Enigma Variations [Edward Elgar]

Par le Bison le 28 janvier 2014

« Malgré mon goût pour la musique, j’ai cessé de la pratiquer mais je me souviens du jour de mes quinze ans où Mishiwa, une amie qui étudiait la clarinette et embrassait merveilleusement, m’offrit un disque dont le titre me charma immédiatement : Enigma Variations d’Edward Elgar, un compositeur anglais du XXe siècle. Je l’avais téléchargé sur mon iPod et je l’écoutais chaque jour. C’était devenu un rituel. »

Première page d’un bouquin, Enigma d’Antoni Casa Ros. C’est un appel direct. Appel du pied, de la main, du cœur. Je ne connaîtrais pas cette Mishiwa qui embrassait si merveilleusement bien mais je peux approcher Edward Elgar. Mon choix se porte sur l’Orchestre Symphonique de la BBC dirigé par le chef d’orchestre Leonard Bernstein.

Et là, je ne comprends plus ce qui m’arrive. J’ai peur, je frissonne. Je ne peux même plus griffonner quelques mots sur une page blanche. Une émotion si rarement ressentie. Comme une intense décharge électrique qui me descend le long de l’échine. Ce n’est pas que LA musique. C’est l’association avec le roman. Les deux se fondent en moi, s’emparent de moi. Quand j’écoute profondément, je sens le souffle des instruments et je vois les mots défiler sur les pages comme les notes sur la partition. Lorsque je lis le roman, au fond d’un coin de ma tête, cette musique rejaillit pleinement à en humidifier mes yeux.

Par ici, les transports, c’est genre galère et foire aux bestiaux. Alors moins j’y suis, mieux j’me sens. Vieil adage du citadin pressé. Il faut que ça aille vite, je marche, je cours, je respire à peine. Et là, depuis que je me retrouve seul avec Leonard et son orchestre, je prends le temps. Pas pressé le Bison, bien au contraire. Il réduit son allure, justement pour prolonger cette rencontre. Il essaye d’étirer le temps comme le fait le chef d’orchestre dans ses grimaces faciales et ses gesticulations saugrenues. Point de baguette mais de lourds sabots qui martèlent le sol au rythme de la grosse caisse, des poils qui s’hérissent avec les cordes. Je rallonge le parcours, rythme lent, extrêmement lent, rythme rapide, extrêmement rapide. Démesure des extrêmes. Je n’ai plus envie de rentrer. Sentir les gouttes d’eau sur mon visage, regarder le reflet de la lune dans les flaques, avancer seul et libre. Et lorsque la dernière note est posée, je suis lessivé, j’ai besoin de silence. Et de très longues minutes pour m’en remettre.

Je sais qu’il y a quelques semaines, je n’aurais même pas eu la curiosité d’écouter ces variations énigmatiques. Je ne devais pas être « mûr » pour cette musique, pas le bon temps. Il faut justement en prendre, du temps, pour accéder, respirer, contempler cette musique. J’ai appris même qu’il n’est pas nécessaire de s’y connaître, d’avoir joué un instrument ou étudier les notes. Juste être à l’écoute et trouver le bon moment. Il y a des rencontres qui peuvent te bouleverser comme celle avec ce romancier catalan. Et puis il y en a d’autres qui te poussent à en découvrir encore plus. A fouiller ses écrits, à aller au-delà de tes certitudes, à percevoir l’émotion de ces notes de musique qui jusqu’ici te semblait inaccessible.

Merci pour ce livre et ce qu’il représente à mes yeux.

Un profond bouleversement en moi, comme un avant et après.

Je suis touché – pas encore coulé.

7 commentaires
  1. 28 janvier 2014 , 23 h 34 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Tu viens de faire un parallèle entre ce roman et cette musique et c’est tout simplement MAGNIFICO !

    La puissance de ces variations sont à la hauteur des mots de ce catalan.

    Merci à toi de m’avoir fait découvrir cet auteur… d’ailleurs je m’en retourne dans ma couche ou mon catalan m’attend…

    Tu as exactement 2 ou 3 jours pour me trouver un auteur, un roman de la même verve… Tu te d’emmerdes! C’est de ta faute tout ça ^^

    Et ma MC bouhhhhhhhh ;)

    • 29 janvier 2014 , 20 h 01 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      MAGNIFICO, c’est le mot. La version vidéo de YouT ne fait pas honneur à la qualité sonore du disque…

      d’ailleurs je m’en retourne dans ma couche ou mon catalan m’attend…

      je ne dis rien, mais y’en a un qui a de la chance. Et en plus, il sait écrire, lui. Il sait transmettre des émotions, lui. Il sait me faire rêver, et me faire pleurer, lui…

      Tu as exactement 2 ou 3 jours pour me trouver un auteur, un roman de la même verve… Tu te d’emmerdes!

      Je peux déclarer forfait ? Parce que un type au sang chaud qui manie aussi bien la plume avec sensualité et onirisme, je n’en croise qu’un tous les 10 ans et encore. Il n’y a qu’un catalan, pour ça ! (ou un gars qui s’appellerait Bukowski ;)

    • 30 janvier 2014 , 7 h 50 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Ne jamais déclarer forfait petit scarabée… c’est une règle d’Or… !

      Le message est passé ?

      ;)

    • 31 janvier 2014 , 22 h 08 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le délai a officiellement expiré.
      J’ai échoué, je n’ai rien à te proposer…

      Est-ce que je peux avoir une rallonge ?

  2. 29 janvier 2014 , 20 h 00 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    J’ai bien écouté les liens musicaux, en fermant les yeux pour mieux ressentir. Il y a des pièces musicales comme celle-ci qui nous emportent, crescendo, telle une bouffée de chaleur dans le ventre et qui mouillent nos yeux d’émotions fortes. C’est ce que j’ai ressenti ici, sous la direction du grand Bernstein. Une envie irrépressible de danser sur la pointe des pieds, car il me semble que ces compositions se prêteraient à une chorégraphie de ballet classique. C’est tout simplement magnifique… (super la citation et le lien avec le livre)…

    • 29 janvier 2014 , 20 h 15 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Bon, je suis moins ballet que toi. Je n’ai pas encore dépassé ce stade… Mais oui, magnifique, les yeux fermés…

    • 30 janvier 2014 , 11 h 28 min - phil prend la parole ( permalien )

      toi c sur a part le stade OM …..

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