La Ballade de l’impossible [Haruki Murakami]

Par le Bison le 27 décembre 2013

Catégorie : 5 étoiles, Asie

Un air des Beatles, « Norvegian Woods », mais une forêt japonaise où les cryptomerias s’élèvent au-delà des nuages. Ou presque. Là-bas, cette jeune fille qui y vit reclus. Une institution de santé. Jeunesse déprimée, petit ami suicidé. Watanabe se souvient par cet air pop de son adolescence, cet amour de jeunesse, Naoko et cet ami Kizuki qui a mis fin à ses jours.

Watanabe, fidèle compagnon, fidèle amant. Patience de cet amour impossible. Un nouvel amour, une nouvelle jeune fille, Midori. Non, impossible. La ballade dans les forêts reculées, promenade onirique qui sent bon la sève et l’amour. Déambulation urbaine, à la recherche de l’amour, ou de l’amitié. Un choix à faire. L’honnêteté comme point d’ancrage dans son univers. Alors que la société avance sans cesse, dans cette fin de décennie sixties, lui préfère s’arrêter. Non pas de vivre, ni même pour mourir, mais pour respirer. Et réfléchir. Quelques masturbations, il a le temps, il attend.

Un roman riche en émotions, en plaisir, en sensualité. Il parle de l’amour, de la mort, de l’amitié et de la maladie mentale, de la sexualité et de solitude. Accompagné ou seul, les ballades de Watanabe construise une histoire d’adolescence, une musique s’écoule sur le chemin, jazz et bop, une âme s’élève.

Les cryptomerias forment une allée comme un long tunnel où les rayons de soleil sont filtrés par les feuillages touffus de cette ligne végétale. Quoiqu’il en soit, il faut avancer, pour voir ce qu’il y a de l’autre côté de l’horizon, là où la lumière s’affiche et l’ombre disparait derrière soi. Un peu comme se faire sa légende, en respectant ses principes. Quelques sacrifices, secondaires, et à l’extrémité, l’amour et l’amitié, la sincérité et peut-être même le bonheur. Même si cette allée peut paraître longue et interminable. Principe même du tunnel où l’on ne sait jamais à l’avance quand la lumière reviendra illuminer notre route. Bref, ce roman de Murakami fut d’un bonheur complet, ce genre de sentiment qui te donne envie de partir en forêt, et de t’allonger nu sur les feuilles et la mousse, avec une musique dans la tête et relire quelques passages enivrants de cette balade. Impossible ?

« … j’eus beau tout mettre en œuvre pour oublier, une masse d’air aux contours indéfinis stagnait au fond de moi. Puis, avec le temps, cette masse se mit à prendre une forme de plus en plus nette et pure. Je peux mettre des mots sur cette forme. C’était à peu près cela :

LA MORT N’EST PAS LE BOUT DE LA VIE ?

ELLE EN FAIT PARTIE.

Une fois mis en mots, cela parait banal, mais à ce moment-là, ce n’était pas sous forme de mots, mais d’une masse d’air, que je le ressentais à l’intérieur de mon corps. »

Je n’oublie pas le beau film de Tran Anh Hung que j’avais vu bien avant de lire ce si étrange et intime roman passionnel.

« La ballade de l’impossible », j’en rêvais toutes les nuits, MERCI. Infiniment.

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18 commentaires
  1. 27 décembre 2013 , 22 h 40 min - Jack prend la parole ( permalien )

    La recherche de l’amour, ou de l’amitié…pourquoi pas un mélange des deux…être « amireux », c’est bien aussi …

    Un mélange encore,la bière et le fruit…une Kriek à la cerise acide (ma bière préférée…j’assume)…

    Un mélange toujours, la vie et la mort, l’attente d’Elle…dans les bras et dans le corps d’autres…mais dans son cœur à Elle…

    Pas impossible la ballade…

    MERCI. Infiniment

    • 28 décembre 2013 , 0 h 06 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Dis Jacky tu vas me faire pleurer toi…

    • 28 décembre 2013 , 9 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tu as raison d’assumer ton penchant malsain pour la Kriek. Je ne dirais pas que tu ne descends pas dans mon estime, mais en tout cas, tu gagnes pas des points ;)
      Je pense que le soleil a trop chauffé et donc que c’est pour cette raison que tu portes la casquette… Parce que tu n’as plus envie qu’il te retombe dessus et que ton goût prononcé pour la Kriek se transforme en framboise…

  2. 27 décembre 2013 , 23 h 46 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Que j’’aime ta description de l’ allée de cryptomérias, à la fois violente et enivrante, profonde et douloureuse et toujours cet espoir… La définition même de L’Amour !

    Très beau billet, Un_Bison en force dans la forêt japonaise.

    Le_Bison l’a rêvé, Murakami l’a fait !

    Rien d’impossible pour le bovidé que tu es ;)

    • 28 décembre 2013 , 9 h 30 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Du coup, une coupe est pour toi !

    • 28 décembre 2013 , 12 h 13 min - phil prend la parole ( permalien )

      en meme temps j’espere que le Bibison adore de tous a choisi une foret de feuillus parceque nu, allonge …..

  3. 28 décembre 2013 , 12 h 21 min - phil prend la parole ( permalien )

    Ahhhh c’est fete ici
    un Haruki !
    Merci Bibison !

    Pour moi ce fut un roman bouleversant !

    Et quelle adaptation cinématrographique, Merci Tran !

    • 28 décembre 2013 , 20 h 58 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Dernier livre de l’année, il fallait un petit bijou. L’occasion était parfaite pour ce Murakami tant attendu.

  4. 28 décembre 2013 , 19 h 33 min - manU prend la parole ( permalien )

    Beau billet Patron !
    Quelle grosse bête sensible ce Bison ! ;)

    • 28 décembre 2013 , 20 h 58 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Sensible, peut-être…
      Mais pour le beau billet, faudra repasser.
      Le roman est plus intense que ce que j’ai pu écrire, plus bouleversant et vaut nettement mieux que les quelques phrases posées ici.
      Je ne savais pas comment m’y prendre pour décrire ce que j’ai pu ressentir avec cette ballade impossible…

  5. 28 décembre 2013 , 21 h 39 min - Manu prend la parole ( permalien )

    C’est par ce roman que j’ai découvert Haruki Murakami et c’est resté un de mes favoris.

    • 29 décembre 2013 , 20 h 47 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      je crois qu’il restera au sommet de mes favoris… (Mais pas à la première place ;)

  6. 29 décembre 2013 , 12 h 29 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    tu en parles tellement bien qu’on dirait que c’est toi qui l’a écrit et que tu en fais la pub… Magnifique !

    Mais il n’est pas sage pour moi de l’ajouter… ;)

    • 29 décembre 2013 , 20 h 49 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      on dirait que c’est toi qui l’a écrit

      J’ai essayé mais je trouvais que mon nom n’était pas assez vendeur. Qui voudrait lire un bouquin signé du sabot d’un bison ? Alors je lui laisse la paternité de quelques-uns de ses romans…

  7. 5 janvier 2014 , 18 h 40 min - Laure prend la parole ( permalien )

    Je l’ai commencé mais je crois que je me suis perdue en route.

    • 5 janvier 2014 , 19 h 09 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      je peux tout à fait comprendre… et je peux même ne pas trop t’en vouloir !

  8. 21 janvier 2014 , 19 h 44 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Je suis une grande fan de Murakami. Des airs de sagesse, de tendresse, des personnages uniques, un univers toujours bien à part, presque mystique. J’ai lu la trilogie 1Q84. Tu me rappelles par ton post qu’il serait bon d’en lire d’autres…

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