Amère Volupté [Eimi Yamada]

Par le Bison le 10 novembre 2013

Catégorie : 4 étoiles, Asie

Ma petite Eimi… Ne pleure pas, mais tu savais bien que cela allait finir comme ça. Tu le pressentais, mais tu ne voulais pas l’admettre. Ton corps ne voulait pas l’admettre. Tu n’avais aucun avenir avec ce Spoon. Il est noir, il est américain, il est déserteur. Ma petite Eimi où pouvait être ton avenir avec un type pareil, un drogué accroc au sexe et à la poudre. Tu permets que je t’appelle par ton vrai nom, mais si tu préfères, je peux revenir à cette « Kim » qui n’est qu’un double de ton corps. Il est parti, mais moi je suis là, et je suis autant accroc au sexe que Spoon, que toi… Oui, on pourrait bien s’entendre. Bien sur je n’ai pas cette couleur entre ébène et chocolat qui te fascine tant. Mais si tu lui cherches un remplaçant, je me mets à tes pieds, prêt à les lécher de bas en haut, et de remonter lentement, jusqu’entre tes cuisses. Parce qu’il est bien question de sexe dans cette histoire… Non ?

« Comme il sait me prendre, Spoon, il le fait si bien. Mais ce n’est jamais que mon corps qu’il cajole, jamais mon cœur ».

Tu m’avais déjà raconté cette histoire, il y a longtemps. Depuis, je ne t’avais pas oublié et maintenant, je suis de nouveau devant toi. Nu. Depuis, j’ai appris ce qu’était le sexe, ce coït animal, ce déchainement charnel de passion, cette irrémédiable soif de sentir ton corps blanc de japonaise, de caresser tes cheveux raides de japonaise, de lisser tes poils pubiens tout aussi raides de japonaise. Nu. Corps et esprit. L’âme à tes pieds, à tes seins, à ta chatte. Tu fais partie de ces écrivains qui donnent envie de se livrer entièrement, de se mettre à nu, de vider une bouteille de whisky au lit, nus les corps emmêlés l’un dans l’autre.

« A l’époque où je n’avais pas encore connu de femme, un pote m’a dit : « Elles ont un trou entre les jambes, il suffit d’y mettre ton truc. » Alors, j’ai pensé qu’il y avait un gros trou béant entre les jambes. J’ai pas compris la première fois. Je me suis dit : mais, elle a pas de trou celle-là. Je savais pas qu’il fallait aller le chercher soi-même, ce trou. »

Et puisque Spoon est parti, je lècherai avec plaisir les gouttes d’eau salée qui perlent tes joues rosies par cette peine, un profond chagrin. Parce que ma petite Eimi, il n’est plus tout à fait question de sexe. Du moins pas uniquement. Il y a aussi ce sentiment indéfinissable que les gens appellent amour. Je crois que tu le sentais venir, comme une bite dans ta chatte ; ça fait mal, parfois, mais ça procure aussi tant de plaisir. Du bonheur mais aussi une certaine peur : celle de le perdre, celle qu’on ressent lorsque cela nous parait trop beau et que par définition, cela ne pourrait continuer éternellement.

« Crispant les lèvres, j’aspire les poils pour goûter à l’odeur d’homme. Cette odeur-là, je le sais, je l’ai déjà sentie autrefois. Semblable à celle du beurre de cacao : rance, douceâtre. Les aisselles aussi dégagent une odeur étrange. Quelque chose de rance, oui, mais sans être pour autant désagréable. Non, elle n’est pas déplaisante, c’est une odeur qui en me souillant me fait croire à ma pureté, qui me donne une sorte de sentiment de supériorité. C’est sans doute comme cela que le musc des mâles en rut agit sur les femelles. »

Ma petite Kim, je salue ton courage d’exposer ainsi ton corps et ton âme à tous ces lecteurs pervers et lubriques. L’œil voyeur, ils n’attendent qu’une seule chose : te voir souffrir, sentir ton malaise, et espérer ramasser les morceaux ensuite. Ils rêvent tous d’être à la place de ce Spoon, pour te prendre aussi par tous les trous. La crudité des hommes laisse peu de place au romantisme. Mais moi, ma petite Eimi, je ne suis pas de ce genre. Je ressens cette souffrance qui t’étreint tant. Car ton histoire de sexe, violent et vulgaire, se transforme en histoire de passion. Une passion folle, insensée que l’âme ne maîtrise plus. Le corps part devant, l’esprit tente de suivre tant bien que mal. A la traîne parce qu’il sait que cela pourrait mal finir, que cela peut mal finir, que cela finit mal. Forcément, comme une évidence. Alors, je me tiens là devant toi, je me mets à nu. Je veux bien te prendre dans mes bras, je t’accepte le cœur ouvert pour que tu sois ma chose et sentir de nouveau cette passion fulgurante, cette amère volupté.

« - Ma vaurienne de bite. Assoiffée de chatte, elle glande de discos en cafés-bars.

Mis en train par son snif de coke, il se mit à aligner une suite de mots entre chant et parole sur un rythme saccadé. C’est ce qu’on appelle le rap style New York, me dit-il. Au Bronx, j’étais le meilleur parmi tous les rapers. Des paroles au contenu des plus sordides sur un ton affreusement enjoué. »

Petite Eimi, je te laisse remettre ce disque de Chet Baker qui te fait pleurer, celui qui te rappelle tant ton ex-GI du Bronx. L’Amérique, Chet Baker et Thelonious Monk. Que de souvenirs, tant de souffrance. Le jazz est omniprésent dans ta vie. Il te maintient encore un peu à flot. Sans cette musique, il ne te restera plus rien. Si tu ne peux plus chanter ces airs, tu sombreras dans la prostitution comme ces jeunes philippines qui ne parlent ni un mot de japonais, ni un mot d’anglais mais qui colportent les maladies d’amour comme des morpions de partenaires en GI. Alors, ne pense plus à lui, à ce Spoon et sa cuillère en argent. Reviens à la vie, reviens à moi. Car je te relirai, encore et encore. Je me mettrai à genoux, et te lécherai les pieds.

« Amère Volupté » ou l’art de baiser en écoutant Chet Baker.

15 commentaires
  1. 11 novembre 2013 , 9 h 30 min - manU prend la parole ( permalien )

    Qu’importe la douceur ou l’amertume tant qu’on a la volupté…
    Quel billet !

    • 11 novembre 2013 , 9 h 36 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Qu’importe la douceur ou l’amertume tant qu’on a la volupté…

      Tu parles bien de bière ?

  2. 11 novembre 2013 , 11 h 42 min - phil prend la parole ( permalien )

    Tu as donc pris Eimi toi aussi. Et comme le pauvre Spoon, tu l’as compris.
    Oui un drole de recit et tu distilles bien a ton tour la liqueur

    • 11 novembre 2013 , 16 h 38 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Quand il s’agit de distiller, je suis toujours des plus généreux !

  3. 11 novembre 2013 , 16 h 59 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Billet SUBLIME, VIOLENT ET BOULEVERSANT … Seuls mots qui me viennent à l’esprit sur l’instant !

    Je suis sans voix…

    • 11 novembre 2013 , 17 h 17 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est juste l’effet ‘Chet Baker’ sur le cœur des midinettes !

    • 12 novembre 2013 , 11 h 40 min - phil prend la parole ( permalien )

      tout comme le livre …
      qui se mange a la petite cuillere …

    • 12 novembre 2013 , 22 h 39 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Non non c’est bien ton billet… il faut assumer ;)

  4. 12 novembre 2013 , 13 h 09 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Salut,

    Quel billet… voluptueux ! :D Bon, je te laisse recouvrir madame de whisky ou de chocolat et je m’esquive sur la pointe des pieds…

    • 12 novembre 2013 , 17 h 28 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      La volupté d’un chocolat, l’amertume d’une bière…

  5. 12 novembre 2013 , 19 h 26 min - Jack prend la parole ( permalien )

    Woawwww…

    Ce billet est juste sublime…

    On a juste envie de courir acheter le livre…et une boite de Kleenex (multi-usages ces petites feuilles de papier absorbant )…

    Et puis « I love the old fashioned things
    The sound of rain upon a window pane… »

    Bon sang , vite…un autre kleenex…

    • 12 novembre 2013 , 21 h 56 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Moi, j’ai toujours un rouleau de sopalin à portée de main.

    • 13 novembre 2013 , 10 h 20 min - phil prend la parole ( permalien )

      Te voila l’egal de Spoon !
      euhhh tu as tes papiers toi ?

  6. 14 novembre 2013 , 16 h 33 min - BMR prend la parole ( permalien )

    Ah qu’il est beau le billet du bison !

    • 15 novembre 2013 , 14 h 01 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ah qu’il est beau le billet du bison !
      Merci, merci !

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