Le Dessin au Sable [Akiyuki Nosaka]

Par le Bison le 27 janvier 2014

Catégorie : 3 étoiles, Asie

« D’après ce que j’ai pu voir aux bains, la gamine est encore pucelle. – ça, y’a aucun doute là-d’ssus. – Quand on est seule au monde, qu’on a encore sa fleur, et qu’en plus on est jolie comme elle l’est… – Seize printemps, l’âge où la fleur s’éveille… »

La botanique chez moi, c’est comme une seconde passion. Les jeunes pousses en fleur, c’est admirable de beauté. J’ai envie de sentir leur parfum, de les toucher les caresser, les choyer, les serrer et les prendre voluptueusement. Je sens l’âme d’un poète monté en moi. Un peu de vigueur, bon sang !

Présenté de cette façon, j’ai l’air d’un détraqué, d’un malade psychopathe qu’il faudrait camisoler de force au plus tôt. C’est que la Nature est si belle. La Nature de la femme surtout.

Il ne faut pas voir le mal partout, surtout là où il n’y est pas. Après tout, ces quelques messieurs qui veulent s’offrir du bon temps ne commettent pas l’irrémédiable. Cette jeune fille, Timo, aux seize courts printemps qui n’a pas encore connu la jouissance de sa vie. Elle est belle, même plus, avec ses cheveux noir de jais, sa peau si blanche et ses petites veinules toutes bleues, et ce parfum… Quelle est donc cette odeur ?

« Quand on y réfléchit, mais c’est une forme de service qu’on leur rend à elles aussi, puisque, de toute façon, la religion prétend qu’une fille qui n’a jamais connu d’homme ne peut pas gagner le Paradis. » La Nature ayant pourvu les femmes d’un sexe pour donner du plaisir aux hommes et pour puiser leur propre jouissance, une vulve demeurée close ne peut qu’être chargée de rancœur, c’est en quelque sorte faire œuvre pie que de l’en soulager un tant soit peu…

Parce que pour retrouver un peu de vigueur, redresser fièrement son membre, il faut – je résume – une jeune fille en fleur, pucelle bien entendu, et… fraîchement morte. C’est dans les mœurs de l’époque, un remède de grand-mère ou de sorcière malsaine.  C’est donc ça l’odeur. Voilà donc le thème principal de cette courte nouvelle, la nécrophilie ou thanatophilie – tu l’appelles comme tu veux-, sans honte et sans tabou. Allons, ne fais pas l’effarouchée, n’aie pas peur tu as passé l’âge. Et puis, c’est pour son bien, son bonheur dans l’au-delà. Je suis sûr que tu n’as jamais lu de roman sur un tel sujet. Certes, c’était il y a deux siècles et les us et coutumes ont du évoluer depuis cette époque… Mais un Nosaka, aussi pervers soit-il – et pour cela je te rappelle aux bons souvenirs de la vigne des morts sur le col des Dieux décharnés – ne se refuse pas, comme ce cadavre qui présente sa vulve encore chaude.

« Depuis les tendrons de douze, treize printemps, au duvet encore à peine apparent jusqu’aux vieilles routières de maison, en passant par les lisses comme des œufs et les velues comme des ourses, sans oublier les théâtreuses sur le retour et les nonnes dépravées en rupture de vœux, il avait goûté avec les unes et les autres à toute la palette des voluptés que le corps féminin peut offrir, moyennant quoi, à la longue, il s’était retrouvé avec des reins vidés, or ce jouisseur invétéré demeurait encore sur sa faim et à peine vit-il Tomi que, l’air concupiscent, il la serra contre lui, le membre déjà saillant, aux dimensions d’un avant-bras qui surprirent l’entremetteuse elle-même, puis, soulagé, se retira en laissant une vulve distendue : « eh bien, dites donc, c’est que vous me l’avez vilainement arrangée ! – Et mon cul ? N’importe comment, elle doit finir sous les pissenlits et nourrir les vers, pas vrai ? C’est égal, même une moule de trépassée, ça vous a du bon ! «  lança-t-il insolemment avant de disparaître.

Bon, allez, tu sembles croire que je suis un dépravé total, immonde, abjecte, alors je te propose le titre en entier : « le dessin au sable et l’apparition vengeresse qui mit fin au sortilège ». Cela te laisse présager du sort de ces quelques messieurs. Ouf, l’honneur est sauf, l’humanité n’est pas si malsaine, les dieux ont une pointe de compassion.

Merci donc pour ce roman dépravé. Je ne sais pas si je dois en être FIER ou en avoir HONTE. Non pas de cette délicieuse lecture, mais qu’un ami connaisse suffisamment mon goût totalement détraqué pour m’offrir un livre parlant ouvertement de la thanatophilie sur mineure. PS : Black Isle, moins noire que son nom le laissait présager, s’est avérée également délicieuse. Tout en finesse et en subtilité comme le roman de Nosaka…

« Le dessin au sable », ou les soubresauts de quelques messieurs tranquilles venus fourrager la vulve d’une pucelle morte.

12 commentaires
  1. 27 janvier 2014 , 20 h 40 min - Coccinelle prend la parole ( permalien )

    La thanatophilie ? Connaissais pas ! Dis donc, ça n’a pas l’air amusant comme lecture quand même !
    Quitterais-tu un peu le Japon pour la Corée avec le Printemps coréen # 2 ou tu ne participes à aucun challenge ?
    http://laculturesepartage.over-blog.com/2014/01/challenge-printemps-coreen-2.html
    Bonne soirée. Et bonne année 2014 ! (je ne me rappelle plus si je te l’ai déjà souhaitée).

    • 27 janvier 2014 , 21 h 53 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Dis donc, ça n’a pas l’air amusant comme lecture quand même !

      Le sujet est abjecte, mais la grivoiserie littéraire rend le roman léger

      ou tu ne participes à aucun challenge ?

      A vrai dire, je n’ai pas de lectures coréennes en stock…

  2. 27 janvier 2014 , 20 h 47 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    que dire d’un tel livre… Rien ne me choc, j’en ai entendu parler comme beaucoup de monde.

    La question que je me pose c’est à quel moment ça a dérapé pour qu’un homme en arrive à avoir de telles pulsions… Une mère castratrice ? Un père barjot ?

    Il y a 2 siècles c’était peut être dans les US mais aujourd’hui ?

    Non ! Vraiment je n’y vois aucun intérêt à lire un tel livre, même par curiosité !

    • 27 janvier 2014 , 22 h 09 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est avant tout une œuvre littéraire…

      La question que je me pose c’est à quel moment ça a dérapé pour qu’un homme en arrive à avoir de telles pulsions…

      La légende. Pourquoi la corne de rhinocéros est-elle si prisée surtout dans les pays asiatiques. Des vertus non fondées comme cette histoire de retrouver la vigueur de son membre avec une vierge fraichement morte…

      Vraiment je n’y vois aucun intérêt à lire un tel livre, même par curiosité !

      Un livre ‘sérieux’ sur le sujet ne présenterait aucun intérêt. Je suis d’accord avec toi. Ici, c’est avant tout un roman d’un grand romancier japonais qui a souvent flirté avec le scandale. Dans la plus pure tradition de la grivoiserie orientale.

      Le sujet est certes totalement immonde et abject, mais l’auteur décrit son histoire comme un mélange de comédie, une réflexion sur l’horreur, une parodie de justice. Avec cette pointe de fantastique, entre fantômes, sorcières et Dieux… Et un peu de poésie…

      A ne pas prendre au sérieux… Comme tout ce que je dis ici ;) ou presque ;)

  3. 27 janvier 2014 , 21 h 06 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Si c’est à lire avec une Black Isle en écoutant du Pink Floyd, pourquoi pas…

    • 27 janvier 2014 , 21 h 53 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      option non négligeable…

    • 28 janvier 2014 , 11 h 12 min - phil prend la parole ( permalien )

      c clair que c bien mieux !!!
      au moins tous les sens sont en éveil
      de koi peut être réchauffer un vide de rein !!!

  4. 27 janvier 2014 , 21 h 06 min - manU prend la parole ( permalien )

    Une petite question personnelle, tu as lu ce livre d’une seule main ou pas ?? ^^

    • 27 janvier 2014 , 21 h 59 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      On m’a forcé à le lire… Ce n’est pas mon genre de lecture ! Les mains attachées, les yeux ouverts…

  5. 28 janvier 2014 , 11 h 08 min - phil prend la parole ( permalien )

    C’est un japonais de talent quoi qu’on en dise.
    Il a vécu avec un certain sentiment de culpabilité, qu’il transpose a sa manière, crûment, cruellement avec horreur dans ces livres c sur.
    Mais après la guerre, cet homme a vu mourir devant lui sa jeune sœur de même pas 2 ans morte de famine, toute décharnée alors quand on ne voit que os et peau … et soit même on survit …

  6. 28 janvier 2014 , 20 h 45 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Hello, membre viril de Babelio !

    « Comment savaient-ils que la jeune fille était pucelle ? » avais-je envie de te demander d’entrée de jeu, m’amusant sur le fait que des bulles avaient dû sortir de l’eau quand elle y était entrée… mais là, je suis le bec dans l’eau tandis que les messieurs ont la verge ailleurs…

    Un peu dégueu, surtout niveau odeur, mais là ils ont une bonne excuse si on leur dit « la fille a rien senti » ou « tu baises tellement mal qu’elle a pas moufté »… :oops:

    Un truc à lire sans se prendre au sérieux… ;)

    • 28 janvier 2014 , 22 h 19 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Il faut du courage pour écrire aussi loin, sans tabou, mais avec le gout âpre du souffre et du scandale. L’auteur a beaucoup souffert dans sa vie, et ses écrits ressentent ce mal-être. Si tu prends ses livres au sérieux, tu souffres et tu te trouves immondes. Alors oui, oublier un peu le sérieux pour ne garder à l’esprit que l’œuvre littéraire.

      Pour les fans de l’animation japonaise, il est surtout connu pour La Tombe des Lucioles (que je n’ai pas lu) qui donnera plus tard aux studio Ghiblis le fameux Tombeaux des Lucioles…

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