Le Théorème d’Almodovar [Antoni Casas Ros]

Par le Bison le 2 janvier 2014

Catégorie : 5 étoiles, Europe

Il m’arrive de prendre un bouquin sans raison particulière, juste parce que j’aime le titre du bouquin, juste parce que je ne connais pas l’auteur catalan, juste parce que Pedro Almodovar est un grand réalisateur ou que j’ai envie d’un verre de Chardonnay. Des critères totalement subjectives orchestrés par le cœur et non pas par la raison. Et si suivre le cœur n’était pas la plus belle des raisons. De façon presque impulsive et totalement égocentrique, je plonge dans ce bouquin les yeux fermés, comme dans une bonne bouteille de single malt ou pourquoi pas de cognac. Il est à moi ce bouquin, comme la bouteille. Il devient en moi, comme ce liquide brulant qui s’écoule à l’intérieur de mon corps.

« Il m’arrive de passer sept ou huit heures sur ma terrasse, plein sud, vue plongeante sur le port de Gênes, sans un mouvement, sauf celui du bras qui va et vient en direction d’une bouteille de cognac. »

Bon pour ce soir, cela sera un Chardonnay.

Voilà un gars, Antoni Casas Ros, que je ne connais pas et pourtant qui sait si bien me parler ! Il a su comprendre mes émotions, mes peurs et mes solitudes. Deux êtres, nocturnes et déchirés. Un homme défiguré qui a vu sa femme mourir et ne se promène plus que la nuit pour éviter le regard des autres – le monstre, un transsexuel qui arpente le bitume chaque soir pour donner du plaisir aux autres – autre monstre de la Nature. Ces deux êtres étaient faits pour se rencontrer, se trouver et s’aimer. Deux noctambules, solitaires par défaut.

« Cette nuit-là, Sandra est morte lorsque la voiture s’est écrasée contre un platane. Sa peau est la dernière que j’ai eu contre la mienne, son regard, le dernier regard amoureux qui est agrandi ma pupille. Alors qu’elle avait détaché sa ceinture de sécurité pour s’assoupir la tête posée sur ma cuisse droite, un cerf est apparu, hypnotisé par les phares comme j’étais hypnotisé par son apparence mythique. La 4L a fait une embardée fatale. Nous étions ivres, nous venions de fêter ma maîtrise de mathématiques. Lorsque je suis sorti du coma, une nouvelle vie a commencé. Une longue expérience de la solitude, tout cela à cause d’un cerf surgi de la forêt, les naseaux fumants ! »

Je n’ai pas envie de t’en dire plus, parce que ce roman se vit, pleinement, intensivement. Il te proposera une ballade onirique, dans la nuit. Tu vois ce cerf, tu te demandes ce qu’il fait au milieu de la route, il te fixe, ce qu’il fait dans la fontaine, il te fixe toujours, ce qu’il fait sur ton canapé. Le cerf l’autre héros de ce petit roman si talentueux. Tu ne sais plus si tu navigues dans un rêve, si tu as abusé de la bouteille de cognac, si une fièvre de cheval te fait délirer. Tu hallucines, mais c’est tellement beau, tellement surréaliste, tellement poignant.

« C’est tout à fait étrange de voir le cerf brouter dans la nuit parfumée par un eucalyptus. C’est tout à fait étrange de le voir boire dans la fontaine centrale. C’est tout à fait étrange qu’un homme sans visage contemple cette scène au côté d’un androgyne aux formes magiques mais le plus étrange est de voir Lisa se déshabiller et plonger dans la fontaine. »

Étrange. Émouvant. Et Pedro Almodovar dans cette histoire, me diras-tu ? Il filme cette histoire, il écrit le scénario, il observe. Comme toi, il est ému. Comme toi, il perçoit cette profonde tristesse qui se transforme en profond optimisme. L’amour guérit certains maux, même les plus profonds. AMOUR.

« Dans cet autoportrait, j’essaie autre chose. Je tente de regarder le monde jusqu’à ce qu’il révèle sa beauté même si l’opération est étrangement utopique. J’établis le théorème d’Almodovar : il suffit de regarder assez longtemps pour transformer l’horreur en beauté. »

« Le Théorème d’Almodovar », la belle, la bête et le cerf.

Challenge Lire sous la Contrainte – Session 12, d’un livre à l’autre.

20 commentaires
  1. 2 janvier 2014 , 22 h 48 min - manU prend la parole ( permalien )

    Une ambiance particulière mais néanmoins tentante…
    Bois plutôt du Cognac, c’est bon pour ma région ! ^^

    • 3 janvier 2014 , 8 h 59 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Plus que tentante, vu vrai grand coup de cœur pour ce petit roman.
      Faisant partie plus de l’espèce apéritive que de l’espèce digestive, j’oublie souvent le cognac. Mais, je n’oublie pas ta région, et son pineau des Charentes !

  2. 3 janvier 2014 , 9 h 58 min - phil prend la parole ( permalien )

    et t encore dans le Viré-Clessé, très bon Chardonnay, une robe illuminée par l’or pale brillant, on se régale d’un nez très fleuri, note de pêche, de chèvrefeuille, de verveine, de fougère et aussi mentholée et s’il a bien vieilli, on y trouve de bonnes notes de coing!
    bref c vif, c frais, c plein de rondeur de koi se faire plaisir ….

  3. 3 janvier 2014 , 21 h 09 min - Philippe D prend la parole ( permalien )

    Je ne connais pas du tout mais tu en parles bien. Tu donnes envie de connaitre…
    Merci pour cette nouvelle participation à mon challenge et pour ta fidélité.
    Bon weekend.

    • 4 janvier 2014 , 17 h 54 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Sans ton challenge, j’aurais mis peut-être des années à découvrir ce cerf…

  4. 4 janvier 2014 , 19 h 07 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Je viens tenter ma chance, me demandant si je peux désormais laisser des commentaires. Y’a un « bug » avec mon serveur…

    • 4 janvier 2014 , 20 h 03 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Faut enlever les moufles. Je sais bien que là-bas, y’a de la neige…

  5. 4 janvier 2014 , 19 h 08 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Alors voilà! Le problème est réglé! :-)
    Et ce Francisco Coloane? Il me semble que pour débuter l’année…
    Nadine

    • 4 janvier 2014 , 20 h 03 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ce mois-ci sera le mois Coloane !
      3 bouquins, du bon, du très bon et de l’excellent !

    • 5 janvier 2014 , 0 h 36 min - Nadine prend la parole ( permalien )

      De la neige? Oui, de quoi faire un bel igloo…
      Moins 40 hier. C’était frisquet :-)

  6. 4 janvier 2014 , 19 h 12 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Je n’aurais jamais cru que ce livre pouvait être aussi fort, ou alors, c’est ton billet qui est le responsable !

    Si le livre est comme tu en parles, alors, il est terrible ! ;)

    • 4 janvier 2014 , 20 h 04 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Moi, j’y suis pour rien ! C’est le bouquin qui est comme ça. Tu peux le mettre dans ta pal, même si Sherlock n’y est pas…

  7. 4 janvier 2014 , 21 h 29 min - Philippe D prend la parole ( permalien )

    Sur mon blog, un tag pour toi … sans obligation bien sûr.

  8. 5 janvier 2014 , 17 h 31 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Ce livre est une grande claque… !!!

    Je veux bien tendre l’autre joue ^^ ;)

    Merciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii

    :D

    • 5 janvier 2014 , 17 h 50 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je veux bien tendre l’autre joue

      J’aime bien quand une femme me parle comme ça…

  9. 10 janvier 2014 , 15 h 59 min - dasola prend la parole ( permalien )

    Bonjour Le Bison, il faudrait que je lise ce roman ayant beaucoup apprécié son roman Enigma http://dasola.canalblog.com/archives/2012/07/31/24800953.html. Bonne fin de Chardonnay.

    • 10 janvier 2014 , 16 h 51 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      et moi, il faut que je lise Enigma !

    • 10 janvier 2014 , 22 h 08 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Moi aussi il faut que je lise Enigma… Absolument !!

    • 10 janvier 2014 , 22 h 27 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Dos Enigma y tres cervezas !

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