Miserere [Jean-Christophe Grangé]

Par le Bison le 17 septembre 2013

Catégorie : 3 étoiles, Europe

« Les pédophiles, c’est comme les limaces. Malgré leurs efforts, ils laissent toujours un sillage. Et ce sillage est dans leur ordinateur. »

Tu aimes les pédophiles ? Tu aimes les drogués ? Tu aimes aussi les nazis et les ex-dictateurs sanguinaires de l’Amérique du Sud ? Tu apprécies aussi la belle musique classique, les chœurs de petits enfants à la voix pas encore muée, les prêtres au goût douteux. Bien sûr, tu n’es pas obligé d’aimer toutes ces dérives dans cet ordre. Tous les goûts sont bien évidemment dans la nature, et si tu continues à me lire, tu dois être aussi détraqué que moi. Je ne te juge pas, tu es dans le pays de la liberté et si écouter le « Miserere » de Gregorio Allegri fait partie de tes grands fantasmes avouables, je n’irai pas t’en empêcher. Bien au contraire… Sans compter tout le reste.

Souviens-toi des vieux Grangé, ceux qui ont fait la renommée de Jean-Christophe avant qu’il ne lorgne trop sur le cinéma et qu’il construise se romans pour en faire avant tout des scénarios de films plus ou moins captivants. Je te parle de ce premier livre, « le Vol des Cigognes » d’une telle originalité qu’il m’a laissé un souvenir impérissable sur plusieurs latitudes à suivre ces migrateurs. Je l’ai suivi avec « les Rivières Pourpres », formidable thriller dans un endroit reculé des montagnes alpines. J’en ai encore quelques frissons même si je n’ai pas dû tout comprendre de ce second roman. Et que dire des suivants, dans le désordre, « l’Empire des Loups », « le Concile de Pierre » ou « la Ligne Noire »… Des polars prenants certes, mais de moins en moins passionnants. Question de goûts ou de dégoûts, d’âge et de maturité. J’ai vieilli, je suis passé à autre chose, comme pour le grand Stephen King. Sa littérature est signe d’une époque de ma vie.

Après ce long préambule personnel, revenons à nos moutons, ou plutôt à ces chères petites têtes blondes à la voix enchanteresse. Le Miserere. Stupéfiant, comme la drogue. Je ne vais point trop t’en dire. Comme tout thriller, il ne se raconte pas il se vit. Tout ce que tu trouveras dans ce billet sera juste des pistes, des suppositions, des hallucinations. Tu ne sauras pas quelle voie suivre, celle du pédophile, celle du dictateur, celle du drogué ou celle de Dieu. Tu seras perdu au milieu de tous ces détraqués qui vivent près de ton territoire. Tu ne soupçonnais même pas ton voisin, et pourtant qui sait de quoi il est incapable. Est-il pédé ou pédo ? Peut-être est-ce la même chose.

[diwp:1402742]

Alors, je ne vais pas te décevoir, je ne te dirais pas qui est le coupable. Bon sang, mais c’est bien sûr ! Je vais juste te présenter quelques extraits,

juste pour assouvir ta passion pour les pédophiles,

« Le pédo est un animal extrêmement méfiant. Et malin. Certainement pas un de ces malfrats abrutis auxquels vous êtes habitué. Il se méfie non seulement des flics, mais aussi de tous. Et même de Dieu. Il est à rebours du monde. Il sait qu’il est un monstre. Que personne ne le comprend. Qu’en prison, les autres voyous lui feront la peau. Ça donne des ailes pour devenir invisible… »

juste pour affirmer ton homosexualité,

« Autre possibilité : la mauvaise rencontre d’un soir. Kasdan avait beau lutter contre ses préjugés, pour lui, tous les homosexuels étaient des queutards, des baiseurs jamais apaisés. Goetz avait-il croisé un psychopathe sur sa route ? »

juste pour te donner ta dose,

« Pour le commun des mortels, l’univers de l’héroïne est un outre-monde hanté par des zombies aux cernes noirs, ponctué d’overdoses tragiques et de mauvais payeurs assassinés dans des poubelles. La vérité est plus banale. Le monde de la drogue, c’est surtout des coups de téléphone, des attentes, des allées et venues dans les escaliers. Et puis, chez le dealer, des conversations qui ne riment à rien, des disparitions interminables dans les toilettes, des réflexes sociaux, des attitudes décalées, visant toujours à donner le change, à imiter les gens normaux – ceux qui ne sont pas malades. »

juste pour ces petits enfants, à la tête pas si blonde et au sourire pas si angélique,

« Google. Enfants. Guerre. L’horreur se resserra d’un cran, passant des crimes particuliers aux crimes de masse. Enfants-soldats du Mozambique. Enfants-cannibales du Libéria. Enfants-coupeurs de mains de la Sierra Leone. Enfants-monstres, hallucinés, drogués, vicieux, indifférents, qui se répandaient sur l’Afrique comme un cancer incontrôlable…

Un clic, et l’horreur se déporta en Amérique Latine, Colombie. Bolivie. Pérou. Les gangs. Les « baby-killers » des narcotrafiquants. Dans ces pays, la plupart des contrats sont assurés par des gosses de la rue, défoncés, élevés dans la haine et la violence. »

juste pour alerter ta paranoïa,

« Aujourd’hui, le suspect était bien plus vaste.

Ce n’était ni un homme, ni un duo, ni un groupe.

Le suspect était un pays tout entier.

Une zone vierge sur la carte de France.

L’empire de la peur. »

juste pour ton sens de l’humour, et l’humour nazi, c’est du lourd,

« - A votre avis, à quoi reconnait-on les gens comme vous ? Je veux dire : les nazis ?
- C’est facile. Nos vêtements empestent la chair brûlée.
- Quoi ?
Nouveau rire. Une poussière sonore parmi d’autres.
- Je plaisante. Rien ne nous distingue des êtres inférieurs. [...] »

A noter, que ce roman de Grangé, a abouti dans les salles obscures, comme prévu selon les vues ambitieuses de son auteur. Pas encore vu. Si dans le rôle du flic drogué, j’imagine assez facilement Joey Starr, dans celui du vieux flic à la retraite, tout aussi borderline que le jeune loup, je vois mal notre Gégé ex-national Depardieu. Peut-être est-ce sa présence qui m’a fait hésiter à m’acheter un billet hors de prix.

Challenge la Littérature fait son Cinéma de Kabaret Kulturel


Mais n’oublie jamais que le Miserere est au centre de cette sombre affaire. Cette musique, entre spiritualité et énergie, te bouleversera. De l’intérieur. Elle sera ton cœur, ton âme et ta rédemption. Elle lessivera tous tes péchés mais ne t’absoudra pas du mal profond qui sommeille en toi.

« Le Miserere de Gregorio Allegri résonnait, dehors et dedans, caressant ses os, infiltrant sa chair, anesthésiant ses nerfs.

Le Miserere.

Seule oraison funèbre à toute l’histoire. »

« Miserere » ou l’art de mêler allégresse, torture et pédophilie.

12 commentaires
  1. 17 septembre 2013 , 20 h 20 min - manU prend la parole ( permalien )

    Je n’ai encore jamais lu cet auteur dont je lis et entends pourtant beaucoup de bien mais si je le fais, je ne pense pas commencer par celui-ci…
    Quand au film, je n’irai pas le voir vu l’ex-truc national qui joue dedans…

    • 17 septembre 2013 , 22 h 37 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je n’ai encore jamais lu cet auteur dont je lis et entends pourtant beaucoup de bien mais si je le fais, je ne pense pas commencer par celui-ci…

      J’avais commencé par ‘Le Vol des Cigognes’ et j’en garde un excellent souvenir. Une histoire novatrice pour l’époque, une enquête de longue haleine au-delà des latitudes. Mais tu peux également commencer par celui-là – si tu as plus de 18 ans, certains séquences peuvent choquer les lecteurs sensibles…

      Quand au film, je n’irai pas le voir vu l’ex-truc national qui joue dedans…

      Je crois qu’il n’a pas fait grand chose depuis ‘Les Valseuses’….

    • 19 septembre 2013 , 15 h 10 min - phil prend la parole ( permalien )

      je pense que tu es dur avec notre Gege la !!!
      tout ca parcequ’il boit plus de bieres que toi !

    • 19 septembre 2013 , 19 h 54 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Des bières en Russie, il ne doit pas boire des masses ou, alors, des fadasses…

    • 20 septembre 2013 , 9 h 50 min - phil prend la parole ( permalien )

      chargé comme il peut etre, jus de tourbe fermente ou bon pinard qu’importe le breuvage pourvu qu’il y est l’ivresse …

  2. 17 septembre 2013 , 22 h 53 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Miserere, c’est énorme cette résonnance claire et limpide qu’il peu y avoir dans une église…

    Merci ! moment de sérénité avant d’aller rejoindre Morphée :)

    En ce qui concerne le livre malgré un billet plus qu’ alléchant ce n’est pas pour moi…

    Les valseuses avec le regretté Dewaere, c’est bien dans ce film qu’il y a Jeanne moreau qui joue une scène avec Depardieu et Dewaere ?

    • 17 septembre 2013 , 23 h 12 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Les valseuses avec le regretté Dewaere, c’est bien dans ce film qu’il y a Jeanne moreau qui joue une scène avec Depardieu et Dewaere ?

      Tous les 3 sont au générique, mais je ne me souvenais pas de Jeanne Moreau. Mon esprit s’était focalisé sur Miou-miou et sur le tout premier rôle d’Isabelle Huppert.

      En ce qui concerne le livre malgré un billet plus qu’ alléchant ce n’est pas pour moi…

      Pourquoi ? T’aimes pas les nazis, ni les dictateurs sanguinaires ? Tu as quelque chose contre les pédophiles et les prêtres qui aiment les enfants ?

      moment de sérénité avant d’aller rejoindre Morphée

      Moi, aussi je vais dormir avec Morphée. Quelle orgie, cela va être cette nuit ! Mais avant, je vais écouter de nouveau Gregorio. pour être en harmonie ;)

  3. 18 septembre 2013 , 19 h 54 min - Belette2911 prend la parole ( permalien )

    Hello mon Bison préféré,

    Quelle entrée en matière tu nous offre avec ce billet ! Pas de préliminaires, tu entres dans le vif du sujet sans coup férir.

    Jamais lu « le vol des cigognes », mais j’avais aimé « les rivières pourpres ». À noter que tu as fait une faute de frappe avec « même si je n’ai pas du tout comprendre de ce second roman »…

    J’ai décroché avec la ligne noire qui me promettait monts et merveilles mais dont je cherche toujours…

    Par contre, je pourrais remonter dans le train de Grangé avec ce « Misere » dont j’écoute la musique.

    Là, sûr, on va me cataloguer avec tous les dingues dont tu parles plus haut…

    • 18 septembre 2013 , 20 h 14 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Pas de préliminaires, tu entres dans le vif du sujet sans coup férir.

      Les préliminaires, je les garde pour les bisonnes !

      J’ai décroché avec la ligne noire qui me promettait monts et merveilles mais dont je cherche toujours…

      Pareil. C’est pour ça qu’il y a un grand trou dans ma bibliothèque et dans sa bibliographie.

      Là, sûr, on va me cataloguer avec tous les dingues dont tu parles plus haut…

      Ne t’en fais pas, ici, tu ne seras pas jugée. Chacune a ses travers ;)

  4. 19 septembre 2013 , 7 h 34 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Bingo c’est bien Jeanne Moreau qui joue une scène clé dans le film, elle sort de prison et passe une nuit avec eux. C’est une scène qui m’a beaucoup marqué petite, elle se donne la mort d’un façon symbolique mais je te laisse découvrir si tu as oublié. Evidemment tu étais plus attentionné aux lolos de la Miou Miou… ha ces hommes!!!!!! C’est vrai que pour l’époque c’était un évènement ;)

    • 20 septembre 2013 , 21 h 04 min - manU prend la parole ( permalien )

      « C’est une scène qui m’a beaucoup marqué petite »

      Euhh… Tu as regardé ce film à quel âge au juste ?

    • 20 septembre 2013 , 22 h 03 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Je comprends mieux maintenant !

Ajouter un commentaire

PS: XHTML est autorisé. Votre adresse mail ne sera jamais publié.

S’abonner aux commentaires par le flux RSS