Asie Fantôme [Ferdynand Ossendowsky]

Par le Bison le 25 juillet 2011

Catégorie : 5 étoiles, Europe

Avec un auteur polonais, Ferdynand Ossendowski, avec des localités presqu’aussi imprononçables qu’éloignées dans les profondeurs des steppes sibériennes, j’étais épris d’une petite crainte, celle de me perdre dans une littérature de l’Est froide et hermétique à l’image des forêts obscures de l’Ienisseï…

« Le géant Ienisseï a toujours exercé sur mon imagination un prestige irrésistible et dominateur. J’ai déjà dit comment cette immense masse d’eau verdâtre, froide et pure, qui descend des sommets neigeux des monts Sayan, de l’Abakan, de l’Oulan taïga et des Tannu-Ola, se soulève dans sa toute-puissance et brise la dalle massive de glace sous laquelle l’hiver cherche à l’ensevelir.

J’avais éprouvé une douloureuse sensation de malaise à voir les inimaginables épaves humaines que le fleuve charriait vers le nord, comme un affreux butin, jusqu’aux solitudes glacées de l’Arctique.

Quand je vis cette débâcle, en 1920, aux premiers jours de ma fuite de Sibérie, mon cœur frémit d’indignation et des paroles de malédiction montèrent à mes lèvres. Je me trouvais si loin du XXe siècle, de sa culture et de sa civilisation, en face d’un pareil anachronisme d’horreur ! »

Cependant, dès le début de sa « quête », l’auteur a su me mettre à l’aise avec les noms barbares de contrées aussi froides qu’enneigées. Pour cela, il s’est mis à me conter de grandes aventures humaines, passionnantes entre steppe et taïga, une virée à travers le Far-West Far-East à la rencontre d’hors-la-loi et de justiciers, de barbares et de tartares, de tigres et de bisons.  Une ode sauvage à de lointaines contrées dont peu de romans se sont aussi bien attelés à les décrire. Une nature sauvage et magnifique, ses dangers font peur, son parfum enivre, sa beauté subjugue. « Asie Fantôme » est un véritable livre d’Aventures avec un grand A, d’Amour aussi pour la Nature et pour l’Asie, une Asie si peu décrite dans notre littérature contemporaine. Vladivostock, l’Altaï, les confins de la Mongolie et aussi l’île de Sakhaline comme vous ne l’avez (et ne la verrai) jamais…

« J’arrivai à Vladivostock en février ; le brillant soleil de ces rivages orientaux était déjà chaud. Les arbres bourgeonnaient, l’herbe renouvelait son tapis printanier sur les prairies ; sur les pentes des montagnes les violettes et le muguet étaient en fleurs.

[…] Au-dessus du quartier européen et officiel, se trouve le quartier japonais, qui vit replié sur lui-même, selon les coutumes importées du pays du Soleil levant. Plus loin, derrière la montagne, s’étend un amas de débris humains : des masures à moitié enfoncées dans le sol, des palissades brisées, des toits défoncés, des ruisseaux de boue fétide. Les hommes y pullulent comme des rats. Vêtus de pantalons de coton blanc ou rose, de vestons courts, les cheveux étrangement noués en un petit chignon et recouverts d’un chapeau de crin sous lequel le chignon ressemble à un oiseau en cage, le visage sale, brûlé par le soleil et malgré tout gracieux, parlant un langage venant du fond de la gorge comme un aboiement, ce sont les Coréens, venus du pays du Matin calme. Dans ces taupinières, dans ce labyrinthe de ruelles sales et boueuses, sur ces tas d’ordures rejetées par la ville, ces étrangers mènent une existence tout à fait séparée de celle des autres habitants, et totalement en dehors de la loi. Parfois seulement, quand une épidémie de choléra, de variole ou de peste fait rage, les autorités russes ordonnent à tous les coréens de quitter le district de la forteresse et, sous peine de sévère châtiment, les obligent à partir, affamés, grelottant, dans la direction de la frontière coréenne, vers les rives du Tumen. La ville est alors incendiée, ce qui est le meilleur des désinfectants. […] »

Des parties de chasse orgiaques aux recherches scientifiques dans les mines de sel. Ces deux prétextes ont souvent servi à l’auteur d’excuses pour partir à la découverte de ces nouveaux territoires sans loi, parfois barbares, toujours sauvages. Et ainsi confronté aux rudes tempéraments de la steppe, l’auteur croise plus facilement l’âme des gens, des tartares et des mongoles, des paysans et des voleurs, des assassins et des humains. Pour moi, ce fut également une grande découverte, celle d’un formidable roman d’aventures épiques et d’un auteur qui nul doute, trouva son inspiration dans Jules Verne et qui inspira un certain Nicolas Bouvier…. Et en plus vous verrez de nouveaux bisons, différents de ceux du Montana, les bisons de Sibérie, tout aussi majestueux, graciles, de vrais mastodontes poilus !

Paris – Warszawa :

Le voyage. Pas touristique, mais le vrai, pour découvrir d’autres réalités, permet je pense d’apprendre et de développer cette notion animale qu’est la liberté. Revendiquée par tous depuis des milliers d’années, ceux qui désirent tout enfermer n’ont toujours pas appris à la respecter. […]

Enidm :

Ferdynand Ossendowski est tour à tour ethnologue, géologue, chasseur, pêcheur, botaniste… J’en oublie sûrement. Il n’a pas d’a priori et aime aller vers les gens. On avance d’aventures en aventures et on a jamais envie que cela s’arrête. Du bonheur pleins les mirettes…
Grâce à une écriture absolument magnifique et limpide sans jamais être didactique, il nous fait découvrir un monde que l’on aurait jamais soupçonné.

.

Ajouter un commentaire

PS: XHTML est autorisé. Votre adresse mail ne sera jamais publié.

S’abonner aux commentaires par le flux RSS