Tierra Del Fuego [Francisco Coloane]

Par le Bison le 16 janvier 2014

« - ça vous dirait d’aller travailler à Navarino ?
Navarino ?… fis-je, essayant de me souvenir.
Oui, Navarino ! La grande île au sud du canal de Beagle. Cette proposition me cueillit au cours d’une de ces journées où l’on pourrait s’embarquer vers n’importe où. Je traînais sur les quais comme séparé de moi-même, tels ces lambeaux de nuage qui paressent dans le ciel après une tempête et que le premier souffle du vent emporte. J’avais été moi aussi balayé par une tempête, qui avait laissé dans ma mémoire l’image d’une femme et déposé dans mon cœur une lourde goutte d’ombre, qui de temps à autre épaississait mon sang. »

Une telle proposition ne se refuse pas. Je suis toujours prêt à prendre mon quart sur la passerelle : « Barre à Bâbord, Toute ! » Comment peut-il en être autrement ? Découvrir le monde, chevaucher les vagues, chanter du Florent Pagny et s’aviner avec les baleines, partir loin au-delà de la ligne d’horizon, cap vers le soleil qui ne se couche jamais… Destination : le Chili, la Patagonie et Tierra del Fuego, la Terre de Feu.

Si j’ai plongé dans l’univers Coloane, ce fut justement pour me préparer à un long voyage. Voyage vers l’aventure, voyage vers la découverte des contrées tellement lointaines que seuls mon imagination et mes rêves peuvent y mettre les pieds… Cette expédition qu’elle soit à travers la pampa ou sur les flots agités d’une mer en compagnie des baleines et cachalots est inoubliable. J’en oublie même les histoires, courtes, je regarde le soleil se coucher sur l’horizon seul au milieu de la pampa, ou seul au milieu d’un océan agité. Pourtant, elles sont plaisantes ces nouvelles, parfois drôles, parfois tendres mais le plaisir, pour moi, est ailleurs. J’aime voyager et je retiens surtout ces fabuleux paysages de Chili ou de Patagonie.

Le spectacle m’essouffle à la tombée de la nuit, lorsque les premières étoiles me font des clins d’œil complices. Quelques pièces d’or en main, à la recherche d’un trésor caché, ou dans un bar miteux à m’ivrogner en compagnie d’un vieux loup de mer, voilà de quoi s’évader pleinement de mon quotidien, de ramper, de nager, de voler sous de nouveaux horizons encore préservés de la furie dévastatrice de l’humanité. Il reste encore une terre vierge ; cette terre, chère à Francisco Coloane, est « Tierra del Fuego », avis à tous les Grands Voyageurs dans l’âme….

« La rive du lac s’était aplanie, les arbres ne masquaient plus le paysage et la lueur argentée de l’eau faisait ressortir les hautes herbes avec une surprenante netteté. Le spectacle fut encore plus saisissant lorsque nous nous engageâmes dans un vaste champ de paramelas, dont les touffes couvertes d’innombrables petites fleurs jaunes atteignaient le jarret des chevaux. Étrange plante que cette paramela des rives du lac Toro ; elle dégage un parfum entêtant, ses feuilles et ses tiges remplacent souvent le thé et le maté, et l’on dit qu’une infusion trop prolongée provoque maux de tête et hallucinations. C’était une nuit d’argent et d’or. Piétinées par nos chevaux, les touffes efflorescentes exhalaient un arôme grisant qui nous enveloppait et j’avais l’impression de fouler les prairies d’un autre monde. »

La sirène du bateau m’appelle, il est temps de remettre les voiles. Destination : Loin, très loin, très au sud et très à l’ouest. Mais cette fois-ci, je ne pars pas seul. L’ami Eeguab, compagnon blues’n'folk de beuverie, une guitare à la main pendant que je hisse la voile.  « Les personnages de Coloane, au front précocement ridé par les tempêtes australes, sont des marins, des baleiniers, des bergers, des chasseurs. Couturés de solitude et amis des eaux-de-vie ces costauds sont souvent des colosses fragiles qu’une photo de femme fait fondre au son d’un vieux tango. »

« Tierra del Fuego », l´ultime escale la fin de l´errance avant que j´ose le silence…

18 commentaires
  1. 16 janvier 2014 , 20 h 20 min - manU prend la parole ( permalien )

    Encore un bien beau voyage on dirait…

    • 16 janvier 2014 , 22 h 04 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      et il n’est pas fini. D’autres escales à prévoir, toi qui te dis marin…

  2. 16 janvier 2014 , 20 h 33 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    La Terre de feu, ah oui ! Là-bas, j’irai un jour… L’un de mes nombreux rêves :-) Les couchers de soleil doivent être magnifiques… Soupirs…
    Ce Coloane, assurément, on est dorénavant copain-copine…!
    Là où il y a la mer, il y a l’infinitude, le coeur de la vie… le remontant idéal, entre deux vagues, pour divaguer… Je divague là? C’est l’effet de l’eau sur mes neurones :-)
    « Le dernier mousse » avant celui-ci? 4 étoiles… 5 étoiles… lequel me proposes-tu en premier?
    Bises pour la découverte
    Nad

    • 16 janvier 2014 , 22 h 10 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Deux livres différents. D’un coté, un petit roman, de l’autre des nouvelles. Les deux mon capitaine !
      Pour le voyage, la beauté des paysages, la mer et les embruns, sans contexte Tierra del fuego. Je le mets au-dessus des flots.
      Le petit mousse est une histoire plus complète, mi-mer, mi-terre. Un vrai roman, de 9 à 99 ans, avec sa passion et ses défauts.
      Tierra del fuego a aussi quelques défauts, celui des nouvelles, à savoir parfois trop court. Mais ce fut un régal, une immersion totale tout au Sud-Sud-Ouest.

  3. 16 janvier 2014 , 20 h 38 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

     » l´ultime escale la fin de l´errance avant que j´ose le silence… » J’adore cette conclusion… trop beau.

    L’Amérique du Sud t’inspires dis donc…

    C’est triste cette traduction française « Terre de feu » certes exacte mais on est très très loin de vrai traduction.

    En espagnol « Tierra del fuego » c’est fort et viscérale il y a cette chaleur torride et étouffante , le soleil qui te brûle la peau, la soif, les mirages, l’amour incandescent, la souffrance, la douleur, la sueur qui dégouline le long d’un décolleté … il y a tout cela dans ces trois mots.

    • 16 janvier 2014 , 22 h 15 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      l´ultime escale la fin de l´errance avant que j´ose le silence… » J’adore cette conclusion… trop beau.

      L’Amérique du Sud t’inspires dis donc…

      Je te remercie d’avoir choisi cette phrase. La seule – en dehors des citations – qui n’est pas de moi. Avec une guitare, cela ferait les paroles d’une belle chanson. Mais je vois que tu ne connais pas encore mes classiques patagons… Un disque indispensable pour partir tout au Sud-Sud-Ouest, descendre dans la pampa, avec un poncho.

      Mais à part ça, je suis d’accord avec toi. Tierra del Fuego a plus de force, de caractère en version originale… et j’imagine ton décolleté…

    • 16 janvier 2014 , 23 h 30 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Je reste quand même étonnée que quelqu’un qui écoute du Van Morisson, du Cohen, du Magma et que sais je encore, écoute du Florent Pagny… il y a quelque chose qui m’échappe vraiment…

      Attention je n’ai rien contre Florent…

      :D

    • 17 janvier 2014 , 8 h 33 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Un mystère à entretenir.

  4. 16 janvier 2014 , 21 h 21 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    Quel plaisir de t’accompagner à bord cher Bison. Cinglons ensemble en ce Cap Horn, je suis partant et n’ai rien, mais alors rien contre une boisson forte et un chant de marin.

    • 16 janvier 2014 , 22 h 16 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      alors n’oublie pas ta guitare pour conter le vent parce que le voyage sous ces latitudes se prolongent encore… J’espère qu’il y aura assez à boire pour tenir le choc, avec tous les amis qu’on y croise là-bas…

  5. 17 janvier 2014 , 10 h 01 min - phil prend la parole ( permalien )

    soute plaine, houle, etc …avec tout ca si on ne gerbe pas avant d’arriver a quai …

    • 17 janvier 2014 , 10 h 44 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      monte sur le pont, respire un bon coup, mets toi à poil et sort ta flasque, tout ira bien !

    • 17 janvier 2014 , 15 h 04 min - phil prend la parole ( permalien )

      les couilles a l’air, les embruns hummmmm

    • 17 janvier 2014 , 19 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Efficace contre le roulis, paroles de marin !

  6. 17 janvier 2014 , 22 h 29 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Hello, matelot !

    J’ai des envies de bougeotte, à cause de toi ;) Envie de souquer ferme vers la terre du gosier en feu !!

    Hein ?? pas de gosier, juste la terre de feu ? Pardon :oops:

    • 17 janvier 2014 , 22 h 32 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je t’embarquerais bien. Venir toucher mon pompon, mais y’a plus rien à boire, les précédents matelots en herbe ont vidé la cave et gerbé sur le pont…

  7. 18 janvier 2014 , 22 h 06 min - Jack prend la parole ( permalien )

    Ose le silence…c’est sublime…

    • 19 janvier 2014 , 12 h 19 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Le retour de l’homme à la casquette…
      J’ai cru que tu étais parti en Patagonie avec Florent…

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