Dur, Dur [Banana Yoshimoto]

Par le Bison le 9 septembre 2013

Catégorie : 4 étoiles, Asie

Je t’ai vu t’endormir la dernière fois dans cette cuisine. Tu avais bu, tu avais peur, tu avais sommeil. Tu aimais le doux ronronnement du frigidaire blanc, tu t’y sentais bien, nue et frêle, dans ma Kitchen. Alors, je t’ai servi un verre de Bowmore, pour te réveiller, pour sentir les embruns qui s’y dégageaient et que pour ton esprit vogue de nouveau sur les terres de la littérature nippone. La prochaine fois, tu auras peut-être droit à un Yoichi. Hume, et tourne la première page, une couverture verte pomme clinquante, soirée « Dur, dur » (sans œuf et sans flatterie aucune).

L’univers créé par Banana Yoshimoto, autour de deux courtes nouvelles, t’entraînera vers des chemins torturés où règnent simultanément l’amour et la mort. Ces deux histoires, au premier abord, très sombres confrontant deux jeunes japonaises à la mort d’une personne chère et très proche se révèleront pourtant d’un optimisme grandissant au fil de ta lecture. La mort y est omniprésente et les protagonistes traversent des moments de leur vie vraiment « durs, durs », mais c’est justement par ces instants graves et intenses qu’elle vont pouvoir revivre, retrouver une partie de leur bonheur échappé plus tôt en surmontant leurs tristesses et en faisant le deuil (sans oublier) de leurs amours passés…

« Plus d’horizon pour ma sœur, plus d’espoir, plus de miracle. Privée de conscience, elle était sur le point de quitter ce monde, le corps encore tiède, en nous accordant encore un peu de temps. Dans ce laps de temps, j’avais pu rire. Dans ce bref instant d’éternité et de beauté, ma sœur était bien présente. Autrefois, aurait-on pu imaginer qu’un jour le corps et le cerveau mourraient chacun de son côté ?

Cette mort différée n’était plus l’affaire du mourant lui-même mais celle de son entourage, car elle lui laissait un sursis, afin de réfléchir à des questions qui d’ordinaire ne lui venaient pas à l’esprit. »

  • Coup Dur

En veillant à l’hôpital sur Kuni-chan en train de s’éteindre lentement, sa sœur tente de se remémorer leur complicité, leur histoire. Épris d’un chagrin profond face à son impuissance, elle va pourtant s’ouvrir aux autres et espère découvrir un nouvel amour. La tristesse de voir sa sœur mourir « à petit feu » se mêle à l’espérance et aux joies d’un futur bonheur.

« Allez, marche, encore un petit effort ! » me suis-je dit, essayant de me reprendre. C’est alors que je l’ai vu : devant moi se dressait un mystérieux petit sanctuaire. Sans la moindre statuette de Jizô ni aucune autre statuette d’ailleurs ; et s’il était orné d’offrandes – fleurs, saké et grues en papier plié -, celles-ci ne dataient pas d’hier. J’ai été incapable de chasser l’idée qui me passait par la tête.

« Un esprit maléfique rôdait autrefois dans ce coin, et c’est sûr qu’il est encore là. »

  • Peau Dure

Une nuit où elle se retrouve seule, perdue dans un sordide hôtel qu’on pourrait croire à l’abandon dans un petit village reculé des montagnes, une jeune japonaise ressent des « choses », des esprits autour d’elle, rêve de fantômes surgis du passé. Effrayée au premier abord, elle se montrera éprise de compassion envers ces esprits qui lui apporteront ainsi le bonheur de se souvenir d’une amie intime morte depuis quelques mois et de mieux la comprendre.

La lecture de ces quelques pages, de ces deux petites nouvelles, entraîne mon esprit dans de profonds et lointains souvenirs…

Mais plus je songe à ce décor, à ces odeurs, à ces esprits, plus la réalité me parait lointaine. Suis-je dans un rêve ?…

Je te ressers un verre, pour oublier, pour fermer la dernière page sur… ?

September… !

« … Et sans doute, comme le disait la chanson, l’automne de cette année, s’enfuyant à jamais, allait-il se faufiler ce soir même entre les arbres dénudés, pour disparaître dans le lointain. Alors viendrait bravement, avec son lot de cruautés, un nouvel hiver encore imprévisible. »


« Dur, dur » ou l’art de sentir un esprit lire au-dessus de ton épaule.


12 commentaires
  1. 10 septembre 2013 , 11 h 12 min - phil prend la parole ( permalien )

    et bien va falloir que je me tape Banana Yoshimoto je crois !

    • 10 septembre 2013 , 11 h 46 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      49 ans, c’est ton droit…
      Par contre, je n’ai plus rien à partir de l’an 2000…

    • 20 septembre 2013 , 10 h 06 min - phil prend la parole ( permalien )

      en tt cas merci bibi !
      je finis des meurtres pour tuer le temps et je m’y colle …

    • 20 septembre 2013 , 10 h 33 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Il te reste quelques jours donc pour repasser ton pantalon patte d’eph et ré-apprendre la chorégraphie de September que tu maitrisais d’antan.

    • 20 septembre 2013 , 18 h 27 min - phil prend la parole ( permalien )

      oula … t’avances pas trop stp moi la chore c plus contre un pilier de bar …
      pantalon patte d’eph …. (on est si vieux deja !???)

  2. 10 septembre 2013 , 20 h 19 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Oui, sers-moi un verre, la lecture ne devait pas être drôle et je mérite de boire un coup à ta santé et à ta place… :)

    Oh, une chanson que tu publies et que je connais ! C’est pas tous les jours que ça arrive.

    • 10 septembre 2013 , 22 h 29 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      je mérite de boire un coup à ta santé et à ta place…

      à ma santé, oui ! mais pas à ma place.
      Par contre, je veux bien boire un coup avec toi ;)

      Oh, une chanson que tu publies et que je connais !

      Un titre important pour cette seconde nouvelle.
      Et, en plus, ils viennent de sortir un nouvel album. Oui, je sais, ça fait bizarre de parler d’Earth Wind & Fire en 2013…

  3. 12 septembre 2013 , 10 h 01 min - manU prend la parole ( permalien )

     » Do you remember… »

    Un Bison qui bouge son corps sur cette musique, ça doit quand même être…étrange !!… :)

    • 12 septembre 2013 , 12 h 36 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Omar Sy a piqué tout mon jeu de jambes !

  4. 27 septembre 2013 , 11 h 22 min - phil prend la parole ( permalien )

    ben voila, maintenant je connais Banana et suis pas decu !
    2 nouvelles sur le sujet de la mort, des souvenirs, de la separation, des rencontres. C’est délicat. Merci pour cette rencontre Bibison.
    Je vais aller dans la cuisine maintenant.

    • 27 septembre 2013 , 20 h 02 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Et ton jeu de jambes sur September, il est revenu ?

      Tu me prépares un katsu-don ?

  5. 28 septembre 2013 , 12 h 29 min - phil prend la parole ( permalien )

    euh mon jeu de jambes …. a part dans un kata ce n’est pas tres excellent et tu le sais !
    pour le katsu, faut commander combien d’escalopes de porc ?

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