Prisoners [Denis Villeneuve]

Par le Bison le 23 octobre 2013

« Incendies ». Précédent film de Denis Villeneuve. Tu t’en souviens encore, une musique de Radiohead sur laquelle les scènes violentes, les images choc, les sentiments fanatiques avaient hypnotisé ton regard. Tu avais détourné les yeux de ce nouveau cinéma québécois, si fort et si primé du monde cinématographique.

« Mystic River ». Tu t’en souviens également. Ta mémoire va devoir puiser plus au fond, ouvrir certains tiroirs que tu pensais enfouis à jamais. Boston et Clint Eastwood. Tout aussi primé, tout aussi violent. Une histoire virile de potes et de pères, d’enlèvement, de séquestration et de…

« Prisoners ». Il a plu toute la nuit, le vent s’est levé. La neige va arriver, comme une évidence. Tu te promènes dans cette banlieue, plutôt tranquille, plutôt bourgeoise. Des arbres, l’odeur de la sève des séquoias se mélangent à celle du feu des cheminées voisines. Tu te dis que t’aimerais bien y vivre. Cela correspond à ton cadre naturelle, tes ambitions avouées, celle de vivre dans un lieu tranquille où tu peux sympathiser avec tes voisines, boire un verre avec eux pour un barbecue d’été ou leur fameux Thanksgiving. Une rue où tes enfants pourraient faire du vélo sans risque avant que les prochains flocons de neige peignent le pavé de cette blancheur pure et immaculée, et même si un camping-car stationne devant cette maison inhabitée depuis plusieurs semaines. Oui, j’ai dans mon attaché-case, un petit bout de papier signé du notaire qui me déclare propriétaire d’un tel lieu, une belle maison à deux étages plus la cave et le petit jardin sans barrière autour pour ne pas se sentir prisonnier chez soi. Oui, je m’y vois déjà, dans cette banlieue de Boston.

Sauf que…

Sauf que ce jour-là, deux petites filles disparaissent, laissant deux pères aux abois. La Police n’a aucune piste, si ce n’est un pauvre attardé mental qu’on aimerait bien croire coupable pour libérer la tension accumulée. Sauf que face à l’inimaginable, un père réagit différemment selon ses caractères, ses motivations. Laisser la Police agir ou se faire justice soi-même. Et dans cette dernière suggestion, le recours à la séquestration et à la torture peut-il se justifier. Je te laisse deux minutes et vingt-cinq secondes pour y réfléchir. J’ai besoin d’un verre de bourbon, les images sont dures, violentes, abjectes même que j’ai envie de détourner une nouvelle fois les yeux…

Le cadre est presque idyllique, même sous la pluie, même sous le verglas, même sous la neige. Le petit hic est qu’apparemment il y aurait dans le coin plus de pédophiles au km2 que d’ivrognes accoudés au comptoir du seul bar ouvert 24h/24. Regarde alors par la fenêtre, entre les flocons qui déversent leur blancheur, tu verras ce flic, pas encore blasé, des tics plein la tête, mais qui réfléchit encore avec sa tête au lieu de son flingue. Jake Gyllenhaal. De l’autre côté de la rue, il y a ce père devenu bête sauvage parmi les hommes. L’amour de sa chair qui modifie la vision d’un homme meurtri. Hugh Jackman. Un drame, de flamboyant à terrifiant. A lire les « méthodes pas très orthodoxes et plutôt condamnables » sur le blog de Dasola. Le droit à la torture, vaste question…

Tu as eu le temps d’y réfléchir, maintenant je vais te poser une nouvelle question : « Ne faut-il pas être encore plus malade pour regarder ce genre de film ? » Ne crois-tu pas ? Parce que maintenant, il est évident que je ne vais plus trouver le sommeil avant longtemps. Peut-être que si j’ouvrais une bouteille de bourbon, cela m’assommerait un bon coup. Peut-être que si j’écoutais la voix de Chet Baker, je m’endormirais les yeux en larmes, le cœur lourd parce que mon âme ne pourrait plus supporter autant de détresse humaine. Comme tu l’auras compris, ce film est à voir, seulement si tu as la force de détourner les yeux de l’écran noir, parce que tu ne peux ressortir indemne d’une telle séance.

« Prisoners » [2013] ou la torture se justifie-t-elle ? Tabarnak !

17 commentaires
  1. 23 octobre 2013 , 21 h 52 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    C’est le genre de film qui me met dans un état d’extrême angoisse … je préfère ne pas regarder… Et je pense que n’importe qui dans une même situation est capable du pire…

    • 23 octobre 2013 , 21 h 57 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Creep de Radiohead, trop bon ;)

    • 24 octobre 2013 , 14 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Et je pense que n’importe qui dans une même situation est capable du pire…

      Peut-être, mais pas tout le monde. La fin justifie t-elle les moyens. D’ailleurs les deux pères ne réagissent pas du tout de la même façon.

      Creep de Radiohead, trop bon

    • 24 octobre 2013 , 15 h 21 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      OOOOOOoooooohhhhhhh merciiiiiii ;)

  2. 24 octobre 2013 , 15 h 48 min - phil prend la parole ( permalien )

    il faut un code genetique bien accroche et on va sortir les griffes
    ok je sors ….

    • 25 octobre 2013 , 10 h 00 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Waouh !
      Ta culture cinématographique m’impressionne…
      Je serais passé totalement à côté de ce commentaire si je ne m’étais pas renseigné un peu avant sur le passé de Hugh !
      Chapô bas, sieur ! & Respect Bibi.

    • 25 octobre 2013 , 11 h 05 min - phil prend la parole ( permalien )

      euh sais pas comment faut y prendre ca …
      ben tu sors aussi tiens !

  3. 25 octobre 2013 , 18 h 47 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Ah… Denis Villeneuve! Je suis ravie de lire cette critique. Ce film est vraiment excellent! Évidemment, je suis très peu objective face à ce réalisateur québécois que j’adore… Le jeu des acteurs, le scénario, la mise en scène, le suspense, tout est excellent. Un 2h30 qui n’a suscité en moi aucune longueur. J’étais, dans certaines scènes, suspendue à mon fauteuil. Si dans une scène ou deux je me suis demandée l’utilité de pousser les scènes jusqu’à une telle violence visible, je pense qu’on peut arriver quand même à les justifier… (je suis toujours aussi objective :) ). C’est peut-être aussi un peu tiré par les cheveux à certains endroits. Mais ça n’enlève rien à cette qualité de film. À voir, absolument… Quel génie que ce monsieur Villeuneuve!
    Bonne journée à toi
    Nadine

    • 26 octobre 2013 , 10 h 35 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      oui, mais en tant que québécoise, tu n’es pas vraiment objectif.
      Alors que si moi, je dis que ce film est à voir, absolument… quel génie ! Cela est plus crédible. Par contre, si je rajoute que je suis un adorateur de Unibroue, je dois perdre également en crédibilité…
      Pas grave ! A voir, à boire !

  4. 27 octobre 2013 , 2 h 20 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Tiens tiens….Unibroue? :) Excellent ça…
    « En octobre 1992, appréciant beaucoup le goût de ces bières, le chanteur Robert Charlebois fait une proposition aux propriétaires. En échange de publicité faite lors de ses spectacles, les propriétaires lui cèdent 20 % des actions de l’entreprise ».
    Coïncidence, j’ai vu Robert Charlebois en spectacle jeudi dernier! Et je confirme ces dires, la bière coulait à flots :)
    Nad

    • 27 octobre 2013 , 11 h 31 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Qu’est-ce qu’il devient, sacré Bob ?
      De l’autre coté de l’Atlantique, on ne l’entend plus…
      Mais sa bière, c’est du sacré !

  5. 27 octobre 2013 , 20 h 04 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Notre copain Bob? Top shape ! :)

    • 28 octobre 2013 , 15 h 00 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tout gars qui fait la promotion de bière avec de la levure dans le fond de la dite bouteille de bière est un ami respectable et respecté !

  6. 29 octobre 2013 , 11 h 06 min - dasola prend la parole ( permalien )

    Bonjour Le Bison, merci pour le lien. Sinon, je repense de temps à temps à ce que le père (Hugh J) fait subir au suspect et encore plus au fait que le voisin (dont la petite fille a aussi disparu) et sa femme laissent faire et deviennent complices. C’est en effet une question à débattre. Bonne journée.

    • 29 octobre 2013 , 23 h 01 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Mais je pense aussi que cela est très américain. Cette prétention de croire que dans certaine disposition, tout est permis, torture et vengeance comprises.
      Le débat n’est pas prêt d’être clos sur le sujet, et que de toute façon cette question restera d’actualité tant qu’il y aura de la bière sur Terre – ou de la violence (mais les 2 ne sont pas liés) !

  7. 6 janvier 2014 , 10 h 30 min - Guillome prend la parole ( permalien )

    la première baffe de l’année pour ma part ! excellent film !

    • 7 janvier 2014 , 8 h 51 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      grand film de l’année 2013. A voir pour les retardataires…

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