Une Séparation [Asghar Farhadi]

Par le Bison le 19 juillet 2011

Téhéran. Simin demande le divorce car son mari, Nader, ne veut pas la suivre à l’étranger en compagnie de leur jeune fille de onze ans, Termeh. Nader ne peut s’occuper de son vieux père atteint de la maladie d’Alzheimer et engage une aide-soignante, Razieh. La jeune femme est enceinte mais le dissimule sous un large tchador. Elle travaille, suivie de sa fille Samayeh. Mais, un jour, Razieh laisse le vieil homme sans surveillance : furieux, Nader la congédie. Razieh réclame le paiement de ses heures travaillées. Nader la repousse violemment sur le palier, celle-ci tombe dans l’escalier. La jeune femme fait une fausse couche et intente un procès à Nader. Simin, revenue soutenir son mari, paie la caution qui permettra à Nader de ne pas se retrouver en prison…

Ours d’Or au dernier festival de Berlin, prix d’interprétations Masculine et Féminine à cette même berlinale 2011, autant dire que le dernier film d’Asghar Farhadi n’a laissé que quelques miettes pour les films concurrents. Et pour juste cause. Le film mérite bien toutes les louanges critiques qui lui sont adressées. Le ton est juste, les acteurs irréprochables, le scénario implacable construit à la manière d’un policier judiciaire, et les aspects social, religieux et procédurier d’un Téhéran contemporain sont extrêmement bien représentés à l’écran.

Social : les riches contre les pauvres. Simin et Nader représentent la classe plus aisée de la société iranienne, Razieh et son mari, que l’on soupçonne de violence et de malversation, appartiennent à la classe du peuple. Ces derniers semblent plus ancrés dans la religion, et leurs actes paraissent soumis davantage aux préceptes du Coran. D’ailleurs, alors que Razieh doit changer de pantalon le vieux impotent, un cas de conscience se lève en elle, entre le bien-être du père et la bienveillance du Coran.

Religieux : Le Coran a une place importante dans cette société et que cela soit la machine judiciaire que la volonté familiale, beaucoup d’actes se ramènent à la religieux, à la foi et au bon droit dicté par le Coran. Sans avoir un aspect intégriste comme cela peut être montré dans d’autres pays musulmans, le Coran semble ici, non pas pour enfermer le peuple dans une vision restreinte et prisonnière des lois, mais pour leur apprendre à vivre selon de bons usages. C’est par cet aspect que le film m’a aussi bien marqué : découvrir le Coran et son implication dans une vie quotidienne de deux couples parfaitement anodins et communs.

Judiciaire : La procédure judiciaire pourrait nous apparaître comme une parodie sortie d’un autre temps. Du moins au début, car à la longue, le juge se trouve être plus humain que de ce côté-ci de la Méditerranée. L’écoute des plaignants et des accusés se font sans discrimination sociale ou religieuse. La justice prend le temps de voir tous les aspects de l’affaire, même si cela se fait au jour-le-jour, même si cela fait « amateur »… Un appareil judiciaire avec très peu de moyen mais qui s’en démène pour livrer une vraie justice. Et l’instruction de ce procès sert de fil rouge tout au long du film, ménageant suspens et rebondissement comme un grand film hitchcockien.

Si Téhéran a été plus ou moins occulté des images du film, puisque l’essentiel de l’action se situe soit dans l’appartement du couple, soit dans le bureau du juge, on n’en suit pas moins la vie iranienne au quotidien de ces deux couples dans un Iran d’aujourd’hui. Un Iran qui au travers la séparation d’un couple se pose la question de la séparation de la société iranienne, car il s’agit aussi (et avant tout) un film sur une séparation.

Un peu de tout, beaucoup de rien, c’est le blog de Nicolinux :

Une séparation raconte l’histoire… de la séparation d’un couple dans l’Iran moderne. C’est peu, et en même temps c’est énorme : Asghar Farhadi réussit à proposer un film d’une richesse rare à partir d’un matériau en apparence aussi anodin. À travers la séparation d’un couple, c’est une séparation plus profonde qui est bien sûr montrée, celle d’une société hésitant entre archaïsme religieux et modernité laïque, celle de deux groupes sociaux, celle de deux familles également. Brillant.

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2 commentaires
  1. 10 juillet 2015 , 23 h 09 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    J’ai vu un film de Asghar Farhadi « Le Passé » et J’ai adoré alors autant te dire que je veux voir celui ci maintenant. Du cinéma iranien que je ne connaissais pas et une très belle surprise.

    Les gens de l’occident font souvent l’amalgame sur les paroles du Coran, si ce film en parle très justement, je suis d’autant plus curieuse de le découvrir.

    C’est quand même autres choses que vos westerns asiatique ou vampirique… tsssss!!!

    Mais où va le monde

    • 11 juillet 2015 , 20 h 07 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Ils remontent un peu loin, mais dans ma mémoire, je crois que j’ai une légère préférence pour Une Séparation. Mais peut-être est-ce parce que ce fut le premier Asghar Farhaid que je vis…

      A noter aussi, que si tu veux explorer encore plus le réalisateur, il existe aussi Les Enfants de Belle Ville !

      Et puisque tu as commencé ta carrière de cinéphile iranienne, je te conseille les films de Maryam Keshavarz , En Secret, et de Nader T. Homayoun, Téhéran

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