Le Passé [Asghar Farhadi]

Par le Bison le 17 août 2013

J’ai oublié de te parler du dernier film iranien d’Asghar Farhadi. « Le Passé ». Avec Tahar Rahim et Bérénice Bejo. Et comme pour ces précédentes œuvres, « Les Enfants de Belle-Ville » et « Une Séparation », j’ai été enchanté de ce nouvel opus sur les relations homme-femme. Enchanté ne serait peut-être pas le terme approprié puisqu’il est question de séparation, comme son précédent film.

Aéroport de Paris. Un homme, Ahmad, débarque de Téhéran. Une femme, Marie, l’attend de l’autre côté de la vitre. Ils se parlent, tentent de communiquer mais personne n’entend. Je sens qu’une relation existe entre eux. La douane à passer, les dernières vérifications de passeport et les retrouvailles pourront se faire. Sauf que si Ahmad revient sur le sol français, c’est uniquement pour formaliser le divorce et signer la paperasse administrative. Lors de son bref séjour, Ahmad découvre la relation conflictuelle que Marie entretient avec sa fille, Lucie. Marie veut épouser un autre homme qui a déjà un fils, mais là-aussi les relations ne sont pas au beau fixe. Le baromètre relate des hautes pressions atmosphériques, signe d’orages prochains. Les efforts d’Ahmad pour tenter d’améliorer cette relation lèveront le voile sur quelques secrets du passé. Lourds. Chaque membre de cette famille ‘recomposée’ semble porter un fardeau sur ses épaules. De plus en plus lourd, au fur et à mesure de ces non-dits…

Et là, je comprends que toute nouvelle vie ne sera pas possible tant que les actes du passé ne seront pas digérés ni même assimilés. Je ne parle pas de rédemption, mais j’ai le sentiment que s’il n’y aura pas de mea culpa, la construction de cette nouvelle vie ne pourra pas être envisageable.

Un film d’Asghar Farhadi que je trouve d’aussi bonne qualité que ses précédentes réalisations. Il ne prête pas à sourire, ne se finit pas en happy end, et me laisse perplexe quant à l’avenir de ses protagonistes. Mais c’est tout l’art du cinéaste iranien que de m’exposer les facettes de la relation de couple, à Téhéran ou à Paris.

« Le Passé » [2013] ou l’art de conjuguer le présent au passé.

9 commentaires
  1. 17 août 2013 , 19 h 21 min - belette2911 prend la parole ( permalien )

    Le cinéma iranien ne sera jamais ma tasse de thé… :)

  2. 18 août 2013 , 22 h 18 min - Chrisdu26 prend la parole ( permalien )

    Il faut absolument que je vois ce film… Dès que ça parle de rédemption de toute façon c’est pour moi.

    Aurai je quelque chose à me faire pardonner ?

    :)

    Bérénice Bejo est époustouflante j’ai eu du mal à la reconnaitre!

    • 19 août 2013 , 11 h 03 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Bérénice Bejo est époustouflante j’ai eu du mal à la reconnaitre!

      Je ne l’avais vu que dans The Artist, mais comme ce n’était pas trop ma tasse de thé…
      Mais ici, elle joue vrai et bien. Et son prix d’interprétation à Cannes pour ce rôle lui convient bien. Tout en sobriété et en naturel, comme les films de Farhadi.

  3. 20 août 2013 , 15 h 15 min - BMR prend la parole ( permalien )

    Tout au long de son film Asghar Farhadi en fait trop, à l’image de cette accumulation sordide de désespoirs sur ces iraniens et de cette bicoque bric-à-brac dans la banlieue sous la pluie.
    Dans Une séparation c’étaient les mensonges accumulés qui peu à peu, emportaient tout le monde dans une spirale infernale. Avec Le passé ce sont plutôt les vérités qui, péniblement mises à jour une à une, entraînent Marie (Bérénice Bejo) et ses hommes et ses enfants et ses spectateurs dans un puits de misérabilisme sans fond.
    Paradoxalement, plus le film avance, plus les révélations renversent les rôles, et plus on ressent la pesanteur de la démonstration.
    Alors oui, on est sans doute un peu trop critiques et à coup sûr trop caustiques : Asghar Farhadi est un réalisateur qui sait filmer et tout cela reste du très bon cinéma. Mais on regrette franchement le montage nettement plus subtil de ses premiers scénarios.

    • 21 août 2013 , 10 h 23 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      à l’image de cette accumulation sordide de désespoirs sur ces iraniens et de cette bicoque bric-à-brac dans la banlieue sous la pluie.

      Pas tout à fait d’accord avec toi… Contrairement aux précédents, ce film n’est pas sur les iraniens, mais sur le couple, une femme, deux hommes, des enfants et des secrets. Le moins iranien de ses films.

      dans un puits de misérabilisme sans fond.

      Point de misérabilisme, juste effectivement des non-dits qui entraînent petit à petit ces hommes, ces femmes au fond d’un puits sans fond…

    • 21 août 2013 , 16 h 26 min - BMR prend la parole ( permalien )

      Mouais, je suis trop critique sans doute. Trop d’attente certainement après les excellents premiers. Mais tu as raison, c’est le « moins iranien » de ces films. Peut-être est-ce pour ça que j’ai été déçu.

  4. 26 août 2013 , 11 h 49 min - Princécranoir prend la parole ( permalien )

    Très beau film en effet, et qui prouve la capacité d’assimilation de Farhadi à une terre étrangère. Le regard de l’Iranien sur nos relations intimes évoque immédiatement les lettres persanes mais je trouve finalement le regard sur Ahmad au moins aussi critique que celui qu’il porte sur ses hôtes français. Tout le monde a ses torts dans cette histoire.

    • 29 août 2013 , 10 h 15 min - le Bison prend la parole ( permalien )

      Tout le monde a ses torts dans cette histoire.

      Impossible de prendre parti pour les uns ou les autres. Chacun a ses torts, chacun porte au fond de lui son passé qui l’empêche d’avancer dans l’avenir.

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