Portrait du Gulf Stream [Erik Orsenna]

Par le Bison le 21 juillet 2011

Catégorie : 5 étoiles, Europe

« De tout temps, les marins ont lancés des bouteilles à la mer.

Pour tenter de rompre leur solitude.

Et aussi pour dessiner la route des courants.

Maury raconte la passion d’un certain amiral Beechey. Durant ses voyages, il jetait par-dessus bord des bouteilles, des centaines, des milliers de bouteilles. Et attendait impatiemment de leurs nouvelles (il avait tissé, sur toutes les côtes de l’Atlantique, un incroyable réseau d’informateurs).

Une de ses bouteilles, lancée en 1837 au Cap Horn, fut retrouvée vingt ans plus tard en Irlande.

Une autre, jetée au large de Dakar, fut ramassée sur une plage de Guernesey.

Si le parcours de la première plongea l’amiral dans le trouble, celui de la seconde le confirma que le Gulf Stream était une boucle. »

Portait du Gulf Stream, éloge d’un courant (éloge de tous les courants, même). Que serions devenus sans ce courant marin. D’où vient-il ? Quelle peut être sa provenance ?  Sa destination, ses influences ? Que d’interrogations pour lesquelles Erik Orsenna tente d’apporter quelques réponses en nous embarquant dans un fabuleux voyage.

Fabuleux et mystérieux voyage qui trouve son point de départ dans le Golfe du Mexique, à moins que cela soit dans la Mer de Caraïbe, ou à la sortie de l’Amazone, ou pourquoi pas au large de Dakar, puisque ce courant est en fait circulaire, traversant d’une boucle toute l’Atlantique Nord. Vous l’aurez compris, la provenance du Gulf Stream prête à débat, à controverse, chacun proposant son origine. Là où, par contre, les avis se rejoignent c’est bien à son arrivée, tout au Nord de la Norvège dans la région des Lofoten. Fabuleuse Norvège, également, verdoyante et lumineuse, alors qu’à la même latitude, le Nord du Canada est pris constamment dans les glaces. C’est bien la preuve que le Gulf Stream a un effet non négligeable sur le climat. Par où le courant passe, l’atmosphère y est plus douce, plus chaleureuse, plus humaine. C’est scientifiquement prouvé…

Car le second voyage proposé par monsieur Orsenna est de l’ordre de la Science. On suit les avis des plus grands spécialistes de la Mer et des courants. On apprend beaucoup de leurs expériences et de leurs recherches. On découvre l’influence de ce courant sur le climat, sur la végétation, sur les peuples. On extrapole avec la Lune, ses marées, le soleil… Sans nous abreuver de termes scientifiquement imbus, on en apprend toujours un peu plus d’une lecture intelligente et  perspicace avec les débats de ces professionnels de la Mer.

Autres professionnels de la Mer : les Marins ! Qu’ils soient bretons, anglais ou américains, qu’ils soient sur un chalutier, sur une barque ou dans une cabane de pécheur, ils ont droits également à la parole… Et on les écoute volontiers, de leur savoir, de leurs anecdotes ou de leurs rencontres foisonnant toujours d’envie, d’espoir et d’images toutes plus belles lorsqu’il s’agit de naviguer sur les eaux et de chevaucher les courants les plus furieux et déchainés.

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« Et c’est ainsi que, grâce à deux bacs, après trois heures de route et presqu’autant de traversée, je parvins à Islay. La tentation était vive de m’y arrêter pour saluer les plus nobles des whiskies « tourbés », le Lagavulin et surtout le Laphroaig (dont la gamme des arômes est déjà tout un voyage, de la réglisse à l’iode). »

Je reconnais bien là le breton Orsenna. Quoiqu’en soit le sujet et son sérieux, et comme tout bon breton se doit, l’histoire dérive au grès du courant toujours dans un bistrot, une cave ou une distillerie. Il faut dire qu’à sa décharge, quitte à suivre le Gulf Stream de bout en bout, lorsque ce dernier se déverse dans les îles du Jura ou d’Islay, un détour s’impose ne serait-ce que pour prendre un verre en compagnie d’Hemingway ou d’Orwell.

Troisième voyage, Orsenna nous embarque dans la littérature truffant son histoire de celles des autres, de grands auteurs à l’imagination débordante (mais qui s’avérèrent des années plus tard pas si loin d’une réalité plausible) tel Jules Vernes et son capitaine Nemo, de grands auteurs à l’esprit aventurier tel Nicolas Bouvier (qui est un autre adepte des courants, pas marins, mais humains), de grands auteurs navigateurs tel le suédois Björn Larsson, de grands auteurs venus se recueillir au pied d’un de ces courants, tel Eric Blair (plus connu sous le nom de George Orwell)…

« Norvège, haute latitude : 67° 15’.

Trente-trois kilomètres après Bodø, sur la route de Seines, je vous conseille de ralentir. A main gauche, entre l’église et une maison grise qui se révèlera être un musée (toujours fermé), se présente un chemin. Ne le manquez sous aucun prétexte.  Car à son bout vous attend le café Kjelen. Une grande salle peuplée de souvenirs (de vieilles cannes à pêche, des lanternes, des photographies de Narvik en 1905, d’autres de la création du café en 1959) mais plutôt gaie (les chaises sont rouges et jaunes). Le temps de jeter un œil au menu « Spécial Poisson » qui pend au plafond (vous avez le choix entre du flétan, de la morue et du bar de l’Atlantique), passez sur la terrasse. L’être humain que ne bouleverse pas le spectacle qui s’offre alors à lui, prenez-le tout de suite dans vos bras. Consolez-le, consolez-le par toutes sortes de caresses ou de boissons fortes : il faut sous peine de mort réveiller au plus vite en elle ou en lui son goût du monde.

En toile de fond, des montagnes. Quelques pics, des tâches de neige pour faire sérieux. Mais on dirait plutôt un troupeau de baleines. Des formes rondes et grises, usées, rabotées, une peau fatiguée, creusée de rides profondes, les cicatrices d’une vie longue et qui n’a pas dû être facile. […]

Un grondement terrible empêche toute véritable concentration. A nos pieds coule le plus rapide courant du monde, un vrai maelström, qui va me consoler de ma déception des Lofoten : le Saltstraumen. […]»

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Photos @ Nicolas pour L’Amour Télémétrique.

Faut-il donc craindre la relance économique ? Un article très intéressant sur votre journal ecoblogique :

« De récentes études, comme celles du GIEC, ont pu anticiper les effets du réchauffement climatique sur la météo de demain. Selon ces études, en 2050, la température au Royaume-Uni en été sera de 2,5°C supérieure à aujourd’hui. Il y aura également plus de pluies en hiver (celles-ci seront plus violentes encore), plus de sécheresses en été et les océans seront plus acides qu’à l’heure actuelle (menaçant donc la pérennité de plusieurs formes de vies aquatiques). Les scientifiques et intellectuels prédisent également la mort du Gulf Stream, ce courant chaud qui vient adoucir les températures dans toute l’Europe. Dans Portrait du Gulf Stream, Erik Orsenna revient d’ailleurs sur cette tragédie annoncée, qui fera entrer le Vieux Continent dans une période de glaciation. »

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4 commentaires
  1. 21 août 2012 , 22 h 36 min - Nicolas prend la parole ( permalien )

    Superbes photos, il faut le dire… :D

    • 22 août 2012 , 9 h 32 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tout à fait.
      Tu en retrouves également sur Prosper !

      Va falloir que je vois si il y en a de nouvelles…

  2. 22 août 2012 , 10 h 10 min - phil prend la parole ( permalien )

    j’apprend quelquechose, pour moi Prosper c’est le pain d’epice ! youpla boum !

    • 23 août 2012 , 9 h 54 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Correction : Prosper c’est le Roi du Pain d’Épice.

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