Alice’s Restaurant [Arlo Guthrie]

Par le Bison le 13 novembre 2013

Catégorie : 4 étoiles, Folk & Indie

Je vais te raconter une petite histoire. Mais avant, viens poser tes fesses quelques instants. Tu as 18 minutes à m’accorder. C’est peu et long. Long pour une chanson, court pour une guerre. C’était en 1967. Quelques potes, cheveux longs – tu vois le genre – style hippie, branleur et fumeur de haschich. Il y avait Arlo, Alice, Ray et donc moi-même.

Cette chanson, puisque l’histoire se décline en chanson s’appelle Alice’s Restaurant, et c’est à propos d’Alice, et le restaurant, mais Alice’s Restaurant n’est pas le nom du restaurant, ce n’est que le nom de la chanson, et c’est pourquoi j’ai appelé la chanson Alice’s Restaurant.

Bien sûr, tu n’y comprends rien. Normal, viens t’assoir et prends ta bière, fraiche et mousseuse comme tu l’aimes.

Nous faisions une petite fête ce soir-là, chez Alice et Ray. C’était deux ans avant, en 1965. Beaucoup de bruits, des notes de guitares pas forcément accordées, et quelques cannettes de bières jonchant le sol entre des cartons à pizza. Le soleil commençait à pointer ses premiers rayons sur l’horizon orangé du Massachussetts. Moi, l’esprit encore vif, Arlo l’esprit embrumé. Ou l’inverse, je ne me souviens plus très bien. Il y avait beaucoup de fumée autour de nous, à moins que cela soit le brouillard matinal. Donc, avant de partir me coucher, je décide de sortir proprement les poubelles en les balançant au pied de la colline. Tu ne vas pas me croire, mais me voilà embarqué avec Arlo par un flic, le dénommé officier Obie. Garde-à-vue, déposition, prise d’empreintes et comparution devant le juge. COUPABLE ! La clémence, à l’époque, n’était pas du côté des jeunes chevelus hirsutes. Ainsi nous devions donc ramasser les déchets et payer une amande de 25$. Voilà comment ma vie vira à la délinquance…

Mais ce n’est pas tout, ne t’endors pas, la chanson n’est pas finie. Je te laisse reprendre une bière avant te raconter la morale. Car comme dans toute histoire drôle, une morale est à méditer.

A la fin, le pauvre Arlo ne pouvait plus servir dans l’armée à cause de son passé de délinquant. La loi est la loi mais c’est plutôt ballot en pleine guerre du Vietnam… Faire ça à de malheureux hippies qui se retrouvent dans l’incapacité de porter un fusil pour servir un gouvernement qui les méprise et qui envoie sa jeunesse se faire tuer à l’autre bout de la planète. Drôle d’histoire et surtout un refrain entêtant. Sacré Arlo Guthrie. Je ne me lasse pas de sa litanie, les gens rigolent dans la salle, le plaisir dure encore, comme la mousse que je t’offre encore de bon cœur. Arlo, tu nous en remets une ?

Car après cette magistrale composition, il faut tourner le disque. A cette époque, les disques avaient 2 faces. Plus conventionnelle la suite, du folk bon enfant, un esprit guilleret et une voix de canard. Duffy Duck sort de ce corps. Comme je préfère les brunes aux blondes, ma préférence va à cette épique Face A qui ne veut plus rien dire à l’heure du disque compact ou de la dématérialisation de fichier. Du moment, qu’ils ne dématérialisent pas ma bière…

Un petit mot en plus pour l’ami cinéphile qui flirte sur le folk et grattouille quelques accords mineurs – car nul doute qu’il connait notre Arlo et qu’il connait la version cinématographique – pour dire que deux ans plus tard, Arthur Penn a mise en scène cette histoire sous le titre Alice’s Restaurant avec notre Arlo Guthrie incarnant son propre rôle.

«Alice’s Restaurant » [1967] ou l’art de faire descendre sa bière pendant 18 minutes et 46 secondes.

19 commentaires
  1. 13 novembre 2013 , 22 h 47 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Et ben je sais pas d’où tu l’as sorti celui là mais tu es allé le chercher très très loin… je ne connaissais pas et tu as raison, sa voix est nasal… je n’entends que ça d’ailleurs lolll :D

    • 13 novembre 2013 , 22 h 55 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Mais on devient accroc à cette chanson.
      Une fois écoutée, elle t’obsède et reste plantée au milieu de ta tête.
      Elle ne veut plus sortir de là, alors tu bois pour l’oublier, mais elle revient encore plus fort, encore plus vibrante, et lorsque tu vois un canard s’envoler, tu penses qu’il est parti…
      Mais non, Arlo revient toujours hanter ton esprit même à la quatrième bière.
      Phénomène connu et répertorié sous le nom de Alice’s Restaurant Massacre.

    • 13 novembre 2013 , 23 h 09 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

      Tu es sûr de t’être arrêté à la 4eme bière… ? ;)

      :D

    • 14 novembre 2013 , 13 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’avais dit 4 ?

  2. 13 novembre 2013 , 23 h 07 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Tu sais que ta réflexion sur les 18 mn me font penser à la relativité d’Einstein qui dit :

    « Placez votre main sur un poêle une minute et ça vous semble durer une heure. Asseyez-vous une heure auprès d’une jolie fille et ça vous semble durer une minute.  »

    ;)

    • 14 novembre 2013 , 13 h 30 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      et une nuit dans le lit d’une jolie fille ?

  3. 14 novembre 2013 , 8 h 24 min - Eeguab prend la parole ( permalien )

    « You can get anything you want in Alice’s Restaurant » L’ami cinéphile qui a cru se reconnaître dans ton texte fort bien troussé, rempli de types sympas et de guitares parfois approximatives (moins que la mienne) te remercie pour avoir exhumé ce long talking blues obsédant, pièce importante du puzzle de mes 19 ans. Rappelons qu’Arlo, fils du grand Woody avait de qui tenir. Hasard,cher Bison, je viens de voir Inside Llewyn Davis des Coen Brothers et je lis le bouquin qui l’a inspiré,qui raconte les débuts du folk sept ou huit ans avant, Greenwich Village. J’en cause prochainement.

    • 14 novembre 2013 , 13 h 34 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      ce long talking blues obsédant

      Personne ne veut me croire que quand ce titre rentre par une oreille, il lui faudra au moins six bières avant d’en ressortir par l’autre. OBSEDANT !

      Hasard,cher Bison, je viens de voir Inside Llewyn Davis des Coen Brothers et je lis le bouquin qui l’a inspiré,qui raconte les débuts du folk sept ou huit ans avant, Greenwich Village.

      Hasard, l’ami, j’ai été le voir ce week-end. Un très bon cru des Coen Brothers pour peu qu’on apprécie le folk ! Moi j’ai adoré !
      mais j’ignorai pour le bouquin…

      J’en cause prochainement.

      Avant ta visite de Chelsea Hotel…

  4. 14 novembre 2013 , 13 h 51 min - La bohémienne prend la parole ( permalien )

    J’aime bien ce long fleuve, ça coule tout seul et c’est bien tranquille, j’attends la sortie DVD de Inside Llewyn Davis des Coen Brothers avec impatiente, en attendant vous avez pu revoir les frères sur Arte ce mois-ci, un inédit pour moi, Le grand saut !
    J’ai même revu The Big Lebowski deux fois.
    Allez c’est ma tournée !

    • 15 novembre 2013 , 14 h 06 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      j’attends la sortie DVD de Inside Llewyn Davis des Coen Brothers avec impatiente

      Moi aussi.
      Parce ce Coen s’améliorera encore pus avec le temps.
      C’est comme pour The Barber.
      Tu le regardes une fois : t’aimes bien
      Tu le regardes une seconde fois : t’aimes toujours bien
      Tu le regardes une troisième fois : t’aimes encore plus
      et plus ça va, plus tu l’aimes…
      J’ai arrêter de compter depuis… Mais ce Inside Llewyn fera partie de mes indispensables DVD

  5. 14 novembre 2013 , 15 h 36 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Salut, mon Bison, hips…

    J’ai pas arrêté à ma quatrième bière, alors, là, je suis pompette, chocolat bleu pâle, scheelezat et toussa toussa.

    Mais où tu vas chercher tout ça, toi ?

    Par contre, je connais toujours bien les face A et les B, j’ai connu la belle époque de 33 tours et des 45 tours, puis des K7, puis des compact et ainsi de suite !

    Nous sommes des pionniers ! :D

    • 15 novembre 2013 , 14 h 10 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      J’ai pas arrêté à ma quatrième bière

      Faut jamais s’arrêter en si bon chemin, tu ne sais jamais ce qu’il y aura après le tournant…

  6. 14 novembre 2013 , 18 h 33 min - Princécranoir prend la parole ( permalien )

    Vu qu’Eeguab a dérobé l’essentiel de mon commentaire en écrivant le sien, je me vois contraint au silence et à écouter religieusement la prose abondante de Mister Arlo. Folk is not dead.

    • 15 novembre 2013 , 14 h 11 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Quel voleur ce Eeguab !
      COUPABLE !
      Folk is not dead…

  7. 15 novembre 2013 , 11 h 31 min - phil prend la parole ( permalien )

    c peut etre mon manque d’apprentissage dans l’anglais mais j’y trouve plutôt chiant desole !! tu as le merite de m’y faire connaitre, merci pour ca, par contre cet entetement dans mon crane je ne te dis pas merci grrrrrrrrr
    c bizarre meme !
    je prefere une bonne et longue litanie des pink floyd

    • 15 novembre 2013 , 14 h 14 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      je prefere une bonne et longue litanie des pink floyd

      Un peu moins causant des cordes vocales les flamants roses.
      Une litanie du genre Several Species of Small Furry Animals Gathered Together in a Cave and Grooving with a Pict, ça me cause !
      Folk is not dead…

    • 15 novembre 2013 , 18 h 04 min - phil prend la parole ( permalien )

      Careful Bibison, a comment on cause des Pink Floyd hein !
      Careful with that axe

  8. 15 novembre 2013 , 19 h 24 min - manU prend la parole ( permalien )

    Diabolo fraise pour moi…

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