tu t’en doutais non ? ^^

    En revanche bon choix musical :

    « Je n’ai pas peur de la route
    Faudrait voir, faut qu’on y goûte
    Des méandres au creux des reins
    Et tout ira bien….. »

    • 21 février 2014 , 13 h 03 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Suis volontaire moi

      Une phrase qui me réchauffe le cœur.

      trop cowboy pour moi.

      Pas beaucoup de place ici pour une cowgirl.
      Par contre, on chevauche facilement le taureau qui ne se laisse pas faire ;)

      En revanche bon choix musical

      L’un de mes albums préférés.

  2. 21 février 2014 , 19 h 36 min - Princécranoir prend la parole ( permalien )

    J’ai vu le très bon film de Frears il y a un paquet d’années de cela. Je ne savais pas que Bloody Sam avait projeté de s’y coller en son temps. Me reste à me laisser soûler de la prose d’Evans pour compléter ma culture si j’ai bien compris (et si en plus Sam is on my side, alors je dis « en selle » !)

    • 21 février 2014 , 19 h 56 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pour avoir vu dans la foulée le film de Frears, ce dernier m’a partiellement déçu. Le scénario est réduit à la romance, et les histoires de rodéo et de ranch sont quelque peu passées sous silence. L’esprit cow-boy du roman n’y est plus. Mais, il y a Pénélope Cruz dans un second rôle (et là, mon baromètre de satisfaction remonte un peu)…

  3. 21 février 2014 , 20 h 48 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Cette terre de sable, que je connais un peu moins, est bordée à l’ouest par l’Arizona, mon plus grand coup de foudre américain avec son désert du Mojave et ses bestioles vénéneuses (je n’ai jamais autant gardé le rythme, surtout ne pas s’asseoir près des rochers, faut oublier la petite randonnée romantique avec pique-nique en pleine nature), ses rochers rouges, ses tempêtes de sable à l’horizon, ses cactus, ses canyons, c’est à vous couper le souffle. Mais le Nouveau-Mexique, c’est autre chose, c’est le Texas que tu décris si bien ici, avec doigté. Pour le livre en soi, je ne sais pas, peut-être que oui, au final, ne serait-ce que pour les lieux et l’évasion, même s’ils sont arides… J’aime ta présentation, on s’y sent presque…

    • 22 février 2014 , 11 h 57 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ton désert du Mojave m’a donné soif. J’avais envie de m’y arrêté et tant pis si je me faisais piqué. L’appel du gosier est plus fort…

  4. 21 février 2014 , 20 h 58 min - manU prend la parole ( permalien )

    Des volontaires pour être mon ami(e) ? »

    Ah ben on est pas désespéré à ce point… ^^

    • 21 février 2014 , 22 h 24 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Mdr… Oh la giflasse … ! ^^ ;)

    • 21 février 2014 , 22 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Totalement désespéré ! Tu vois combien de verres ? Hein ? Un ! Personne pour boire avec moi… Ah si je prends du pineau pour fillettes, y’a du monde mais dès que je sers des verres pour les rustres ou les hommes, il n’y a plus personne..

  5. 25 février 2014 , 10 h 21 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Hello ^^ Compte une volontaire de plus ! Et si nos gosiers sont trop desséchés, on ira les irriguer au salon !

    Bouge pas, j’arrive sur mon cheval…

    ♫ I’m poor lonesome cowgirl ♪

    Sinon, j’ai aimé lire ta chronique, mon Bison ;)

    • 25 février 2014 , 10 h 49 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Hello ^^ Compte une volontaire de plus ! Et si nos gosiers sont trop desséchés, on ira les irriguer au salon !

      Youpi ! Hey tavernier, Jus d’orange pour tout le monde, c’est ma tournée. Royale ! Non, je déconne…

    • 25 février 2014 , 12 h 11 min - phil prend la parole ( permalien )

      il me semblait bien !

    • 25 février 2014 , 13 h 15 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Yep, c’est la tournée du grand de l’immense du majestueux Phil, plus communément appelé dans sa contrée El Bibi !
      Double Single Malt pour toutes les âmes qui fréquentent ce lieu de perdition et de débauche !

    • 25 février 2014 , 13 h 53 min - phil prend la parole ( permalien )

      et m…. je vais encore raquer !
      bon ca va c pour la bonne cause !

  6. 25 février 2014 , 16 h 19 min - phil prend la parole ( permalien )

    et l’parigot de bison est-y en vacances ou bien ?

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