La Vie Intérieure de Martin Frost [Paul Auster]

Par le Bison le 12 octobre 2013

« La vie de Martin Frost est une histoire très curieuse. L’histoire d’un homme qui écrit l’histoire d’un homme qui écrit une histoire… »

Les histoires de Paul Auster sont toujours d’une complexité surprenante. C’est toujours – ou souvent – l’histoire d’un homme qui écrit une histoire, et cætera, et cætera… Oui, on te l’a déjà faite, celle-là c’est comme l’homme qui a vu l’ours qui a vu l’homme. Le principe est le même. Tu ouvres un tiroir qui ouvre sur un autre tiroir.

« La Vie Intérieure de Martin Frost » n’est pas tout à fait un roman. A l’origine, une idée de moyen-métrage qui n’a pas abouti. L’histoire dans sa tête lui plaisait, les moyens moins. Il l’a remis au fond d’un tiroir, avant de l’ouvrir quelques années plus tard et de développer un peu plus en profondeur. Cela deviendra un film. Ambiance minimaliste, décor unique ou presque, une chambre au milieu d’une maison isolée et quatre protagonistes : David Thewlis, Irène Jacob, Michael Imperioli et Sophie Auster. Un film, et donc un script que j’ai entre les mains.

Mais avant…

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Oui parce qu’avant, il y a une préface. Une petite interview de Paul Auster qui nous explique sa vision du cinéma, son film et ses choix. De la genèse au montage, du choix des costumes et des lieux aux acteurs. Puis, il dérive sur son métier, de l’écriture à la réalisation et sur ses rapports avec ses proches, pourquoi sa fille, pourquoi ce film… Je te rassure, il n’est en rien barbant comme peut l’être certaines interviews. Je me rends compte que je ne suis pas objectif et par conséquent peu crédible. Il y a Paul Auster et les autres. Le grand écrivain, celui qui m’a donné le goût de la lecture, celui qui m’a fait découvrir cette ‘petite’ maison d’édition – à l’époque – Actes Sud, celui qui m’a passionné pour les histoires d’hommes qui écrivent des histoires…

« L’écriture peut certainement être dangereuse. Dangereuse pour le lecteur – si quelque chose est assez puissant pour transformer sa vision du monde – et dangereuse pour l’écrivain. Pensez au nombre d’écrivains assassinés par Staline : Ossip Mandelstam, Isaac Babel, d’autres qu’on ignore. Pensez à la fatwa contre Salman Rushdie. Pensez à tous les écrivains emprisonnés aujourd’hui dans le monde. Mais l’écrit peut-il tuer ? Non, pas au sens propre. Un livre n’est pas une mitraillette, ni une chaise électrique. Et pourtant… »

Donc après un bourbon et cette digression ; Martin Frost est un écrivain. Tu l’auras deviné : c’est l’homme qui écrit l’histoire d’un homme qui écrit une histoire… Martin s’installe dans une maison isolée pour jouir du calme de la campagne et achever son dernier roman. Il tape à la machine, avec frénésie et sérénité. Il boit un café, part se coucher et se réveille en sursaut ; une femme dort à côté de lui. Claire qu’elle dit s’appeler. Gentleman qu’il est, il n’en profite même pas (pourtant, la belle endormie n’est autre qu’Irène Jacob). Qui est-elle, d’où vient-elle, dans quel état j’erre ? ou du moins de quel tiroir de son imagination sort-elle ?

Irène Jacob, quelle surprenant muse, venue de nulle part ou d’ailleurs. Une histoire va se nouer entre ces deux personnages, à moins que cela soit Martin qui tissera cette histoire avec son imagination et Claire. Toujours est-il que la passion foudroyante va naître entre Claire et Martin (Qui refuserait la ferveur fiévreuse de la belle Irène Jacob – pas moi en tout cas !)

L’essentiel de l’histoire de l’homme qui écrit une histoire se passera dans les regards et dans l’affection de ces deux êtres. Une histoire courte, faite de dialogues et d’images. Et de mouvement de caméra. Comme je te l’ai dit plus haut, il s’agit d’un script ; par conséquent, entre deux dialogues, l’auteur nous expose certains mouvements de caméras, certains jeux de lumières ou bruits d’oiseaux. Je n’ai pas les images, mais les scènes se dessinent devant moi comme dans une salle obscure. Je suis avec Claire, je la vois très nettement avec ses sous-vêtements en dentelles noires – rouges pour le second soir. Je suis là quand elle enlève son pull, et qu’elle s’approche de moi pour m’embrasser.

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Le piano est fébrile, la voix envoutante. Cette musique épouse l’univers onirique de l’écrivain.

L’écran devient noir, le générique de fin s’achève sur la voix de la fille chérie.

THE END.

« La vie intérieure de Martin Frost » ou l’histoire d’un homme qui écrit l’histoire d’un homme qui écrit.

22h05 Rue des Dames, c’est l’heure du Mois Américain.

18 commentaires
  1. 12 octobre 2013 , 20 h 15 min - Noctenbule prend la parole ( permalien )

    Tu m’as vraiment donné envie de lire ce film :)
    J’y étais dedans…
    Je me dis « Quoi je n’ai jamais lu Paul Auster? ». J’ai envie de prendre le bus et d’aller à la médiathèque pour prendre n’importe quel livre de cet auteur.
    Tentateur….. :)

    • 12 octobre 2013 , 22 h 06 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je me dis « Quoi je n’ai jamais lu Paul Auster? ».

      Non, mais, allo, quoi ! Sur quelle planète tu vis ?

  2. 12 octobre 2013 , 20 h 27 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    C’est super! Après la nuit de l’oracle, je me demandais justement ce que tu pouvais me suggérer comme deuxième roman de Paul Auster. C’est donc une suggestion? Dans la nuit de l’oracle, j’avais bien remarqué l’histoire imbriquée dans l’histoire, qui s’imbrique dans l’histoire… Si je comprends bien, c’est un style qu’on retrouve dans à peu près tous ses livres? Je suis aussi une inconditionnelle de Siri Hustvedt, sa tendre moitié. As-tu lu l’histoire de l’amour? Magnifique et complexe. Voilà un couple dont j’affectionne les écrits au même titre que Jonathan Safran Foer et Nicole Krauss, qu’on surnomme le nouveau couple Auster-Hustvedt des temps modernes. Tous deux juifs américains. Peut-être les connais-tu déjà…?

    • 12 octobre 2013 , 22 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      De Siri, j’ai lu l’envoutement de Lily Dahl… Et puis, au fond d’une pal, j’ai tout ce que j’aimais qui m’attend (titre français qui correspond peut-être à ta version canadienne l’histoire de l’amour ?). A vérifier… What I Loved.

  3. 12 octobre 2013 , 21 h 53 min - manU prend la parole ( permalien )

    Moi, tu m’as donné envie d’aller voir un de ses livres ! ^^

    • 12 octobre 2013 , 22 h 13 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Non, mais, allo, quoi ! Sur quelle planète tu vis ? Il n’y a pas que Calvin et Hobbes dans la vie. Il y a aussi Paul Auster !

  4. 12 octobre 2013 , 22 h 50 min - denis prend la parole ( permalien )

    c’est souvent de la poupée gigogne les romans de Auster

    • 13 octobre 2013 , 12 h 31 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      c’est ça qui rend ses livres uniques et son écriture singulière

  5. 13 octobre 2013 , 0 h 58 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Pour t’éviter de vérifier, « L’histoire de l’amour » est de Nicole Krauss et « Tout ce que j’aimais » de Siri Hustvedt. Désolée, mon message portait à confusion, c’était pas clair… hum hum…Apparemment je n’avais pas les neurones encore réveillés:)

    • 13 octobre 2013 , 12 h 31 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      C’est moi qui n’avait pas tout compris, le décalage horaire ou le Jim Beam. Et puis comme vous avez une langue particulière, par chez vous.
      En tout cas, non, je ne connais pas Nicole Krauss. Dans le ranch, une certaine Alison Krauss propose de temps en temps son bluegrass. Nicole ? Je vais voir…

  6. 13 octobre 2013 , 18 h 26 min - Pasdel prend la parole ( permalien )

    Je comprends ton problème avec Auster, j’ai le même!

  7. 14 octobre 2013 , 10 h 34 min - phil prend la parole ( permalien )

    Desole Bibison mais moi pas connaitre non plus …
    Avec la neige qui nous tombe dessus peut etre que ca passe pas jusqu’ par chez nous. On va attendre le printemps

    • 14 octobre 2013 , 11 h 19 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      N’attends plus… Brooklyn sous la neige a aussi son lot de charme. Imagines, un feu de cheminée et de la dentelle noire, la tableau est idyllique.

      Avec la neige qui nous tombe dessus peut etre que ca passe pas jusqu’ par chez nous. On va attendre le printemps

      Tu a fais le plein de Jim Beam ? On ne sait jamais si tu restes coincé là-haut, pendant des jours, des semaines, des mois, perdus au fond de ta cabane…

    • 14 octobre 2013 , 18 h 35 min - phil prend la parole ( permalien )

      au fond de ma turne …
      et j’ai des Picquier version Japan ….
      du vin d’aspérule et des trompettes de mort ….

    • 14 octobre 2013 , 18 h 53 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      et j’ai des Picquier version Japan ….

      Elle n’est pas chez Picquier, Mais Yoko Ogawa voue un profond respect pour le travail de Paul Auster qui l’influença beaucoup. J’y retrouve moi-même des points communs sur le plan ‘plaisir pur du lecteur’.
      D’ailleurs, j’ai lu quelque part que pendant ses études de littératures anglo-saxonnes, son professeur fut l’un des premiers traducteurs de Paul Auster au Japon et que par conséquent son ‘Moon Palace’ eut une grande influence sur elle.
      Tu sais ce qu’il te reste à faire : MOON PALACE de Paul Auster, et ce n’est pas notre ami berjallien qui me contredira !

    • 15 octobre 2013 , 13 h 26 min - phil prend la parole ( permalien )

      une fois de plus tu sais etre convainquant !
      mais c vrai pas vu le rapprochement avec yoko … qui n’est pas chez Piquier elle non plus !
      et j’ai pas les yeux brides !

  8. 14 octobre 2013 , 19 h 39 min - Nadine prend la parole ( permalien )

    Y’a de la place pour mon igloo?

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